ACTE I
Apprenez, madame, que depuis quelque temps, nous sommes inondés de petits livres, de pamphlets séditieux... Le Messager ga- Luit, le Mercure galant, le Jardinier galant... Oh ! celui-là est le plus audacieux... C’est un recueil de chansons satiriques contre cette charmante marquise que le roi daigne honorer de ses familiarités... un libelle dont il n’a pu être tiré que vingt-quatre exemplai*res, heureusement!... vingt-quatre exemplaires qu’il faut livrer au bûcher... mais qui sont insaisissables... et, par conséquent, incombustibles.
MADAME TIPHAINE
N’est-ce que cela ?
TIPHAINE
Que cela !... grand Dieu !... Sachez donc que le roi a fait venir monsieur d’Argenson, le lieutenant de police, et lui a dit : « Si dans les vingt-quatre heures je n’ai pas le Jardinier galant, je vous envoie à la Bastille. »
MADAME TIPHAINE
A la Bastille !... Et qu’a répondu monsieur d'Argenson?
TIPHAINE
Il m’a fait l’honneur de me mander et de me dire : « Si dans les vingt-quatre heures je n’ai pas le Jardinier galant, je vous loge au For-l’Évêque... »
MADAME TIPHAINE
Comment?
TIPHAINE
Oui, m’amour, votre mari, votre chéri, Périclès-Alcibiade Tipliainc, au For-l’Évêque, si le Ciel, dans sa miséricorde, ne nous expédie pas, aujourd’hui même, l’homme que j’attends.
Quel homme ?
TIPHAINE
Un célèbre agent que j’ai envoyé quérir en province... à Pontoise... le plus fin renard... un gaillard qui prendrait son ombre au
collet... cl qui cache son astuce et sa finesse sous un air d’imbd cilc... (Sur ces derniers mots, 1,’Èveillé es! entré d’un air mystérieux. )