LES TARDIGRADES
n'ont point d'incisives, mais dix-huit molaires ou moins; leur museau est court; et tous leurs mouvements sont extrêmement lents.
l^'' Ge.mœ. Les ACIIÉES (Achcus, Fr. Cuv.) manquent d'iiu-isives et de canines , et ont di.x-huit molaires toutes en forme de cylindre, dont l'extre'miU; est creuse'e, tandis que le rebord est formi' d'une substance plus dure; ils ont trois doigts complets à clia(iue pied, et leurs bras sont deux fois plus longs (pie leurs Jambes. Ils ont une courte queue.
L'Aï [Acheus aï, Fii. Cuv. Bradijpux tridartijlus , \a\. — Of.sm. L'Aï de liiHK. Le l'aresseu.v des voyageurs. Le Ihocoudiji des 15olocoudos.
Cet animal extraordinaire est de la grandeur d'un chat; son front est saillant, comme tronqué en avant; son pelage, grossier et ressemblant à du foin sec, est d'un gris briiuAtre, souvent tacheté de blanc sur le dos, où règne le plus ordinairement nue larg(î tache jaune ou orangée, traversét' par une ligiur noire longitudinale. Il a plusieurs variétés assez remarquables, dont l'une, r^'î à collier, est regardée par Temminck comme espèce ; les autres sont : VAï dos brûlé, VAï à face jaune , \'AÏ à collier noir et VAÏ gris cendré.
Cet auiin:d .1 ('le pour pres(pie tous les naturalisics, sans en excepter ISufl'on et Georges Cuvier, un sujet d'erreur la plus complète, parce que , malgré leur excellente critique, ils se sont
laissé iiitluencer |)ar les contes absurdes des anciens voyageurs, et peut-être aussi par des opinions préconçues. Écoulons d'abord BulFon : « Nous disons, pour revenir à nos deux animaux (l'aï et l'iinau), ([u'aulant la n.ilure nous a paru vive, agissante, exaltée dans les singes, aillant elle est lenle, conirainle et resserrée dans ces paresseux; et c'est moins paresse ([ue misère, c'est défaut, c'est déuùiuent, c'est vice dans la conformation ; [loint de dents incisives ni canines; les yeux obscurs et couverts, la mâchoire aussi lourde qu'épaisse, le poil plat et semblable à de l'herbe sédiée, les cuisses mal emboilées et jiresque hors des hanches , les jambes lro|) courtes , mal lournécs et encore ])his mal terminées; point d'assiette de pieds , point de pouces, point de doigts séparément mobiles; mais deux ou trois ongles excessivement longs, recourbés en dessous, qui ne peuvent se mouvoir qu'ensemble , et nuisent plus à marcher cpi'ils ne servent à grimper; la leiileur, la stu|>idité, l'abandon de son être, et même la douleur habituelle résultant de celte confiuuialion bizarre et néglige^'; (loint d'armes pour attaipicr ou se défendre; nul moyen de séiiirité, pas même en grattant la terre; nulle ressource de salut dans la fuite : confinés, je ne dis pas au pays, mais à la motte de terre, à l'arbre sous leipiel ils sont nés, prisonniers au iiiiiicu de l'espace; ne pouvant parcourir qu'une toise en une heure, grimpant avec peine, se traînant avec douleur, une voix plaintive et par accents entrecoupés, qu'ils n'osent élever que la nuit : tout annonce leur misère, tout nous rappelle
Paris. Typnyniphlo rion frères , me (lu V'aiiyirard , 3G.
LES EDENTES.
ces monslres p:ir ilcl'iiiil, ces ébauches imparfaites mille fois projete'es, exe'cute'es par la nature, qui, ayant à peine la faculté' d'exister, n'ont tlù subsister qu'un temps, et ont été ensuite effacés (le la liste fies êtres. » Pour achever ce triste portrait, Buffon ne manque pas de répéter que ces animaux , après avoir mangé toutes les feuilles d'un arbre, se laissent tomber au risque de se briser les os, etc., etc. Enfin il ajoute que « ce sont peutêtre les seuls que la nature ait maltraités, les seuls qui nous offrent l'image de la misère innée. »
Cuvier, imbu de toutes ces idées, mais plus anatomiste que Buffon, après nous avoir dit que la nature, en créant ces animaux , semble avoir voulu s'amuser à produire quelque chose d'iuiiiarfait et de grotesijue, cherche à trouver la cause de ces misères [jrétendues dans leur organisation. « Leurs doigts sont réunis ensemble par la peau, dit-il, et ne se marquent au dehors que par d'énormes ongles comprimés et crochus, toujours fléchis vers le dedans de la main ou la plante du pied. Leurs pieds de derrière sont articulés obliciuemeni sur la jambe, et n'appuient que par le bord externe; les phalanges de leurs doigts sont articulées par des gynglymes serrés, et les premières se soudent, à un certain âge, aux os du métacarpe ou du métatarse; ceux-ci finissent par se souder ensemble faute d'usage. A cette incommodité dans l'organisation des extrémités, s'en joint une non moins grande dans leurs proportions: Leurs bras et leurs avaritbras sont beaucoup plus longs que leurs cuisses et leurs jambes, en sorte «juc , quand ils marchent, ils sont obligés de se traîner sur leurs coudes ; leur bassin est si large et leurs cuisses tellement dirigées sur le côté, qu'ils ne peuvent rapproclier les genoux. Leur démarche est l'effet naturel d'une structure aussi disproportionnée. Ils se tiennent sur les arbres et n'en quittent un qu'après l'avoir dépouillé de ses feuilles, tant il leur est pénible d'en gagner un autre; on assure même qu'ils se laissent tomber de leur branche pour s'éviter le travail d'en descendre. »
Nous albms maintenant faire l'histoire vi'aie de l'ai, et ce sera une réfutation coinpiète de tout ce i]u'ont avancé les célèbres natinalistes que je viens de citer.
L'aï est très-eomnum au Brésil , à Cayenne , à la Nouvelle- Espagne, et généralement dans toute l'Amérique intertropicale. 11 habite exclusivement sur les arbres, dans les forêts composées d'ambaïi)a iCecropia pcllala) dont les feuilles font sa prineii)ale et peul-èire son uni()ue nourriture. Il jiarcourt les forêts en passant d un arbre à l'autre par les branches ; il sait parfaitement profiter, pour cela, du vent qui, en les agitant, met leurs rameaux en conta( t, et il saisit avec beaucoup d'agilité ce moment. Jamais, si ce n'est par force ou par accident, cet animal ne descend à terre, où il n'a rien à faire; il lui serait doue tout à fait inutile de pouvoir y uuucher; aussi la nature lui a-t-elle refusé celte faculté, connue elle l'a refusée aux orangs et à quelques autres singes éminemment grimpeurs , et devant passer , ainsi que lui, toute leur vie sur les arbres. Et jiourtant, c'est .sur des iiulividus arrachés à leurs forêts, à leurs habitudes, [ilacés sur la terre plate, ([ue les naluralisles ont décidé que l'aï était d'une lenteur excessive, et qu'il lui fallait une heure pour parcourir la distance de deux mètres , ce qui est d'ailleiu's nue granile exagération. L'aï, sur la terre, est en effet obligé de se traîner avec peine sur ses coudes, à cause de la longu<'iu' de ses jambi^s antérieures, mais cela n'empêehe pascpi'il n(' grinqie sur les arbres, sinon ave» une grande agilité, du moins avec une extrême facilité. MM. Uuoy et t;aimard ont eu vivants pendant (juelques jours, sur le vaisseau l'Uranie, deux de ces animaux, et ils ont observé (pi'il faut beaucoup rabattre de la leuteiu' qu'on leur attribue. « Tout l'c'quipage a vu l'ai monter en viiigl-cinq minutes du giiiliai'd (l'arrière au haut du grand niAt; il parvint successivement, en moins de deux heures, au sommet de tous les mais, en allant de l'un à l'autre par les étais. Une autre fois, étant descendu pai- l'cchelle du gaillard d'an ière et louchant l'eau par
une de ses pattes , il s'y laissa v.olontairement tomber , et nagea aisément , la tête élevée. » Nous remarquerons en outre que cet animal est tout à fait nocturne, qu'il ne jouit de tout le développement de ses facultés que la nuit, et que ces observations ont été faites le jour. Sur la terre, pendant l'obscurité, il marche de la même manière que les chauves-souris , et d'un mouvement assez vif.
Cherchons si son organisation est aussi malheureuse qu'on le dit, quand on la considère dans ses rapports avec les habitudes de l'animal ; nous verrons qu'au contraire , loin d'être un mal pour lui, cette organisation , qui paraît si informe et si bizarre, est un bienfait de la nature. L'aï ne se tient pas sur les branches ainsi (pie le font les singes et les écureuils, mais par-dessous , et le corps suspendu par les quatre jiattes ; qu'il marche , qu'il mange, qu'il dorme, il ne quitte jamais cette attitude, qui pour ces animaux est celle du repos , à cause de l'extrême prédominance que leurs muscles fléchisseurs ont sur les extenseurs. Leurs gros ongles arqués, embrassant toute l'extrémité des doigts et naturellement recourbés vers la ])aume de la main, les phalanges de leurs doigts soudées au métacarpe et au métatarse, ceux-ci (jui s'ossifient de manière à ne former, à un certain Age , qu'une seide pièce, tout cela leur donne ime puissance d'accrochement, si je ])uis me servir de cette expression, qui rend pour eux fort commode une position intolérable pour tout autre animal. Leurs jambes écartées par l'énorme largeur de leur bassin ou quehiuefois par de longues clavicules, leur permettent d'embrasser les grosses branches sans la moindre fatigue; la paume des mains et des pieds articulés obli(iuement , leur permet de poser les pattes à plat sur les côtés des branches qu'ils embrassent; leur cou, composé de neuf vertèbres (ce qui est unique jiarmi les mammifères), leur permet d'allonger la tête , de la tourner dans tous les sens pour saisir les feuilles sur les rameaux à distance; l'axe de la tête étant le même que celui de la colonne vertébrale, la bouche regarde en haut (juaiid l'animal est debout; ce qui dispense les aïs, lorsqu'ils sont s\is|iendus, de relever la tête yisr un effort musculaire soutenu; ils broient les feiulles avec des dents parfaitement adaptées à cet usage; leurs poils, plats et grossiers, ressemblant, par la forme et la couleur, à de l'herbe desséchée ou de la mousse , les dérobent à la vue des animaux carnassiers et des oiseaux de proie (jui pourraient les alla(pier. Eu cas de chute, ils ont une force de vitalité cent fois jdus consid('rable ([u'un chat; et tout cela ils le doivent à une organisation «[ue G. Cuvier appelle imparfaite et grotesque, et BuU'on, misérable, faute par ces naturalistes d'avoir connu les habitudes et les besoins de ces singuliers animaux. S'il m'était |)crmis, dans un ouvrage du genre de celui-ci, d'entrer dans de |dus grands détails analomiques, on verrait (juil n'est pas une de leurs pr('teii(lues iruj)erfections qui ne soit une preuve irrécusable de la haute sagesse qui a i)résidé à la création.
L'aï, (]ui jus(prà ce jour n'a été étudié que dans des lieux et des elr(:ouslan((^s poiu' les(]uels la nature ne l'a |)oint créé, vil au fond des plus sondues forêts, où la hache de llunume n'a point encore établi de clairière ; il est doux , tout à fait inofl'ensif, et ])arait |)eu intelligent par la raison qu'il a jieu de besoins; solitaire sur l'arbre qui le nourrit, il y passe une jjartie de sa vie, et ne pense à le (piilter ([ue lors(iu'il en a dévoré toutes les feuilles, u II marche d un bon [las, dit le voyageiu' anglais Watterlou; et si, comme moi, vous l'aviez vu passer d'un arbre à l'autre, vous ne seriez plus tenté de lui donner injustement la qualification de paresseux. » S'il ne peut passer sur un autre arbre au moyen de l'entre-croiseraent d(!S branches, il ne se laisse pas tomber, connue on l'a dit , mais il en descend fort bien , en (|uel(pies miiiules, et se traîne sur la terre aussi vile (pi'il le Jieut jiour en regagner un autie. Si on le sin'prend dans f(^ moment, il s'arrête, et cherche à se défendre conune il le ))eul ; poiu- cela, il s'assied sur son derrière et joue des bras de devant, l'un après
DASYrOIDES.
l'autre, absolument comme un aveugle qui chercherait à enlacer (le son bras un objet ((u'il ne verrait ])as, ou i)luldt comme une me'canique. S'il parvient à saisir le bâton ilont oa le frappe ou tout autre objet, il le serre contre sa poitrine avec une telle force, qu'il est fort diincile île le lui arracher, et il ne le Iftche qu'en mourant. Dans la joie comme dans la douleur, il fait entendre le cri qui lui a valu son nom; mais il reste silencieux tant qu'il n'est pas agité par une passion. La femelle ne fait (pi'un petit qu'elle soigne avec la plus grande tendresse, lîlle (uet bas non pas sur terre, mais sur un lit de mousse qu'elle établit à la bifurcation de deux ou trois grosses branches. Au bout <le (pielques jours les ongles du |)etit se sont assez alferniis pour (pi'il puisse s'accrocher au dos de sa mère, où il est suspendu comme elle l'est elle-même aux branches (pi'elle parcourt. Ces animaux ont la vie extraordiuaireuienl dure, et ou ne parvient <à les faire tomber de l'arbre où ils s'accrochent qu'après leur avoir tiré plusieurs coups de fusil. Ils remuent encore pendant plus d'\me lieure après qu'on leur a arraché le cœur et les entrailles. « Le voyageur de Lalande, dit Desmoulins, aidé de son domes|i(iuc, a inutilement essayé i)endant une demi-heure d'étrangler un ai avec une corde grosse comme le doigt, l'animal ne cessait d'étendre et de ramener ses bras eu crochets sur la poitripe par intervalles; ce qu'il fit encore plusieurs heures au fond d'un tonneau d'alcool, où on le tint ensuite submergé. » Ces animaux, pris jeunes, s'appiivoisent aisémetit, niais sans
jamais s'attacher. On les nourrit de pain et de lait et de quelques espèces de feuilles que l'expérience apprend à connaître. Ils ne boivent jamais, et se reculent même de l'eau qu'on leur présente avec un dégoût très-manpié. Transportés dans nos climats, ils ne vivent pas longteuqjs, parce qu'ils craignent excessiivement le froid et l'humidité. On connaît encore deux espèces d'aï, l'acheus ustus et Vacheus torquatus, Less., qui diffèrent fort peu du précédent et habitent tous deux le Bn'sil.
2= Genre. Les BRADYPES {Bradiipu<i, Lin.) riifïïirenl des aïs par une foule de caractères anatomiipies, dont voici les plus saillants. Ils ont dix-huit dents, savoir : deux canines en haut et en bas, aiguës et plus longues que les molaires; huit molaires supérieures et six inférieures, toutes cylindriques. Leurs jambes antérieures sont très-gréles, d'un ciiKpiième jdus longues que les postérieures; leur tête est jielile, arnuidie; leurs pieds n'ont (|ue deux doigts, réunis et terminés ]iar deux griffes fortes et crochues. Ils manquent totalement de queue.
L'Unau (Bradypua didactylus, Lin. — Desm. L'Unau de Riur. et G. Cuv.) est de moitié plus grand que l'aï, nui|uel, du reste, il ressemble beaucoup ; sa face est oblique ; sou pelage est d'un gris brun ui]ifoi'ine , qi|i prend (pielquefois une teinte roiissftlre. Il habite les mêmes contrées (pie l'aï et lui ressemble tellement en tout, que faire l'histoire de l'un, c'est faire l'histoire de l'autre.
LES DASYPOIDES
ont le museau allonge!, les membres à peu près égaux; les uns n'ont pas de dents du tout; d'autres ont des molaires seules; d'autres encore ont des incisives et des molaires, ces dernières sont au nombre de vingt-six à quatre-vingt-seize.
5' Genre. Les TATOUS [Dafijpus, Lin. Eitphractus, Wac.l.) ont trente-huit dents, savoir : deux incisives en haut et quatre en bas; point de canines; seize molaires supérieures et seize inf('rieures; toutes les dents sont sans racines; la langue est peu extensible; la tête, le corps et la (lueue sont recouverts d'un test dur et écailleux, à petits coni|>artiments semblables à des pav(!s ; ce test, ou carapace, est composé de plusieurs parties; un bouclier sur le front, un second bouclier arrondi sur les épaules, un autre semblable sur la crou])e , et des bandes mobiles transversales, plus ou moins nombreuses, entre les deux. Quehpiefois tous leurs pieds ont cin(i doigts, tous armés d'ongles robustes. Tous les animaux de ce genre sont doux et inofTensifs.
Le Tatou-Poïou ou Encouueut [Dasypus encoubert, Desm. Dasypus sexcinctus et Dasypus oclodecimcinctus , Lin. Dasypus setosus. WiED. Le Tatou à six bandes, G. Cuv. L'Encoubert et le Cirquinçon de liui-E.).
Ce singulier animal a la tête large, aplatie et triangulaire, r(;couverte d'un bouclier osseux, comme tout le dessus du corps; la cuirasse qui lui couvre le dos est composée de six à sept bandes mobiles , formées de pièces grandes , rectangulaires , lisses , jjIus longues que larges; sa queue est longue comme la moitié de son corps , ronde, portant des anneaux osseux seulement à sa base : ses oreilles sont assez longues; son bou(^licr postérieur est dentelé en scie ; les parties non écailleuses de son corps sont garnies de poils blanchâtres, assez longs et assez fournis; tous ses pieds ont cinq doigts inunis d'ongles médiocres; il a deux mamelles pecloral(^s.
Le tatou-poyoïi habite l'Amérique méridionale et est assez commun au Paraguay. Nous nous étendrons peu sur son histoire, parce qu'elle est exactement la même que celle des animaux composant les genres priodontc et tatu.sie, qui ont él('
séparés des tatous par Fr. Cuvier. Tous ces animaux sont exclusivement des parties chaudes de r.-Vmérique. Leur chair est assez bonne à manger; mais il parait que celle des ])etites espèces est plus délicate (pie celle des grandes, et (|iie celle de l'encoiibert est la moins estimée de toutes. Quoi ([u'il en soit, on leur fait une chasse assez active.
Ces animaux ont tous plus ou moins la faculté de se rouler en boule , à peu près comme notre hérisson , et dans cet état ils présentent à leurs ennemis la cuirasse dure qui les recouvre ; mais comme tous ne sont pas également bien arnu's, et (pi'il existe des vides, surtout dans cette altitude, entre les boucliers et les bandes du dos, la dent des animaux carnassiers trouve aisément un passage , et leurs armes défensives ne leur servent pas à grand'chose. Le tatou-poyou ne jouit pas, à un aussi haut point que les autres, de la faculté de se mettre eu boule, mais il |)eui, quand il est menacé d'un danger, s'aplatir contre la terre, dont il a un peu la couleur, au point de disparaître aux yeux de ses ennemis, parce qu'alors il ne ressciiible plus (pi'à une légère inégalité du sol. Celui qui a vécu à la ménagerie était craintif, nocturne, cherchait toujours à se cacher, et, dans ce but, il aplatissait son corps de façon à présenter trois fois plus de largeur que (le hauteur. Sa voix était une sorte de grognement, qu'il faisait surtout entendre lorsqu'on le contrariait, et il courait avec beaucoup de vitesse. Ces animaux sont très-iiiofreusifs, n'attaquent jamais les êtres plus faibles (pieux, et cei)endant ils ne ré[)ugneut ])as à se nourrir de lambeaux de cadavre (piand ils en trouvent; leur nourriture habituelle consiste en fruits, en légumes et en racines, qu'ils savent fort bien déterrer en fouillant la terre avec leur nez, à la manière des cochons. Ils habitent des terriers qu'ils se creusent, les uns dans les savanes humides, et les grandes espèces sur le penchant des collines sèches et arides. Ils creusent la terre avec une telle vitesse, que, sous ce rapport, ils ne peuvent être compart's qu'à la taupe. Ne pouvant ni courir bien vite (si l'on en excepte l'encoubert), à cause de la brièveté de leurs jambes, ni sauter, ni grinqier sur les arbres, ils n'ont de ressource, pour échapper au danger, (]ue de se jeter
LES i: DENTES.
dans leur lenier; s'ils sont poursuivis de trop près, et qu'ils n'aient pas le temps de gagner leur retraite, ils se mettent à creuser, et pour peu cpie le chasseur soit à cinquante ou soixante pas d'eux, ils ont déjà disparu sous la terre lorsqu'il arrive. Si leur queue paraît encore en dehors et qu'on la saisisse, ils se cramponnent avec tant de force dans leur trou, qu'on la leur casse ]dut6t que de les en arracher; dans ce cas, on est obligé, sans les li'ieher, d'ouvrir le terrier en avant, et on les a ainsi sans les mutiler. Lorsqu ils sont tout à fait enfoncés dans un terrier profond , on ne peut les en faire sortir qu'en les inondant d'eau ou en les enfumant. Aussitôt qu'ils sont pris, ils se roulent en
On a dit que les tatous vivaient en société' amicale avec les serpents à sonnettes, et qu ils n'en craignent jias la morsure; que leur graisse , leurs écailles calcinées avaient des propriétés admirables en médecine; mais tous ces vieux contes, avancés par Ménard, Ximénès et d'autres, sont complètement tombés en désuétude.
l" (iENRE. Les PRIODONTES (Priodontes, Fr. Cuv.) ont quatrevingt-di,K-huit dents, savoir : point d'incisives, point de canines; cinquante molaires à la mâchoire supérieure et quarante-huit à l'inférieure; jiour l'ordinaire, car ce nombre varie un peu d'in-
boule, et pour les faire étendre on les jette dans l'eau ou on les place devant un feu un peu vif.
On dit que pendant une grande partie de l'année ces animaux restent dans leur terrier sans en sortir. Ce qu'il y a de plus certain , c'est (pi'ils s'y tiennent pendant tout le jour, et qu'ils n'en sortent (jue la nuit pour aller chercher leur nourriture. Gumilla
-aê^/^s. A
ÊLM.
prclcuil que la femelle met bas tous les mois, et que chai|ue i'dis elle fait cjuatre petits; il faut que cela soit, car on chasse continuellement ces animaux, soit au fusil, avec des chiens, soit aux pièges, et le nombre ne parait |ias en être beaucoup diminué. Pour cette chasse on emploie une race de ]>etils chiens ipii les poursuivent avec acharnenu'nt, et rarement le tatou leur écliappe, à moins qu'il ne se trouve à proximité d'une roche escarpée ou d'un ravin; dans ce cas, il s'approche du bord, se contracte en boule, et se laisse rouler au fond du ])récij)iec sans le moindre danger, grftce aux ('cailles qui le défendent.
dividu à individu ; ;outes ont à peu près les mêmes proportions et sont plus ou moins comprimées latéralement. Elles sont divisées longitudinalement dans leur milieu par une partie plus claire et demi-transparente. Ils ont deux mamelles pectorales, cinij doigts aux pieds de devant , et tous les autres caractères des genres précédents et suivants.
l.e Tatou noir mes nois ou Tatou géant (Priodontes giganteus, Fr. Cuv. ]>asijijus gigas, Fr. Cuv. Dasypus gigas, G. Cuv. Dasypus giganleus , Desm. Le Deuxième Kabassou de Buff. Le Grand Tatou, d'Azzaiia) a quelquefois plus de trois pieds de longueur (0,97S), non compris la <picuc, ipii est ronde, longue d'un jiied et demi {0,487), et recouverte d'écaillés imbri(piées comme des tuiles; la télé, proportionnellement [dus petite que dans les armadilles, est blanchâtre, avec le museau long et les oreilles assez petites; la cuirasse se compose de douze ou treize bandes mobiles, à compartiments plus longs que larges; le (lanc et la queue
DASYPOIDES.
sont blanchâtres comme la tête, le reste du corps est noirâtre. Il habite le Paraguay et vit dans les bois.
5" Genre. Les ÀRMADILLES (Tatusia, F. Cuv.) ne dilTèrent des deux genres pre'ce'dents que par leur système dentaire : elles ont trente-quatre dents, savoir : point d'incisives, point de canines; dix-huit molaires en haut et seize en bas. Les unes ont quatre doigts aux pieds de devant, les autres cinq.
Le Mataco {Tatusia apar, Less. Dasypus apar , Desm. Dasypus tricinctus, Lin. Le Tatou apar de Buff. Le Tatou à trois bandes de G. Ciiv. Le Tatou apara de M.\(icg.) est d'une médiocre gran-
di neuf bandes de G. Cuv. Le Cachichame de Buff, Le Tatou noir ii'A/.zAB.v. Le Pictii de Moi.ina) a souvent (juinze pouces de longueur (0,4(16), non compris la queue, qui est de la même longueur, ronde et annelée dans toute son e'tendue; la cuirasse est ordinairement composée de neuf bandes, ([uelquefois de huit ou sept, rarement de six, à coinparlimenis reclaiigulaires; les comparlinienls des boucliers sont petits et arrondis; tous sont noirâtres. 11 n'a que quatre doigts aux pieds de devant; .ses oreilles sont très-longues, et il a quatre mamelles. 11 est très-comnmn à la Guyane, au Paraguay et au Brésil. Il creuse très-habilement son terrier, d'où les chasseurs le retirent à grande peine pour le manger.
Le Gorhiiii il Inde, paysage amiTH-aiii.
deur ; sa tête est oblongue ; son museau pointu , ses oreilles niéliiocres, sa ()ueue très-courte et ai)latie ; sa cuirasse se compose de trois bandes mobiles; ses compartiments sont régulièrement tuberculeux; il a treize rangées de pla(jues polygones, d'une couleur plombée, sur le bouclier de la croupe; ses pieds sont assez faibles, et il a deux mamelles pectorales; ses poils sont bruns. Il jouit de la faculté de se rouler en boule complèle en renfermant sa tête et ses pieds entre ses jxiucliers. Il fouille la terre dillicilement. On le trouve au Tuciiman, dans la républicpie Argentine, et surtout aux environs de But'nos-Ayres. Fr. Cuvier en a fait le genre Apars.
L'AiiHAiiii.i.F. A QUATRE RANiiES (Talusia fjuadricincla , Liss. Dasypus <iuadricinclus , Lin.) n'est connue c[ue par la courte phrase de Linné, ipie voici : cpiatre rang('es d'écaillés osseuses. Comme le pensait le naturaliste suédois lui-même, ce n'est sans doulc qu'une variété de l'espèce précédente. Sa patrie est inconnue.
Le Peba ou AiATOCirrr.i {Tatusia peba. Less. Dasijpus pelni, I)i:sm. Dasypus novemcinclus , octocinclus et septcmcinclus , Lin. Le Tatou
Le .MhoriiicA (Talusia liijhridus , Less. Dasypua hijhridiis, Pesm Le Tatou mulet, h'A/zara) ne me paraît êlre (pi'une variété du précédent; il en diU'ère par sa (punie arrondie, longue comme la moitié de son corps , cl par les bandes de sa cuirasse , au noiiiiire de cin(| à sept. Son museau est allongé , ses oreilles sont grandes et ses jambes courtes ; il a ipialrc doigts aux pieds de devant. Il habite les lieux dé( ouverts des pampas de lîuénos-Ayres, el il est commun au Paraguay.
Le Tatouav {Tatusia tatuay, Less. naaijpus laluay, Desm. Armadilla africanus, Sera. Dasypus unicinctus, Lin. Le h'aliassou, Buff. Le Tatou à douze bandes, G. Cuv.) devient fort grand. Il a cinq doigts à tous les pieds, et quatre des doigis des pieds de devant ont (les (uigles énormes, tranchants a leur bord externe. Sa cuiras.se se compo.sc de douze à treize bandes, à écailles rectangulaires, plus longues que larges; la ipieue est ronde, iiioins longue que la moitié du corps, à tubercules assez distants; la t(le est un peu bomlu'e , le museau long et les oreilles grandes. Il habile Caveiiiie, le lîiv.sil et le Paraguay.
LES EDEJNTÉS.
Le PrcHiY {Tatusia minuta, Less. Dasijpus minutus , Desm. L'Encoubert de Fr. Cuv.) a dix iioiices (0,271) de longueur, et cinq doigts à tous les pieds; sa cuirasse se compose de six à sept bandes à plaques rectangulaires; les écailles de sa tète sont lisses, e'chancrées sur les côtés au-dessus de l'œil ; le bouclier de la croupe est fortement denté sur son rebord ; sa queue est ronde , longue de presque la moitié du corps, couverte de fortes écailles disposées en anneaux; ses oreilles sont très-petites; ses poils sont bruns. Il habile les pampas de tout le sud de l'Amériipie, depuis Buénos-Ayres jusqu'au détroit de Magellan.
L'Armadille velue {Tatusia villosa, Less. Dasypus villosus, Desm. Le Tatou velu, d'AzzARA) ressemble beaucoup au tatouay, mais elle est plus petite et plus velue. Sa longueur totale ne dépasse pas dix-sept pouces (0,460). Sa cuirasse se compose de six à sept bandes, à plaques rectangulaires; le bouclier de la croupe a postérieurement des écailles aiguës et dentelées; la queue est un peu plus longue que le tiers du corps, annelée à sa base; la tête est recouverte d'écaillés rudes ; tous les pieds ont cinq doigts ; son ventre et ses pattes sont très -velus, à poils bruns et trèslongs. Cette armadille habite les pampas de la Plata, et se nourrit souvent de charognes.
6" Genre. Les CIILAMYPHORES {ChJamyphorus , Haislan) ont trente-deux dents, savoir : point d'incisives, point de canines; seize molaires en haut et seize en bas. Leur corps est couvert d'un test osseux formé de nombreuses bandes mobiles, transverses, depuis la tête jusqu'à la queue, et par conséquent ils n'ont pas de bouclier sur les épaules ni sur la croupe, comme les animaux des genres précédents; leur test est tronqué ])oslérieureiiient; leur queue est mince ; ils ont cinq doigts à tous les ]>ieds, et ceux de devant sont armés d'ongles plus forts que ceux de derrière.
Le CuLAMïi'iKiRE TRONyuÉ {Clilaimjphorus truncatus, IIarlan. Le richiciayo des Cliilicns) a cinq pouces et quart (0,142) de longueur totale; les écailles de son test sont rhomboïdales, et s'avancent sur sa tête ; sa queue est ferme, ajipliquée sur son abdomen, et ))arait avoir peu ou point de mouvement; le dessous de son corps est garni de poils blancs, soyeux, épais et doux comme chez la taupe. Cet animal se trouve dans les Cordillères du Chili, aux envii-ons de Mcndoce, Il se creuse avec beaucoup d'agilité un terrier couq>os(! de longues galeries à la manière de la taupe, dont il a toutes les habitudes. Pendant qu'il allaite ses petits, il les porte sous les rebords de son test écailleux.
7« Genre. Les OKYCTIÎKOPES [Oryclempua, C.im-i:) ont vingtsix (liants , savoir ; point d'incisives , point de canines; quatorze molaires en haut et douze en bas, toutes ( omposées d'une grande quantité de petits cylindres creux. Leur peau est épaisse, mais non écailleuse, et lem- corps est couvert de poils ras; ils ont quatre doigts aux pieds de devant, cinq à ceux de derrière, munis d'ongles plais et non tranchants, pro|tres seulement à fouir; leur langue est un peu extensible; ils ont la queue et les oreilles (huiles.
L'OmcTKiioi'E Dii Cap , ou Cochon de terre (Orycteropus capensis, DicsM. Myrmecophafia afra, Pam.. Myrniecophatja caperisis. Cmi.. Le Cochon de terre, Huii-.) a trois i)ieds et demi (1,157) de longueur, non conqiris la i|ueue, ipii a un i)ied neuf pouces (0,5139). Son corps est épais, ses jambes sont courtes; ses oreilles ont un ])eu plus d'un demi-])ied (0,162). Son pelage, composé de poils roides comme des soies, est d'un gris roussâtre , avec la jambe, l'avanl-bras et les pieds noirâtres; sa queue est presiiue blanche. Cet animal a été tellement (-liasse ])ar les Hollandais du Cap, qu'il est devenu extrêmement rare dans la colonie.
I^e cochon de terre habite les environs du cap de Bonne-Espé-
rance et vit dans un terrier. Le voyageur hollandais Kolbe, quoiqu'il ait dit beaucoup de choses hasardées, a cependant très-bien connu cet animal. « Il se creuse un terrier avec beaucoup de vivacité et de ])romi)titude, dit-il, et s'il a seulement la tète elles pieds de devant dans la terre, il s'y cramponne si bien que Ihomme le plus robuste ne saurait l'en arracher. Lorsqu'il a faim , il va (chercher une fourmilière. Dès qu'il a fait cette bonne trouvaille, il regarde autour de lui pour voir si tout est tranquille et s'il n'y a point de danger : il ne mange jamais sans avoir pris cette précaution. Alors il se couche, et, plaçant son long museau tout près de la fourmilière, il tire la langue tant qu'il peut : les fourmis montent dessus en foule, et dès qu'elle en est bien couverte, il la retire et les gobe toutes. Ce jeu recommence plusieurs fois , et jusqu'à ce qu'il soit rassasié. Afin de lui procurer plus aisément cette nourriture, la nature, toute sage, a fait en sorte que .la partie supérieure de celte langue qui doit recevoir les fourmis est toujours couverte et comme enduite d'une matière visqueuse et gluante , qui empêche ces faibles animaux de s'en retourner lorsqu'une fois les pattes y sont empêtrées : c'est là sa manière de manger. H a la chair de fort bon goût et trè.s-saine (quoique exhalant une forte odeur d'acide formique). Les Européens et les Hottentots vont souvent à la chasse de ces animaux ; rien n'est plus facile que de les tuer : il ne faut que leur donner un petit coup de bâton sur la tête. »
8= Genre. Les FOURMILIERS (Myrmecophaga , Lin.) manquent absolument de dents; ils n'ont pas de cuirasse écailleuse; leur museau est long, terminé par une petite bouche; leur mâchoire inférieure est presque rudimentaire ; leurs ongles de devant sont forts et tranchants, et varient en nombre selon les espèces; leurs oreilles sont courtes; leur langue est Irès-extensible; leur queue est longue , velue , lâche , (pielquefois nue et prenante.
L'Ouateri-ouassa ou Tamanoir (Myrmecophaga jubata, Lin. — Desm. Le Tamandna-Gunçu du Brésil. Le Gnourouj»!' et le Yoquoin ou Yogoni du Paraguay. Le Tamanoir de Buei-. cl de G. Cuv.)
Cet animal, de la grosseur d'un mâtin, a quatre pieds (1,299) de longueur, non conq)ris la queue, qui en a trois (0,975). Son corps est bas sur jambes proportionnellement à sa longueur; sa tête est fort mince , allongée, et se lernûne par un long museau prescpie cylindri(pie, et par une bouche extrêmement petite, fendue d'environ un pouce. Ses pieds de devant sont munis de (luatre doigts , et ceux de derrière de cin(i ; ses oreilles et ses yeux sont Irès-pelits ; sa queue est garnie de très-longs poils. Son pelage est brun, avec une ligne oblique, noire, bordée de blanc sur (•ha([ue épaule. Ses pieds de devant sont blanchâtres, ceux de derrière noirâtres.
En marchant, le tamanoir s'appuie sur une grosse callosité contre laquelle il tient leplié le i)lus grand de ses ongles, et qui sert au.ssi de point d'appui à cet ongle (juand l'animal saisit quelque objet. Cette altitude le force à ne poser le pied que sur le c()té, ce (pii rend sa marche lente, didicile et fort peu gracieuse. Il ne se promène guère que la nuit, et il dort tout le jour dans un fourré, couché sur le cùlv , la tête entre les jambes de devant, rapprochées et croisées avec celles de derrière , et la queue étalée sur lui. Comme il craint beaucoup la lumière, si un accident le contraint à sortir de sa retraite pendant le jour, en marchant il a grand soin de relever sa (|ueue sur son dos , et avec son panache il .se fait une sorte de parasol (pii le garantit des rayons du soleil. Sa vie est solitaire et triste, et jamais il n habile que les lieux bas et humides, ou même inondés; quchiuefois aussi il pénètre dans les bois i)Oiir ch(!rcher sa nourriture, mais, malgré la puissance de ses ongles, il ne grimiie jamais sur les arbres. Sa principale nourriture consiste en foiu-mis et en termites, mais il mange aussi d'autres insectes. On sait que les termites sont une sorte de fourmis qui se logent dans des cônes de terre hauts
DASYPOIDES.
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([ueI((iierois de plusieurs pieds et larges à propoilion. Ces habitalions sont construites avec tant de solidité qu'on a souvent beaucoup de peine à les entamer avec une pioche ou un pic. Quand le tamanoir a trouve' un de ces cônes , il en fait deux ou trois fois le tour en l'observant minutieusement; puis, lorsqu'il a reconiui l'endroit faible de l'e'dilice, il y fait un petit trou avec les ongles de ses pieds de devant. Il applicpie le bout du museau contre cette ouverture, ou même (juelquefois il l'y enfonce plus ou moins profonde'ment , jusqu'à ce ([u'il ait rencontre' la population presse'e des termites. Alors il allonge une langue de la grosseur d'un tuyau de plume à écrire, longue de dix-luiit pouces {0,i87), et enduite dans toute sa longueur d'une salive extrêmement visqueuse et gluante; il la promène dans tous les sens, en la tortillant comme un ver de terre, puis, quand elle couverte de termiles c|ui y restent englués, il la retire tout à coup dans sa ])ouclie et avale tous les insectes qui s'y sont jiris. Il ré[)ète celle manœuvre avec beaucoup de promplilude, jusciu'à ce qu'il ail entièrement satisfait sa faim. 11 exécute la même manœuvre pour manger les fourmis , après avoir gratté la terre pour ouvrir Kl fourmilière.
Tout dormeur ([u'il est, le tamanoir ne laisse pas ipie d'être plein de courage, et de se défendre avec opini.Mreté ipiand on l'attaque. Dans ce cas, il se dresse sur ses pieds de derrière, et cherche à s'appuyer le dos contre un rocher ou Un tronc d'arbre ; il se couvre le corps avec la queue, et abrite son faible tnuseâii en l'appliquant contre sa poitrine. Dans cette attitude, il présente constamment à son ennemi ses ongles puissants, avec lesquels il lui fait de profondes blessures. On dit qu'il se (b'fend même contre le jaguar , et que si ce dernier a l'imprudence de l'aborder sans précaution, le tamanoir l'étreint entre ses bras et ne le lâche qu'après l'avoir étouffé; ceci me paraît au moins douteux. Quoi qu'il en soit, cet animal , le plus grand des fourmiliers, est ex- Irêmcmcnl robuste et fort diflicile à tuer. S'il n'est pas attaqué, il n'en est point de plus paisible et de moins dangereux. Quand on le rencontre, si on ne l'irrite pas, on peut le chasser devant soi et le conduire ainsi partout où l'on veut ; mais il faut avoir la précaution de ne pas trop le presser pour ne pas le fatiguer, ce (pii pourrait l'impatienter. Pris jeune, il s'habitue assez iiien à l'esclavage , et vit de pain et de petits morceaux de viande ; il s'attache à son maître jusqu'à un certain point; mais sa tristesse habituelle s'accroît avec l'âge , et ordinairement il périt d'ennui peu de temps a|irès avoir atteint l'âge] adulte. La femelle ne fait i|u'un petit, cl a pour lui le plus grand altachement ; jamais elle ne le quitte, et lors(iu'elle sort de sa retraite pour aller chasser aux termites, elle le porte constamment sur son dos, et passe même des rivières à la nage avec sa précieuse charge. Le lamanoir habite le Brésil, la Guyane, le Paraguay cl le Pérou.
Le CA'ir.oiiAiii'; ou T.vmandl'a {Myrmecophaga tamandna , G. CiiV. — Desm. Les M ijrmecophaga tridactyla et tctradachjla , Lin. Le Tamundua de 13uff, et Cuv. Le Petit Ours fourmilier des Espagnols) est de moitié moins grand que le précédent, dont il a la forme des pieds ; sa queue est pres(pie ronde, velue à sa base et nue à son extrémité; sa tête est cylindri(pie et allongée : Son pelage est ordinairement d'un gris sale, ayant souvent une bande obli- (|ue d'une autre couleur sur chaque épaule. Il en existe plusieurs variétés, l'une ayant un cercle noir autour des yeux, d'autres à pelage fauve et bande noire , h pelage fauve ayant la bande , là croupe et le ventre noirs, enfin d'enlièrement noirâtres qui sOiil, je crois, le MtjTmecùphaya niyra de (Icod'roy. Il habile la (luyanr et le lirésil, et a les mêmes mœurs t\w le |)i<'cédenl , à cela près qii'il monte sur les arbres, dans le tronc desc|uels il niche. Il exhale une forte odeur de musc , qui devient très-désagréable et se sent de fort loin quand il est irrité. Il a la queue prenante et s'en sert souvent pour se suspendre aux branches d'arbres. Il parait (pi'il altaqiu', outre les fourmis, les abeilles sauvages, el (lu'elles ne le pi(iuenl pas.
Le Fou RM u,i nu ANNF.i.if [Myrmecophaga annutata, Desm.) ressemble au précédent , mais son museau est plus gros , en forme de groin; son pelage est d'un brun uniforme; sa queue est ronde, velue, annelée de fauve et de brun. Il habite le Brésil.
Le l''oiiHMu,iER A iiEUX DOKiTS ( Mijrmecophaga didaclyla , Lm. Myrmecophaga unicolor , var. Geoff. Le Petit Fourmilier, Buff. \:Ouatiri ouassou, à la Guyane) est de la taille d'un surmulot; son pelage est laineux, fauve , avec une ligne rousse le long du dos, manciuant dans la variété unicolore; sa queue est prenante , nue au bout; il a aux pieds de devant deux ongles seulement, dont un fort long , et ipiatre à ceux de derrière. Il habite la Guyane et le Brésil, sur les arbres où il se suspend par la (pieue à la manière des sapajous. Il a les mêmes mœurs que les préc('denls, mais il niche dans les troncs d'arbres, où la femelle met bas un seul petit, sur un lit de feuilles sèches.
9« Genre. Les PANGOLINS (Manis , Lin.) n'ont point de dents; leur langue est trè,s-extensible ; leur corps et leur queue sont couverts d'écaillés triangulaires, tranchantes, se recouvrant les unes les autres comme les tuiles (l'un toit, ce (jui les dislingue sulFisamment des fourmiliers; ils ont cinq doigts à tous les pieds, et ils peuvent se rouler plus ou moins en boule.
L'Aliincu ou Pankolin de 1,'l'SDE {Manis pentadactyla, Lin. Manis macroura, Desm. Manis brachyura, Euxl. Manis crassicaudata , Geoff. Talu mustelinus, Klein. Le Pangolin de Buff. Le Pangolin à queue courte de G. Cuv. Le Diable de Negumbo des Hollandais et le Caballe des Chingulais) est long de trois à quatre pieds (0,97S à 1,299); sa tête est petite ; son museau allongé et étroit ; son corps as.sez gros; la queue est plus courte que le corps; les écailles de son dos sont blondes et forment onze ou treize rangées longitudinales; le dedans des membres et le ventre sont nus ; qiielipics soies très-longues sortent d'entre les écailles. Il habite les Indes orientales.
Les pangolins se creusent un terrier au moyen de leurs ongles robustes , et ils n'en sortent que la nuit pour aller chercher leur nourriture, consistant, comme celle des animaux précédents, en termites, en fourmis et autres insectes. (»n prétend aussi qu'ils mangent des mollusques el même des petits lézards, mais ce fait me paraît mériter confirmation. .Munis d'une langue très-longue, extensible, enduite d'une humeur visqueuse, ils s'en servent absolument comme les fourmiliers, pour ramasser les fourmis et les termites dans leurs habilalions. Les pangolins sont des animaux paresseux , lents , et se bornant à jiousser un petit cri très-faihie lorsqu'ils sont elT'rayés. Mais la nature leur a donné, dans les écailles qui les couvrent, une arme défensive, qui les sauve des animaux de i)roie, si ce n'est de l'homme, le plus cruel de tous. A la première apparence de danger, ils se roulent en boule. « Leurs ('cailles, dit liiiiron, sont mobih's comme les piquants du porc-é|)ic, et elles se rcdèvcnl ou se rabaissent à la volonté de l'animal; elles se hérissent lorsqu'il est irrité, elles se hérissent erlcore plus lors(|u'il se met en boule comme le hérisson ; ces écaillés sont grosses, si dures et si poignantes, qu'elles rebutent tous les aniiiiaiiv de proie; c'est une cuirasse od'cnsive cpii blesse aillant (pi'cllc résiste; les plus cruels et les plus allâmes, Icls (pie le ligl'é, la panthère, etc., ne font que de vains ed'orts pour d('- VOI-PI- ces .iniinaiix aruK's; ils les foulent, ils les roulent, mais en même tt'tiips ils se font des blessures douloureuses dès qu'ils veulelit les saisir; ils ne peuvent ni les violenter, ni les écraser, ni les ('liiiin'cr en les surchargeant de leur poids, n Ceci n'empêche ]ias les Indien^; et les Mègrcs de les assommer à cou])S de bâton l)oiir les manger, cl ils Irouvent excellente leur chair blanche et délicate. Ces animaux, du reste, sont fort doux, tout à fait inoffeusifs, mais sans intelligence. « Ce sont, dit Bufl'on, des es|)èccs dont la forme bizarre ne parait exister que |)our faire la première nuance (le la ligure des (piadrupèdcs à celle des reptiles.» En efi'cl , au premier coup d œil , on les prendrait idiilot pour des
l.ES ÉDENTÉS.
lézards que pour des mammifères. Celle espèce csl très-commune à Ceylan, auprès de Negumbo.
Le QuOGOLO (Manis africana , Bf.sm . Manis tetradaclijla , Lin. Munis longicaudata , Geoff. Manis macroura , Euxl. Le Pangolin à longue queue, G. Guv. Le Phalagin, Buff.) a un pied (0,525) de
principalement en Guinée et au Sénégal. Tout ce que nous avons dit du précédent s'applique à celui-ci.
-^ Le Pangulling ou Tciiin chian-kiapp {Manis javanica , Desm.) a un pied quatre pouces (0,4-33) de longueur, non compris la qiieui', c|ui est déprimée et qui a treize pouces (0,532) ; ses écailles
mi "■''
Le Tamanoir.
longueur, non compris l.i (jueue , (pii est plus longue cpie le cor])S, et qui a divneul pouces (0,5U); elle est ajdalie. La tète est petite; ses exMiiles dorsales forment onze rangées longitudinales, el celles des cotes sont earén('es; le dedans des membres et le ventre sont l'cvèlus de soies brunes. Il se trouve en Afrique,
sont brunes, plus claires sur les bords, minces, striées, et forment dix-sept rangt'es sur son dos; le dessous de la lête, le ventre et les |ialtes manquent de poils. Celte espèce habite Java et la Chine. On ne connaît pas bien ses mœurs; il est à croire qu'elles sont connue d:uis les pr('c('(lenls.
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