A MES DOULEURS
Vous faites bien, douleurs, vous faites bien, mes chères,
De venir à nouveau Avec vos doigts plus doux que la fleur des fougères
Et la fleur du sureau.
Vous trouvez, n'est-ce pas? que votre belle offrande
Va se fanant sur moi ; Que je ne porte plus d'une audace aussi grande
L'orgueil que je vous dois?
A mes douleurs... 53
Vous trouvez mes cheveux moinschauds et moins sauvages
Qu'au temps où vous trempiez Leur force et leur odeur dans l'éclat et la rage
De vos cris déployés.
Je ne sais plus vos jeux ; je suis femme, j'oublie
Combien je vous aimais Au temps où nous brûlions dans nos soirs d'Italie
Les balcons de palais.
Au temps des parcs myrteux meurtris par le silence
Des pierres et des eaux, Quand la nuit blêmissait les baisers de Florence
Sous les cyprès égaux.
Quand Sienne toute rose émergeait fine et brusque
Sur l'orgueilleux couchant Et regardait pâlir dans la campagne étrusque
Son beau profil penchant.
Comme nous nous aimions en ces jours-là, mes tristes
Qui venez aujourd'hui Traîner sur moi vos bras et vos yeux d'améthyste
Plus tendres que la nuit.
Ah ! plongez dans mes mains tout votre chaud visage
Avide de sentir Si je conserve encor l'odeur du paysage
Des pleurs et du soupir ;
Si je retiens toujours dans mes paumes fidèles
Les parfums renversés, Et si je vais baignant vos fronts et vos prunelles
Dans le sang des passés.
Tout autour de ma chaise, oh! oui, vous voilà toutes,
Mes tristes d'autrefois.
L'une a dans son regard le bleu des pâles routes
Nocturnes près des bois...
Je ne sais, je ne sais à laquelle il faut faire
Un plus limpide accueil.
N'est-il point parmi vous, mes sœurs, une étrangère
Que vous laissez au seuil ?
Pour celle-là, mes bras seront la flamme vive,
Le rameau languissant Pourvu que le baiser de sa bouche excessive
Me tue en me touchant.
&&&&&&& &&&&&^;iè;