‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 159 sur 219 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

L'Entrevue.

Pendant l'importante matinée i|ui précéda la conférence des deux princes , Olivier le Daiii se conduisit en agent actif cl habile. .\ force de présents et de promesses, il assura à siui maître des partisans qui se trouvaient intéressés à étonlVer l'incendie |ilutôl ipi'a l'activer, si le ressentiment de Charles se rallumait Olivier se glissa, semblable à la nuit, de lente en tente, <le maison en maison, pour faire un pacte avec le Vlammoii d'ini(|iiité. Comme on l'a dit d'un autre émissaire politique, il avait le iloigl dans loiilcs les mains, les lèvres à toutes les oreilles. Il se concilia les nobles bourguignons ipii avaient qucUpie chose ii craindre ou à espérer île la France ou (pu pensaient

que, si la puissance de Louis était trop amoindrie, le duc marcherait

.sans obstacle au despotisme, vers lequel il inclinait.

Quand Olivier présumait que sa présence pouvait n'être pas agréable, il employait d'autres serviteurs du roi. Ce fut ainsi que, parle crédit du comte de Crèvccœur, il ménagea une entrevue entre le Balafré, lord Craxvford et (^)ueutin Uurward, qui était détenu, mais traité avec égards. Les atïaires privées furent le prétexte de celte visite; mais, en l'autorisant, Crèvecœur ne fut pas fâché de procurer à Craxvford l'occasion de donner au jeune archer quelques avis qui pouvaient tourner à l'avantage du roi de France. Le seigneur bourguignon craignait de voir son inaitre se déshonorer par un attentat.

L'entrevue fut d'une cordialité presque touchante. Craxvford frappa sur la tête de Durxvard, comme un aïeul aurait pu le faire sur celle de sou petit-fils

— Tu es un singulier jeune homme, lui dit-il; certes, tu as autant de chance que si tu étais né coilïé.

— \ oilà ce que c'est que d'entrer de bonne heure dans la garde , dit le Balafré; on n'a jamais tant parléde moi, beau neveu, parce que j'avais vingt-cinq ans avant que d'être hors de page.

— Et tu étais un page bien extraordinaire, s'écria Craxvford, avec ta carrure de montagnard, et ta barbe large comme une pelle à enfourner !

— .le crains , dit Quentin en baissant les yeux, de ne pas jouir longtemps du titre d'archer, puisque j'ai l'intention de quitter le service.

Le Balafré demeura muet d'élonnement, et les traits du vieux lord s'assombrirent.

— Quitter le service! murmura enfin Ludovic : a-t-on jamais songé a pareille chose! Je n'abandonnerais pas ma position pour celle de connétable de France.

— Silence! dit Craxvford : ce jeune lionime sait mieux (|ue nous tourner avec le vent. Pendant son voyaije , il a recueilli d'assez jolies histoires sur le com]ite du roi Louis; et il se fait Bourguignon pour eu tirer parti en les répétant au due Charles.

— Si je le croyais, dit le Balafré, je lui couperais la gorge de mes juoprcs mains, fùl-il cinquante fois le fils de ma sœur.

— Mais, mon oncle, vous chercheriez d'abord à savoir si je mérite d'être traite ainsi. Et vous, milord , sachez que je ne fais point de rapports, et que les tortures ne m'arracheraient |>as un seul mot, au liréjudicc du roi Louis, de ce que j'ai appris pendant ipie j'étais à son service. Mes serments m'inquisent le silence; mais je ne resterai pas dans un corps où , indépendanimenl des périls d'une bataille rangée contre mes ennemis, j'aiïronle les dangers des embuscades que dressent mes amis.

— C'en est fait de lui s'il a|ipiéhende les embuscades! dit avec douleur le Balafré, qui avait l'esprit lent à concevoir. Les embuscades sont la manière de combattre (|ue notre roi afl'cclionne le plus. J'ai donné moi-même dans jilus de trente embuscades, et pris part à plus d'uiic soixantaine.

— Je ne le conteste jias, répoinlil lord (Craxvford; néanmoins, tenezvous en repos : je crois comprendre celte affaire mieux (|ue vous.

— Je le souhaite, milord, répondit Ludovic, mais j'ai le frisson en pensant que le.frère de ma sccur a peur d'une eiubiiscade.

— Jeune homme, dit Craxv'ord , je devine en partie ce que vous voulez dire. Dans le voyage que vous avez entrepris par l'ordre du roi, vous avez rencontré la trahison et vous crojez pouvoir accuser le roi d'en être l'auteur.

• — Oui , répondit Quenliii , j'ai failli être victime d'une perfidie ; mais j'ai eu le bonheur de la déjouer. (^)ue Sa Majesté soit innocente ou coupable, cela ne regarde que Dieu et sa conscience. 11 m'a nourri quand j'avais faim, il m'a reçu (pianil j'étais sans asile :je ne le chargerai jamais dans l'adversité d'impiilalioiis qui peuvent être imméritées, puisque je ne les liens i|iie ilcs hmichcs les plus viles.

— Mon cher enfaiil ! mou fils! dit Craxvford en serrant Q)iientin dans SCS bras, vous pensez en véritable l'.cossais ! en voyant un ami au pied du mur, vous oubliez ses ofl'cnses, jiour ne vous souvenir que de ses bienfaits.

— Puisque milord (Craxvford a embrassé mon neveu, dit Ludovic Lesly, je puis bien rciiibrasscr aussi; mais, qu'il le sache bien, il est aussi indispensable à un soldat de s'accoutumer aux embuscades qu'à un prêtre de lire son bréviaire.

— Taisez-vous, Ludovic! repartit Craxvford : vous êtes un âne, mon ami ; xous n'apiuéciez pas la i;râce que le ciel vous a faite en vous donnaiil ce brave neveu... Diles-moi, maintenant , Quentin , le roi est-il instruit de votre héroïque et chrétieune résolution? Le pauvre homme, dans sa position critique, a besoin de savoir siirqiioi <'oinpter. .S'il avail amené avec lui toute la garde écossaise... Mais que la volonté de Diiii soit faite!... Croyez-vous qu'il eouiiaisse vos intentions.'

— .le ne saurais trop le dire; mais j'ai déclaré à sou asirologiie , Marliustialeotti, ipie je garderais le silence sur sont ce <|iii pourrait nuire au roi dans l'esprit du duc de Bourgogne Soit dit sans vous nll'ciiser, je ne coiumuni(|iierais pas même à \ otre Seigneurie les pariiciilarités qui ont excité mes soupçons ; à plus forle raison n'avais-je pas cmic de m'ouvrir au )ihilosnphc,

— Olivier, reprit lor<l Craxvford, m'iix.iil dit que l'aslrolugue pro-

QDEJNTIN DURWARD.

Te

phétisait avec assurance que vous n'aijiriez point contie le roi. Je suis avec jihiisir (|u'il avait des icnsciijnenicnts plus exacts que ceux qui lui venaient des étoiles.

— Lui, prophétiser! s'é<-ria le Balafré en riant : les étoiles ne lui ont jamais appris que l'Iionnéte Ludovic Lcsiy aidait Toinette à dépenser les beaux ducats qu'il lui donnait.

— Silence, Ludovic! dit lord Crawl'ord : silence doue, imbécile! Si tu ne respectes pas mes cheveux ç,ris, pan'e que je suis un vieux routier, respecte l'innocence de ce jeune homme, et ne te permets plus d'incartades.

— Noire Honneur dira ce ([u'il voudra, répli(|ua Ludovic Lesly , mais, par ma loi ! le savetier de ( ilcn-lloulaUin, S.niudcr> Souplejaw , doué de seconde vue, était meilleur proplii'lc (|ue liallolli, ('■allipotli, quel que soit son nom, Saundcrs m'a jjrédit que tous les cnl'anls de ma sd'ur mourraient un jour, et c'était le jour de la naissance du plus jcuui', de (juentin , qui mourra sans doute un jour iiour réaliser la prophétie. Hélas! il reste seul de toute la couvée. Saunders m'a l)rédit que je m'enrichirais par un mariage, ce<|ui arrivera sans doute, je ne sais trop comment, puisque j'ai peu de ijoùt pour le ménarje, et que (Quentin n'est qu'un enfant. Saunders m'a encore prédit...

— Halte la! dit lord Craxvford, à moins <(uc la prédiction ne se rapporte au sujet qui nous oceu]ie, permets que je l'interrompe, mon hon Ludovic. 11 faut que nous laissions ton neveu , en priant Aotre- IJanu' de le fortifier dans ses bonnes résolutions, (i'esl un cas où une parole imprudente peut causer plus de mal que tout le i)arlement de Paris n'eu saurait réparer... Recevez mes bénédictions, mon enfant; et ne vous pressez pas de quitter notre corps. 11 y aura de bons coups il donner prochainement, et pas d'embuscades.

— Je te bénis aussi, mon neveu, dit Ludovic Lesly : puisque mon liès-noble capitaine est content de toi, je dois l'être aussi.

— Arrêtez, niilord, dit Quentin en prenant à part lord Craxvford. Je ne dois pas né|;lir;er de vous avertir (|u'il y a de par le monde une personne qui a appris de moi les détails (|u'il importe maintenant au salut du roi de ne pas divulguer. 'Mon serx ice , les bienfaits que j'ai reçus, m'astieii;nent au silence, mais celle dame peut ne pas se croire oblii;ée ii le i;arder comme moi...

— Cette dame! répondit Craxvford : ah! s'il y a une femme dans le secret, nous sommes perdus!

— Ne le supposez pas, milord; seulement, employez votre crédit auprès du comte de Crèvecœur pour qu'il me facilite une entrevue avec la comtesse Isabelle de Croye, qui est maîtresse de mon secret . et je suis convaincu que je la déciderai ii taire comme moi toiil ce qui pourrait irriter le duc contre le roi Louis.

Le vieux capitaine rêva quelque temps, rcfjarda le plafond, jiuis le [larquct, secoua la tète, et dit enfin : — Sur mon honneur! je n'y comprends rien. La eomicsse Isabelle de Croye ! une entrevue avec une dame d'une famille aussi illustre, d'un rani; aussi élevé !... El loi, pauvre avenlurier écossais, tu es convaincu i|ue tu la décideras!... lu as une étrani;e ciuifiancc , mou jeune ami , ou lu as bien employé le temps île ton voyaije ! Mais, par la croix de saint André! je parlerai il Crèvecu'ur en ta faveur; et, comme il cniinl qu'on ne pousse le duc (Charles à quelque honteuse tentative contre le roi, il est vraisemblable ([u'il accédera à la demande, quoi([ue, sur mon honneur! elle soit comique !

Kn disant ces mots, le vieux lord so.lit . suivi de Ludovic Leslj. Ce dernier ne comprenait rien ii ce qui se passait; mais, réglant toujours sa conduite sur celle de son chef, il s'efforça d'imiter l'air d'iinporlancc et de mystère que prenait Craxvford.

(^tiielques minutes après, le comiuandant écossais revint seul. H était d'une humeur bizarre, ses traits anguleux et sévères ëtaieiil contractés par des rires presque convulsifs ; mais en mcine temps il remuait la tête, comme s'il eùl blâmé la chose ipii lui scmbl.iit si plaisante.

— Mon compatriote, dit-il, votre audace a réussi. Crèvecieur a a\alé votre proposition en (jrimaçant, comme un verre de vinai;;re; il m'a juré par tous les saints de Hour(;o|;nc que s'il ne s aijissiit pas de l'hoiiiieiir des princes et de la paix des rnyaiimcs, vous n'auriez jamais vu même rempreiiile des pieds de la cimitesse sur le sol. Il esl marié a une femme charmante; sans cela, je crois qu'il aurait eu envie de riimpre une lance pour conquérir Isabelle, l'eut-èlrc pense t-il à établir son neveu le comte Klieiine. Une comlesse ! quelle préicnlion ! Mais partons! A olre entrevue doit être courte. Au reste, je me liijurc que vous savez mettre à prohl les moindres instants. Oh! oh! xotre présomption me fait tant rire que je ne puis ijiière vous i;ronder.

Durward , oflVnsé et décontenancé par les saillies du vieux soldat, sentit le rouijc lui monter au visa(;c. 11 voyait avec peine sa passion condamnée par tous les hommes d'expérience. U suivit en silence lord (,r.:\vfnrd au couvent des Ursulines, où lo|;eail la comtesse, et dans le parloir duquel il trouva le comte de Crèvecœur.

— .\insi, mon jeune ijalant, dit celui-ci d'un ton sévère, vous désirez voir encore une fois la belle conipai;ne de votre expédilion romanesque ?

— Oui, monseigneur, répondit Quentin avec fermeté, cl, qui plus esl, je désire la voir sans témoins.

— C'est impossible, reprit Crèvecœur. Je vous en fais juge, lord

Craxvford. Cette jeune dame, bile de mon ancien compagnon d'armes, la plus riche liérilii'ie de Itoiiigogne, a avoué une espèce de... qu'allais-je dire:' bref, elle est folle, et votre homme d'armes est un fat présoinplueux. Ils ne se verront pas sans témoins. I — Alors je ne dirai pas un seul mol à la comtesse en votre présence, repartit (hientin ravi de ce qu'il venait d'entendre. ÎMalgré ma présomption, vous m'avez appris beaucoup plus que je n'aurais osé espérer.

— C'est vrai, mon ami, dit Craxvford, vous avez été imprudent dans vos révélalions. l'iiisque vous vous en rapportez à moi , je vous conseillerai de vous lier ,i la bonne grille qui coupe en deux le parloir. (Ju'ils éiliangeiit des paroles à leur aise. La xie d'un roi et de plusieurs milliers d'hommes peut-elle être mise en balance avec les inconvénients d'un tète-a-tcte entre deux jeune gens :'

Là-dessus, il entrain i Crèvecœur, qui le suivit avec répugnance en jetant des regards courroucés sur le jeune archer. Lin moment après, la comtese Isabelle |)arut de l'autre côté de la grille. ( Juand elle s'ajieriiit que Quentin élail seul, elle s'arrêta, et resta les yeux baissés pendant une dcmi-iiiinutc.

— l'ourqiioi serais-je ingrate, dit-elle ensuite; parce que les autres ont d'injustes soupions? Vous êtes mon ami, mon sauveur; et apri's toutes les trahisons dont j'ai été entourée, vous êtes presque le seul fidèle et le seul eoiislani de mes amis...

Lu lui parlant ainsi, elle lui tendit la main à trax'ers la grille; il s'empara de cette main, qu'il couvrit de baisers et de hirines. Sans chercher à la retirer, elle se eontenla de dire : — l)ur\v;ird, si nous devions nous revoir, je ne vous permettrais pas cette folie.

Si l'on considère ((ue Quentin ;iViiit été en réalité l'unique protecleiir d'Isabelle, qu'il l'iivait préservée des plus grands dangers, on lui pardonnera d'avoir en cette circonstance dérogé à sa dignité. Mes belles lectrices l'excuseront peut-être, ((iianil même elles seraient au nombre des comtesses et des riches héritières.

Eiihn elle dégage;i sa main; et s'éloignanl de la grille, elle dit d'un ton d'extrême einl>;irras ; — Qu'avez vous à me demander? Le vieux lord écossais était ici tout il l'heinc ;ivce mon cousin de Crèvecieur, et j'ai su par eux que vous aviez une requête à me présenter. Si elle esl niisonnable, si la piiuvre Isabelle peut vous l'accorder sans ni.inquer à ses devoirs, vous ne sauriez trop attendre de moi. IMais, de grâce, ne prononcez point de paroles ([iii puissent nous compromelire si on les entendait.

Elle jetait autour d'elle des regards timides. — INc craignez nin, noble dame, lui dit <,)ueiitin, ce n'est piis ici que je puis oublier la distance (|ue le sort a placée entre nous, ou vous exposer au blâme de vos fiers parents, comme élant l'objet de l'amour dévoué d'un homme plus pauvre et moins puissant, mais peut-êlre aussi noble qu'eux-mêmes. Que ce rêve s'évanouisse pour tout le monde; qu'il ne reste plus que dans le cœur, oii, tout rêve qu'il est, il tiendra la place des plus belles réalités.

— Silence! dit Isabelle; pour vous comme pour moi, cessez ce discours. Dites-moi plutôt ce que vous avez à me demander.

— Le pardon pour un homme , qui , par égoïsme , s'est conduit enx'ers vous comme un ennemi.

■ — Je suii dis|)Osée à pardonner a tous mes ennemis; mais, ô Durward! à travers quelles scènes d'horreur voire ])résence et voire courai;e m'ont soutenue ! Cette s;ille ensanglantée... Ce bon évèque... Je n'ai su qu'hier les forfaits auxquels j'avais assisté à tuim insu.

La rougeur passagère qui avilit animé les joues d'Isabelle ht place n la plus mortelle pâleur.

— Ne revenez pas là-dessus, lui dit Q)uentin; au lieu de regarder en arrière, jetez les yeux en avant avec la fermeti' nécessaire dans un voyage difficile. Ecoutez-moi : le roi Louis mériterait d'être jiroclamé par vous un vil cl astucieux politique, comme il l'est réellement; m;iis peut-être perdrait-il la couronne ou la vie si vous l'accusiez d'iivoir favorisé votre fuite et conçu le projet de vous livrer à ('.uillauine de bi Marck. En tout cas, cette dénonciation ferait éclater enlre la France et la Bourgogne la guerre la plus sanglante qui ait j.unais désolé les deux p;iys.

— Ces malheurs n'arriveront pas à cause de moi , si je puis les prévenir. Quand même je ser;iis disposée à la vengeance, j'y renoncerais à votre considération. M'est-il possible de me souvenir des méchancetés du roi Louis plutôt que de vos iiiesliinables services.' Mais que faire :' (hiand je vais comparaiire deviint mon souverain le due de Bourgoijne, il me faudra (;arder le silence ou dire la vérité. Si je me tais, ce sera un acte de forfaiture; et vous ne voulez pas m'en gager à mentir.

— Non certes, mais que voire témoignage , à l'égard de Louis, se réduise à ce que vous savez par voiis-mêine être positivement la vérité. Quand vous p;irlercz des faits que vous .iver appris par des rapports, quelle que soil leur vraisemblance , mentionnez-les seulement comme des bruits. Prenez g;irde d'attester ce dont vous êles convaincue sans l'avoir vu de vos propres yeux. Le grand conseil de Bourgogne ne peut refuser à un moinrqiie la justice que dans mon pays on !iceoide iiiix moindres prévenus. Il doit être considéré comme innocent, tant que des preuves évidentes n'auront pas établi sa cnl-

QDENTIJN DURWARD,

pabilité. Il faudra des dépositions positives pour justifier les charges uniquement basées sur des ouï-dire.

— Je crois vous comprendre.

— Je vais m'expliquer davantiiije, dit Quentin; et il allait développer sa pensée, lorsque la cloche du couvent sonna.

— C'est le signal de notre séparation , de notre séparation éternelle; mais ne m'oubliez pas, Durward. Je ne vous oublierai jamais... Votre dévouement... Elle ne put achever; mais elle lui tendit sa main, qu'il baisa de nouveau. Nous ignorons comment il se fit qu'en essayant de la retirer, la comtesse s'approcha tellement de la grille , que Durward se crut permis d'imprimer un adieu sur ses lèvres. Elle ne s'en formalisa pas; peul-être n'en eut-elle pas le temps. Crèvecœur etCrawford, témoins cachés de cette scène, se précipitèrent dans le parloir; le premier furieux, le second riant, et retenant son compagnon.

Olivier le Dain.

— Dans votre chambre ! dil le comte à Isalurlie, (|iii baissa son voile et s'enfuit, dans votre chambre! et ce devrait être une cellule où vous seriez mise au pain cl à l'eau! Kt vous, beau sire, qui êtes si malavisé, vous n'aurez pas toujours à vous mêler des intérêts des rois et des royaumes, et vous apprendrez quel chàtiiueiit mérite un vagaliond

— La, la, calmez-vous, s'écria le vieux lorJ... Ktvous, (/uenliu, je vous l'ordonne , ne répondez pas, et retirez-vous... Maintenant qu'il est parti , comte de Crèvecteur, je puis vous dire que votre dédain est hors de saison. <^)ni'ntiu Durward est aussi bon genlilliomme que le roi, seulement, comiue disent les Espagnols, il n'est pas aussi riche. Il est aussi noble (|ue moi , ({ui suis \f chef de mon nom. (!e n'est pas il nous, mon ami, <|u'on parle de châtiment.

— AIilor<l, dit (]rêvec(eur avec impatience, l'insolence de ces mercenaires étrangers est proverbiale et, loin de l'ericoiirager, vous devriez la réprimer, puis<|ue vous les eommande/.

— Sei|;neur comte, r(|ionilil (^r.iwfonl, voilà cin(|uante ans (pie j'exerce mes fonctions, sans luendre conseil d'aucun Français ni Kiiurguignon ; et avec votre jiermission , je ne changerai pas de manière d'être.

— C'est bien , niilord , je n'ai pas l'iuteution de vous niaïupicr de respect ; votre noblesse et votre Age vous donnent des privilèges : en ce qui concerne ces jeunes gens, je veux bien oublier le passé, jiuisquc j'aurai soin qu'ils ne se revoient jamais.

— IN'en i)renez pas l'engagenu-nt sur votre part de salul, dit le vieillard en riant; les nu)ulagnes peuvent se rencontrer, pourquoi des créatures vivantes, qui ont des jambes, el dont l'amour met ces jambes en mouvement, ne feraient elles p.is comme les montagnes? (Je baiser a été donné teiKireiiieut , (^rèveeiriir, il me semble (|u'il présage bien des choses.

— Nous essayez encore de lasser ma )ialienee, dit (irévecour; mais je ne vous donnerai (las d'avantages sur moi. Ecoutez ! voilii le

Paris. Typofjriqjhie Muu fi

beffroi qui nous appelle au château pour cette conférence terrible dont Dieu seul connaît l'issue.

— Ce que je sais, reprit le vieil Écossais, c'est que si l'on attente à la personne du roi, malgré la faiblesse de ses amis et la force de ses adversaires il ne succombera ni seul ni sans vengeance; je suis fâché que ses ordres formels m'aient empêché de me préparer à de telles conjonctures.

— Les prévoir, milord , c'est les provoquer, dit le Bourguignon. Obéissez aux ordres de votre royal maître, ne donnez aucun prétexte à la violence, par un excès de susceptibilité, et, vous le verrez, la journée se passera mieux que vous ne le supposiez.

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