ORDRE DES ANNÉLIDES. 64.T
Famille des Annélides terricoles..— Les Vers de cette famille ont le corps cylindrique, aminci aux deux extrémités, et garni seulement de plusieurs rangées de soies, qui leur tiennent lieu de pieds. Leur tête n'est pas bien distincte, et ils n'ont ni yeux, ni antennes, ni mandibules, ni cirrhes, ni branchies exlérieures. Ils vivent dans la terre ou dans la vase. — Les Lombrics sont les seuls Annélides qui ne soient pas aquatiques ; ils vivent dans la terre numide, et paraissent respirer par toute la surface de leur peau ; ils ont la faculté de se multiplier parla simple division de leur corps. — Le Lombric terrestre ou V e u de TERiiE (Lumbricus lerrestris , de Linné) est rouge, et a sur ses anneaux six rangées de petites épines dirigées en arrière. La bouche est nue, à deux lèvres; le corps présente, vers le tiers de sa longueur, quelques anneaux serrés, plus colorés et protubérants, formant une ceinture que l'on a nommée le bât. 11 se nourrit de débris végétaux et animaux, et vient la nuit à la surface du sol.
Famille des Annélides suceurs. — Les Vers de cette famille ont le corps dépourvu de soies; il existe à chaque extrémité de leur corps une cavité dilatable et prenante, qui agit à la manière d'une ventouse, et donne à l'animal les moyens d'adhérer fortement aux objets sur lesquels il applique ces organes. La bouche est placée au fond de la ventouse antérieure, et armée de petites mâchoires : l'extrémité antérieure porte sur le dos un certain nombre de petites taches, qui sont peut-être des yeux. Tous se nourrissent aux dépens d'autres animaux qu'ils sucent ou avalent ; les uns s'attachent aux Poissons, aux Grenouilles ; les autres dévorent les Mollusques, les larves d'Insectes; certaines espèces s'attachent aux bestiaux, et même aux hommes qui ont séjourné dans l'eau ; on en voit même quelquefois qui entrent dans la bouche des Chevaux lorsque ceux-ci vont boire aux fontaines, et qui se nichent sous leur langue ou dans leurs fosses nasales, ou le long de leur œsophage. Telles sont les Sangsues, genre caractérisé par une ventouse ovale, oblique, dix yeux, disposés sur une ligne courbe, des mâchoires fortes et dentelées : ces mâchoires sont triangulaires, fixées sur de petits tubercules ; leur bord libre est garni d'une double rangée de petites dents. Quand une Sangsue veut entamer la peau de l'animal auquel elle s'est attachée, sa ventouse se fixe fortement sur le point qu'elle va sucer; les tubercules qui portent les mâchoires se roidissent, se contractent, et les pièces denticulées qu'ils supportent incisent, en se mouvant, la portion de la peau qui est comprise entre elles. Il se fait alors trois petites plaies, dont 1 ensemble figure un Y, et d'où coule le sang que l'animal fait passer goutte a goutte dans son oesophage et dans son vaste estomac. Cette faculté de la Sangsue a ete mise à profit par les médecins pour pratiquer des saignées locales. Depuis quelques années, l'usage des Sangsues est devenu si général, que ces animaux sont encore aujourd'hui l'objet d'un commerce important; les étangs et les ruisseaux des diverses parties delà France et de l'Espagne en ont été dépeuples, et l'on va maintenant les chercher dans les marais de la Hongrie et de la Turquie. Nous vous indiquerons le signalement des deux espèces les plus connues.
CLASSE DES VERS
La Sangsue médicinal?.
La S a n g s be m éd le ih a le ( Hirndo medicinalis, de Linné) a le corps long de quatre à cinq pouces, formé de quatre-vingt-dix-huit anneaux très-égaux, faiblement carénés sur leur contour, qui est hérissé de petits mamelons grenus, s'effaçant quand l'anneau s'allonge. L'ouverture de la bouche est plissée longitudinalement sous la lèvre supérieure, la ventouse de la queue est double de l'autre, et a son disque un peu radié; la couleur est vert foncé sur le dos, avec six bandes rousses, trois de chaque côté ; les deux bandes intérieures sont plus écartées, presque sans taches; les deux moyennes marquées d'une chaîne de mouchetures et de points d'un noir velouté; les deux bandes extérieures sont absolument latérales, et subdivisées chacune par une bandelette noire. Le ventre est olivâtre, largement bordé, et entièrement tacheté de noir. — La Sa ngsu e officinale {Sanguisuga officinalix, de Savigny) , nommée communément Sangsue verte, est de la même taille que la Médicinale. Le corps a le même nombre de segments, également carénés et mamelonnés; la couleur est d'un vert moins sombre, avec six bandes supérieures disposées de même, mais trèsnébuleuses et très- variables dans leur nuance et dans leur mélange de noir et de roux ; le dessous est d'un vert plus jaune que le dessus, bordé de noir, sans aucune tache. Les six yeux antérieurs sont très-saillants, et paraissent propres à la vision.
OIÎDKK DES liOTATKUKS.
Sangsue dans ses divers degrés de développement.
On ne connaît que depuis peu d'années le mode de reproduction des Sangsues; elles sont ovipares : les œufs, au nombre de huit à quinze, sont entourées d'une capsule membraneuse, laquelle est elle-même enveloppée d'un véritable cocon. Ce cocon est formé d'un tissu demi-transparent, épais de deux lignes, à fibres solides fines, très-régulièrement entrelacées, de manière à former des mailles hexagonales; la capsule, protégée par lui, est un sac ovoïde, à parois minces, adhérant fortement au cocon, et présentant à l'un de ses pôles une ouverture circulaire d'une demi-ligne , destinée à donner passage aux jeunes Sangsues lors de leur éclosion. C'est dans cette capsule que sont logés les œufs de Sangsues, d'abord pleins d'une gelée transparente et homogène, et bientôt laissant voir les développements successifs de l'animal qui doit en sortir. On s'est assuré que le cocon spongieux est formé après la ponte delà capsule. La Sangsue le dépose sous forme de bave écumeuse, qui ne larde pas, en se desséchant, à prendre l'aspect d'un réseau.
ORDRE DES ROTATEURS.
Les Vers qui composent cet ordre ne sont connus que depuis la découverte du microscope. Tant que cet instrument ne les faisait paraître qu'une centaine de fois plus gros, on n'a pu apercevoir dans leur intérieur aucun organe distinct, et pendant longtemps on les a cités comme des exemples d'êtres composés seulement d'une sorte de gelée animée, et se nourrissant au moyen d'une absorption exercée par toute la surface de leur corps; mais les natura-
' I. Capsules récemment pondues -% Capsule développée. - 5. Capsule développée laissanl voir les œufs. - '<■ Capsule contenant les jeunes Sangsues prés d'éclore. - 5. Sangsue récemment éclose. - P.. Partie antérieure du corps d'une Sangsue adulte, montrant ses trois mâchoires triangulaires.
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CLASSE DES VERS
listes modernes, ayant à leur disposition des instruments plus puissants, ont pu voir que cette organisation microscopique n'était simple qu'en apparence. Le corps de ces animalcules présente des traces distinctes de divisions annulaires ; il est demi-transparent; la bouche, qui en occupe l'extrémité antérieure, est garnie des deux côtés, ou tout autour de sa circonférence, de cils dont les mouvements rotatoires sont très-remarquables ; l'arrière-bouche est garnie de muscles puissants, et armée de mâchoires latérales. On a découvert aussi dans ces animalcules un système nerveux ganglionnaire.
Nous ne citerons dans cet ordre que les Rotifères. Us ont le corps allongé, et terminé antérieurement par deux petites couronnes de cils, qui, au gré de l'animal, rentrent dans l'intérieur ou se déploient en dehors ; ces cils exécutent des vibrations successives, qui feraient croire que chaque couronne est une roue dentelée, et tournant avec rapidité sur son axe ; une queue bifurquée et articulée termine leur corps en arrière, et lui sert à se fixer; on leur remarque encore deux points rouges qui paraissent être des yeux. Ces animalcules habitent les eaux stagnantes, où ils nagent avec une vivacité extrême. Ils pondent des œufs ovalaires. Le Rotifèue des toits (Fureulnria rediviva, de Lamarck) est cylindrique; sa queue est longue et à quatre pointes. C'est l'espèce qu'ont rendue célèbre les belles expériences de Spallanzani. Elle habile les eaux salées et douces ; on la trouve sur les gouttières des toits, où l'eau séjourne de temps à autre. Sa vie se suspend par le dessèchement; mais, après plusieurs semaines, il suffit de l'humecter d'une goutte d'eau pour lui rendre la vie et le mouvement.