‹ Le jardin des ronces, 1889-1899Chapitre 30 sur 54 · L'EPREUVE · texte numérisé non relu

L'EPREUVE

[Air connu.)

A Maurice Dumont.

Un journal, sans être un journal,

C'est « l'Epreuve » ; Album d'art très original,

C'est « l'Epreuve ». Celui dont le nom rime en al,

A « l'Epreuve », Trouva ce titre peu banal

De « l'Epreuve ».

Album qui sera mensuel,

C'est « l'Epreuve » ;

Contempteur de l'art officiel.

C'est « l'Epreuve » ;

i.'i:i'HEtvE 97

Myslicjue, amusant, sensuel, C'est « l'Épreuve » ;

Oncques n'aurai d'autre missel Que « l'Epreuve ».

Estampes en plusieurs états

(C'est « l'Epreuve »\ Tirés par les meilleurs soldats

De (( l'Epreuve ».

Pas de Béraud, pas de Bonnat,

A « l'Epreuve », Pour le grand art seul on combat

A « 1 Epreuve ».

Qui compte Rodin dans son sein ?

C'est « l'Épreuve »; Jossot, le gai ; Denis, le saint ?

C'est « l'Épreuve ».

0 des Ksseintes du dessin !

Vois o l'Épreuve » :

Des plus belles ruches l'essaim,

C'est « l'Épreuve ».

Le nom de Carrière promis

A « l'Épreuve »

Item celui du grand Puvis

A a l'Epreuve ».

D'autres noms encor sont acquis

A « l'Épreuve ».

Dumont ! quels amis seront mis

A « l'Épreuve ! »

98 tF, JARDIN Di:S UONCES

Sagot qui s'amène en sapin

A « l'Épreuve », S'abonne tout comme Sapin,

A « l'Epreuve ».

Kleinmann, qui met plus d'un rapin

A « l'Epreuve », Dit : « C'est un album très rupin,

Que « l'Epreuve ! »

Auprès des autres collabos

De « l'Epreuve »

Non cités au cours de ces stro-

ph's sur « l'Epreuve », Je ne saurais m'excuser trop.

Mais « l'Epreuve », Pour leurs noms sera le Paros :

Viv' « l'Epreuve! »

LE PROGOPE

(Air : Cadet Rousselle.

A Edouard Jacquemin et Emile Maison.

Entre 1' pont des Arts et ï Sénat, [bis] Un café « crème et chocolat », [bis] A deux pas de la Boti" de Paille Rouvre ses ports à la ripaille:

Ah 1 ah I ah I oui vraiment, L' Procope est un café charmant I

Bien qu'il soit plus gai qu'un bahut, (^bis) L'on n'y fait jamais de chahut ; [bis)

100 LE JAHDIN DKS RONCES

C'est pourtant là qu' vint la bohêrae De ce siècle et du dix-huitième :

Ah ! ah ! ah ! oui vraiment, L' Procope est un café charmant !

Dans ce café, qu' Théo dora, (bis) Naguère on voyait Gambetta [bis] Fumer, cracher comme un cratère Devant la table de Voltaire :

Ah ! ah 1 ah 1 oui vraiment, L' Procope est un café charmant !

Mais dès que V Tribun le quitta, [bis] Le Procope périclita; [bisj Puis il dut passer ses soucoupes A de vulgair's marchands de soupes :

Ah ! ah ! ah ! oui vraiment, L' Procope est un café charmant !

Ghampfort, Duclos et Rivarol [bis)

Y burent leur meilleur alcool; (bis)

... Dubus y boit des liqueurs douces,

L' « Mercure » y sent ses aiTs qui poussent

Ah ! ah ! ah! oui vraiment, L' Procope est un café charmant !

LE pnocoPE loi

Pour l'épouvanteraenl des Sars, (bis) Junipcrien Vaxïc des brocards, {bis) Des (juatorzains cl des ballades Qui font sourir' Laurent Tailliade :

Ah ! ah ! ah ! oui vraiment, L' Procope est un café charmant !

Au fond d' la sali' le Sainl-Graal [bis) S'emballe sur le pèr' du Pal ; [bis) Et tous ces nom de Dieu d' mystiques Pratiqu'ent l'Ethique et l'Esthétique :

Ah ! ah ! ah ! oui vraiment, L' Procope est un café charmant !

L'on n'y a pas encore, hélas ! [bis) Aperçu le beau Moréas; [bis) C'est bien dommag', car Apocope Rim'rait si bien avec Procope :

Ah! ah! ah! oui vraiment, L' Procope est un café charmant !

LE JAIIDIX DUS nONCES

Tandis qu' Verlaine est à Broussais, {bis) Nous buvons la bièr' de Pousset... [bis) Demain, il sera des « quarante », Buvons au roi des Fét's galantes !

Ah ! ah ! ah 1 oui vraiment, L' Procope est un café charmant !

Nous en boirons en bas, en haut, [bis'^ Mais il ne faudrait pas, Théo, [bis) Nous faire avaler des rinçures.

Sous le nom de Littérature...

Ah ! ah ! ah ! oui vraiment, L' Procope est un café charmant !

Septembre 1893.

SONNET A SOPHUS CLAUSSEN

Vous arrivez, mon cher ami, de ces pays

De légendes encore et de foi poétique,

Rêves dont se berça la France de jadis,

Aux temps où Tâme était simple comme un cantique;

De ces pays du Nord par les dieux réunis. Où l'Amour a l'œil clair et le geste pudique, Où le cœur s'eni'ichit des trésors infinis Que notre mère, la nature, nous indique.

— Ton âme est belle et fraîche et lumineuse autant

Que Taurore sans fin d'une mer boréale,

Ou comme un lac profond et calme du Zeeland...

Que les dieux soient loués qui te mènent I Le vent Qui t'amène est le bon, car ta sagesse égale La loyauté de ton subtil et fier talent.

Page 1