‹ Le jardin des ronces, 1889-1899Chapitre 38 sur 54 · LETTRE DE M. NESTOR POTDEVIN, DÉPUTÉ · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. NESTOR POTDEVIN, DÉPUTÉ

[Air connu.) Au vicomte de Colleville.

Ne parle pas, Arlon, je l'en supplie; Car me trahir serait un grand péché.

Nul ne connaît le secret qui nous lie : 11 est si loin, Targent que j'ai touché ! Comme Andrieux, fais un trou dans ta liste ; Si l'on savait... pour moi quel embarras! Mets-y plutôt le nom d'un royaliste...

Ne parle pas, Arton, ne parle pas!

i.Rs 104 Ne parle j)a.s, la chose est superflue, V et Z s'en sont très bien tirés...

L'ami Rouvier, qui n"a pas la berlue, Que de « suspecis » n'a-t-il pas délivrés ^ Trop parler nuit et dor est le silence Pense à Baïl.aut, moi je pense à Mazas ' Songe surtout qu'il faut sauver la France • Ne parle pas, Arton, ne parie pas !

L'an.i Constans, que le Sénat réclame, Nous a lâchés, las ! comme un Pé... rier ' « L'Intransigeant » a fait plus d'une entame A son honneur qui pourtant reste entier Ce Vieux renard a commis tant de crimes, Qu'en l'accusant, tu le disculperas :

S'il a touché, ce ne sont point des primes Neparlepas,Arion, ne parle pas!

N'efl'ritons pas les i.nmortels principes Dont nos aïeux furent les charpentiers 1 Au coin du feu, tout en fumant nos pipes, Sachons rester leurs nobles héritiers.

Les Droits de l'homme (ô Liberté chérie!) Planent plus haut que tous les Panamas... ^lais, pour l'honneur delà Bourgeoiserie, Ne parle pas, Arton, ne parle pas !

,F. JAHDtN UI'S HONCliS

REPONSK I) ARTON

Air : Te souvicns-tu... — Emile Debreaux.)

— Mon cher ami, l'on voudrait que je fisse Ce que, naguère, aucun ne lit pour moi. N'exigez pas un si grand sacrifice, Chacun pour soi, chacun a son émoi.

Jusques à quant veul-on qu'ici je i-este ? J'ai besoin d'air, ici je pourrirai... Je vous entends, mais j'ai peur de la peste : Je parlerai, Neslor,je parlerai !

Puisqu'aussi bien, Rouvier sauva Deloncle, Écrivez-lui, cher monsieur Potdevin.

Pour moi qui fus le grand ami de l'oncle A J. Reinach, jamais il ne fit rien.

J'en ai soupe de la soupe à la paille ! Béni sera le jour où je pourrai Vous convier à plus ample ripaille :

Je parlerai, Nestor, je parlerai !

Je connais plus d'une anguille sous Roche Qu'à déloger demain je me fais fort.

Mieux que Wilson, le député de Loches, Je puis, d'un mot, réveiller plus d'un mort. Bouc émissaire, en panier à salade, L'on me promène au delà de mon gré...

LF.S 104 133

Eux, ils vont voir passer la cavalcade ! Je parlerai, Nestor, je parlerai!

A ton appel, je cesse de répondre :

Ma plume, hélas ! s'échappe de mes doigts ! La nuit descend, je pleure, quand à Londres J'en sais deux qui s'amusent comme trois... Ici l'on fait blanchir son linge à l'ombre ! Baïhaut se meurt, mais je le vengerai ! J'entends Floquet sonner dans la nuit sombre... Je parlerai, Nestor, je parlerai !

Page 1