LA VIE
Qui sait à quel amour j'aurais pu me plier! Mais la Vie est venue, aventureuse et forte, Quand la flamme était haute au faîte du foyer.
Elle a fauché le seuil, fendu l'huis de la porte, Et déchirant ma lèvre au vent de ses cheveux Elle a crié : «Viens-t'en, suis-moi, cours, je t'emporte! »
Nous passions ; la rivière ardait nos pieds nerveux Et la mort des rosiers nous balayait les tempes. O Vie agile, arrête un instant, je le veux.
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Ces pétales, cette eau, cet air tiède où tu trempes Ton visage et tes bras qu'on ne peut enlacer, Ce laurier dont la tige a des roideurs de hampe,
Il me les faut tenir entre mes doigts, presser Contre mon sein ravi leurs belles déchirures, O laisse-moi monter vers eux ou me baisser.
Là-bas, par les sapins tordus des bises dures Des palais, des balcons, des torrents et des tours, Où le nuage endort ses noires envergures.
Puis l'appel et les pas des fuyantes amours ; Des cités couronnant les caps et les lagunes, Et la mer qui meurtrit ses écumeux contours,
Les dévorants soleils, les fins poignards des lunes, Les grands baisers aigus des voluptés sans bords. Les jardins déroulés sous les terrasses brunes.
La beauté, la blancheur, le sel blême et les ors, Ce qui brûle et bondit, ce qui mord et consume, Je veux tout respirer en épuisants accords.
La Vie
A quoi bon nous plonger plus avant dans la brume? Demeurons ; je n'ai peur ni du feu ni du fer, Et ma lèvre aime unir le miel à l'amertume.
Ton pas rapide et fou qui flagelle et fend l'air, Brise l'herbe où flamboient nos ombres enlacées. Que me montreras-tu qui ne semble âpre et cher,
Et que peux-tu m'ofirir dont je ne sois blessée?
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