‹ Le jardin des ronces, 1889-1899Chapitre 36 sur 54 · UN CAFÉ LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

UN CAFÉ LITTÉRAIRE

(Air : Ça vous coup' la gueule à quinze pas...)

A J.-K. Huysmans.

Voltaire adorait le café, ce dit-on, Les Muses buvaient dans sa tasse!

Allons, aujourd'hui, place de l'Odéon :

C'est le rendez-vous du Parnasse.

Voltaire, au café du mêm' nom.

Tous les mercredis verrait boire Fréron, Le bon poète Emil' Blémont Y vient par le train d'Harpagon !

UN CAFÉ LITTÉHAIHE 125

Pour moi j'aime assez l'apparence et le ton

De ce vrai café de province.

Il fut blanc et or, si j'en crois le patron,

— Et voici la table du Prince (1)...

D'puis plus d' vingt ans le raôin' garçon

Y sert dans l'espoir d'avoir le prix Monthyon

— Encor deux clients coram' Blémont, Et Pierre achèt'ra la maison.

CamilC Desmoulins habitait cclt' maison

M'apprend une plaque de marbre.

Il fut connu sous la Révolution

Pour avoir efïeuillé-z-un arbre.

L'on sait qu'il mourut comm' Danton (Ça c'est une affaire de Convention.) -^

— Il en coûtait peu, dit Blémont,

Pour s' faire une réputation !

Ministres en herbe et féaux d'Apollon Naguère y venaient d' compagnie ;

Gambetta, Nadar, en vidant leur ballon.

Avec Vallès liaient partie.

Clemenceau parlait de London

Au père Laffitt' qui lui parlait d'Proudhon, Tandis que ce filou d'Ponchon Buvait frais aux frais de Blémont !

(1) Des poètes.

D'Hervilly, Mendès, Bouchor, Mariéton,

Richepin, Vicaire et Verlaine; Pelletan, Mérat et Valade (Léon),

Banviir (de Paris ?), les Arène...

Mais qui vient là ? — C'est Pouvillon. Moréas demande une rime à Villon,..

— Vous prononcez mal, dit Blémont :

Villion rime à million !

Je cherchais encor quelques rimes en on Pour grossir cett' monographie,

Quand je vis entrer Paterne Berrichon, Une barbe de lAnarcliie !

Eurêka ! j'ai Flammarion...

— Alors (dit Paterne) il faut prendre Marpon ! li prend, sur ce un Amer Picon, Et Blémont, « Courcell's-Panthéon ».

— C'est dans un instant, l'inauguration... Me dit Quellien, le bon barde;

— Moi j'irais ouïr le discours de Roujon... Bon ! voilà qu'il tomb' des haU'bardes ! Coppée est jaun' comme un citron

Et Bourget s'ennuie aux côtés de Paill'ron ; Augier suppute, en baissant l' front ; — Tous les grands poèt's... sauf Blémont!

UN CAFE LITTKIIAIHL

Ayant terminé cette aimable chanson, (Qui me vaudra la forte somjne)

Je pris mon chapeau, ma canne et, sans façon, A Pierr' je laissai ma consomme:

— C'est bien, c'est bien, dit l' vieux garçon.

Ça fait douze sous. — Non, que je lui réponds : Je n'ai qu'un bock... — Oui, mais, pardon : Et le verre à monsieur Blémont ?

Page 1