C'EST VRAI
C'est vrai ! Je ne serai plus rien pour vous un jour, Et vous aurez vécu tout le mal, tout l'amour Oui devaient vous venir à travers mon visage. Je ne serai plus rien pour vous, un jour, ô rage ! Ni le deuil furieux, ni le brûlant éclair, Mes yeux ne seront plus le sang de notre chair, Ni mes mains la brûlure et la peur de vos songes. Mes déraisons, mes cris, mes jeux et mes mensonges, Et le pli de ma robe et mon doigt qui le tient, Mon ombre et mon miroir ne vous seront plus rien !
q8 Le Jardin passionné
Vous aurez épuisé la douleur que je donne. Après l'été trop vif, il nous faut de l'automne, Et je ne suis pas celle en qui tombe l'ardeur De tirer tout entier tout l'arôme d'un cœur. Quoi ! moi périr en vous et vous m'être insensible, Mais la mort même, amour, me paraît plus possible ! Et pourtant cette chose atroce arrivera. Nous réduirons en cendre un feu qui dévora. L'odeur de mon jardin ne vous sera plus douce Et vous n'aimerez pas mon banc bruni de mousse. Comme l'appel profond des bois, des eaux, des airs. Quoi ! je ne tiendrai plus, moi, tout votre univers Contre mes faibles bras et ma tremblante bouche! Je ne serai plus, moi, ce qui brise et qui touche ! Je ne vous rendrai plus impitoyable et fou. Vous verrez sans frémir le frisson de mon cou, Et je ne saurai plus, dans mes soucis frivoles, Courber mes cils vaincus au vent de mes paroles ! Amour, ceci me semble abominable et dur ! Je tombe sur un banc et je m'appuie au mur Quand votre amer dessein me déchire en silence. Il est des jours surtout où tout le jour j'y pense, Et, ces jours-là, je pleure et dis comme aujourd'hui : « C'est vrai ! je ne serai plus rien un jour pour lui, Sous ce même soleil qui nous paraît si nôtre. Et nous disparaîtrons tout entiers l'un de l'autre! »
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