‹ Le jardin des ronces, 1889-1899Chapitre 23 sur 54 · QUEL COCHON D'ENFANT · texte numérisé non relu

QUEL COCHON D'ENFANT

CONFESSION DUNE ENFANT FIN-DE-SlÈCLE

[Air connu.)

A Marcel Sc/iwob.

Quandj'avais quinze ans, ma chère,

Y a pas bien longtemps, Je couchais avec mon frère Qu'avait pas douze ans.

L' goss', pour rae fair' des misères,

Tout' la nuit durant.

Jouait avec mes affaires :

Quel cochon d'enfant ! [bis)

Un jour, — ça n'est pas un' blague

Que j' te racont' là, — Il m' donne un' montre et un" bague,

(Un lot d' tombola);

74 LP. JAnniN Di;s iioxcKS

Mais, dans la nuit, v'ià que 1' monstre,

En se relournant.

Me cass' le verr' de ma montre :

Quel cochon d'enfant ! [bis)

Le lendemain, quelle histoire !

J' dis à mon frangin :

« J' n'ai jamais eu pour la poire

Un pareil béguin ! »

Le soir, au bal des Fi/fs d'Eve,

r lève un typ' qui s' fend D'un louis que l'autr' me soulève :

Quel cochon d'enfant ! [bis)

Depuis que j' suis en brass'rie,

J' l'ai tout r temps sur l'dos. ..

L' môme y pass'rait bien sa vie

A boir' du boideaux :

Tout' la journée il se gave,

Et r soir, en s' couchant, Y veut r' descendre à la cave :

Quel cochon d'enfant ! [bis)

Aujourd'hui tu peux voir comme

C'est un solid' gars!

Je n'Iui r'proch' qu'un' chose à c' t' homme,

C'est qu'il ne ti^availl' pas...

Pour lui j' suis toujours bonn' fille,

Mais j'y dis souvent :

« Tu déshonor's la famille « !

Quel cochon d'enfant! (bis

QUEL COCHON D rXFANT

Malgré tout ça j'piL'iii" (|uand j'pense Qu'y m" plaiju'ra l)ienl(jt

Pour le pantalon <;aranre, Le sac et 1" (lingot...

S'il meurt en payant sa dette, Sur un naonument

J' veux qu'en sa mémoire on mette :

Quel cochon d'enfant! {his

UNE SOIRÉE DE LA PLUME (Air : La Tour Saint- Jacques. — Darcier.)

A Léon et Henri Maillard.

Tous les sam'dis, au Soleil d'or,

C'est les « Soirées de la Plume »; A l'heure où le bourgeois s'endort

L'on rit, l'on boit, l'on fume.

Sur les neuf heur's le président,

Grimpant sur son estrade, Donn' la parole en zézayant

A « not' cer camarade ! »

Dreling, dreling, dreling, dreling...

Descliamps branl' sa sonnette.

Chacun s'dit alors : « C'est certain, C'est l'ouverture du meeting, Du meetins: de la Chansonnette. »

Yann-Nibor voulant nous bercer, Tout le mond' se balance...

UNE SOIRliE Di: LA PLUMK 77

La princesse, sans se presser,

Y va d" sa p'til' romance.

Lemercier a des airs cochons

Tout plein son escarcelle :

Il nous exhibe ses Nic/ions

D'une voix de crécelle.

Dreling, dreling, dreling, dreling...

Il a l'oreiir d'Yvette ; Chacun, en lui serrant la main, Dit alors : « C'est vous, 1' Benjamin, Le Benjamin de la divette ! »

Bailliot survenant illico

Nous en pousse une raide, Si, que devant le piano

S'installe Arthur Bernède.

Alors apparaît Montoja,

Celui qui ténorise.

Et tout's les femm's disent, déjà,

Que sa chanson les grise !

Dreling, dreling, dreling, dreling...

La princesse l'embrasse !

Montoja se dit : « Quel chopin! »

Bernèd' jou' la « Mardi' de Ghoj)in »

Et les amoureux quitt'nt la place...

Le grand Mougel ayant raillé L'Illustre Compagnie,

78 LU JAHDIN DES llONCES

Ti'imouillal, triai très mouillé,

Bégai', plein d'iroiiie.

Degron, poète siamois,

Du piano s'a[)proche.

Et nous respirons l'ail* des Bois...

Deschamps sonn' de la cloche !

Dreling, dreling, drcling, dreling :

C'est F. -A. C. qui chante...

Et chacun se dit : « Quel orgueil !

11 se met un carreau dans l'œil El se croit très mil huit cent trente !

Quelques-uns, qui font le « Chat noir »

Et se faisaient attendre, Arriv'nt, mais n'ont pas l' temps d' s'asseoir

Car on veut les entendre :

Jacques Ferny, beaucoup plus spi —

rituel que Roqu'laure, Sait, avec art, tirer parti

Des chroniqu's de Roch'for...re Dreling, dreling, dreling, dreling...

Marcel Legay s'enflamme ; El, tendre ou fougueux, son refrain Fait un bruit d' grelots, ou d'tocsin, El d' l'effet au cœur de ma femme 1

De l'Anarchi' des compagnons Contre les bourgeois tonnent ;

UNB SOIHÉE Ui; l.\ PLUMK 79

De la Bretagne des Bretons,

Gomin' Durocher, bietonnent.

Diil)us clécocir des compliments

Aux dams qui nous écoutent.

D'autres expriment leurs sentiments

Sur ceux qui nous de.. .routent !

Dreling, dreling, dreling, dreling...

D'abord mossieur Brun'tière, Le sar Joséplun PtHadan Et Bérenger (jui tourne un an Tout autour d'une pissotière !

Albert Mératdit: « C'est gentil,

Mais ça raanqu' de poètes !

Votre « cher maître » que fait-il ?

Et vos jeunes esthètes ?

L'écol' romane est bien ici,

Mais jamais ell' ne donne, Et les symbolos que voici

Ne sont compris d'personne! »

Dreling, dreling, dreling, dreling...

Hé ! Voilà Jean Carrère !

Signox'et l'suil et 1' Saint-Graal Trinque avec Frédéric Mistral...

Redonnai en brise son verre ! (1)

(1) Ta rime seule, F. -A. Gazais, Ici me montre atrabilaire ; Car lorsqu'on brinde pour Mistral Je lève, baut, très baut mon verre, P. R.

LE JARDIN DES nONCES

Ma femm' me dit : « Allons-nous-en,

Je me sens un peu lasse. »

Nous filons, quand chemin faisant,

Près la gar' Montparnasse, Nous voyons poindre Canqueteau

Qui jamais ne s'enrhume ; Il venait de faire un gâteau

De sa voix... pour La Plume ! ! !

Dreling, dreling, dreling, dreling...

Eteignons la bougie!

Mais Amour chante son refrain, Et Lise, jusques au matin, Rêve aux grelots de la Folie !

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