‹ Le jardin passionnéChapitre 19 sur 95 · A MES DOULEURS · texte numérisé non relu

A MES DOULEURS

Vous faites bien, douleurs, vous faites bien, mes chères,

De venir à nouveau Avec vos doigts plus doux que la fleur des fougères

Et la fleur du sureau.

Vous trouvez, n'est-ce pas? que votre belle offrande

Va se fanant sur moi ; Que je ne porte plus d'une audace aussi grande

L'orgueil que je vous dois?

A mes douleurs... 53

Vous trouvez mes cheveux moinschauds et moins sauvages

Qu'au temps où vous trempiez Leur force et leur odeur dans l'éclat et la rage

De vos cris déployés.

Je ne sais plus vos jeux ; je suis femme, j'oublie

Combien je vous aimais Au temps où nous brûlions dans nos soirs d'Italie

Les balcons de palais.

Au temps des parcs myrteux meurtris par le silence

Des pierres et des eaux, Quand la nuit blêmissait les baisers de Florence

Sous les cyprès égaux.

Quand Sienne toute rose émergeait fine et brusque

Sur l'orgueilleux couchant Et regardait pâlir dans la campagne étrusque

Son beau profil penchant.

Comme nous nous aimions en ces jours-là, mes tristes

Qui venez aujourd'hui Traîner sur moi vos bras et vos yeux d'améthyste

Plus tendres que la nuit.

Ah ! plongez dans mes mains tout votre chaud visage

Avide de sentir Si je conserve encor l'odeur du paysage

Des pleurs et du soupir ;

Si je retiens toujours dans mes paumes fidèles

Les parfums renversés, Et si je vais baignant vos fronts et vos prunelles

Dans le sang des passés.

Tout autour de ma chaise, oh! oui, vous voilà toutes,

Mes tristes d'autrefois.

L'une a dans son regard le bleu des pâles routes

Nocturnes près des bois...

Je ne sais, je ne sais à laquelle il faut faire

Un plus limpide accueil.

N'est-il point parmi vous, mes sœurs, une étrangère

Que vous laissez au seuil ?

Pour celle-là, mes bras seront la flamme vive,

Le rameau languissant Pourvu que le baiser de sa bouche excessive

Me tue en me touchant.

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