BALLADE IX
260 Ung gîer coys de la vergne cygault
[Luay] Tautryer en brouant à la loirre, Ou gitrement on macquilloit riffault.
Et tout à cop veis jouer de Pescoirre Ung macquereau à tous deux gruppelins,
265 Brouant au bay à tous deux walcquenns, Pour avancer au poUiceur de pye.
Passages corrigés. — 260. Le rédacteur du catalogue des manuscrits français de la Bibliothèque royale de Stockholm, citant le premier vers de cette ballade, l'avait lu ainsi : Ogter roy de la vergnê rygauit. Je puis certifier que ma lectnre est la bonne. <— 261. Lue,
Essai de traduction liitérale. — I. J'avisai l'autre hier, en allant à la maraude, un joli cabaret de la vergne cygault — où l'on mangeait à belles dents le rôti — et tout à coup je vis jouer du compas de ses jambes — un maquereau chargé de deux brocs — filant sous le nez à deux poureuivants — qui voulaient attraper le voleur de boisson. —
I. Cette troisième ballade inédile da manuscrit Stockholm est parfaitement réguliàre ; c'est la seule où le poète ait observé la règle posée par Eustache Deschamps, qui veut que chaque couplet compte autant de vers que le refrain contient de syllabes. Le refrain de celle-ci contient onze syllabes et le couplet renferme onze vers.
IX« BALLADE DE VILLON. iji
Gaultier lua la gauldouse gaudye; Et le macquin, qui se polyt et coinsse, [Babille en gier], en pyant à la fye, 270 Pour les duppes faire brouer au mynsse.
Après moller, [luay] ung gueulx qui vault Pour mieulx hyer desriver la [couloire] ; Cest pour livrer aux [marques] ung assault [Et massement] maquiller à Pesquerre.
275 Puis, dist ung gueulx, j^ai paulmé deux florins. Uautre poUist martins et doUequins.
Et la marque, suivant le gaing [choisie], Adrague en gier, puis dist: a Le mieulx [fournie] ! « Picquons au veau ! Saint-Jacques, je m'espince.
380 « Eschecquer fault quant la pye est juchie, « Pour les duppes faire brouer au mynsse. »
269. Babillangûr, — 271. Lue, — 272. Ou Umloire, — 273. Arques, — 274. De messemenL — 277. Souvent. Choisit, — 278. A dragon» gier, Fourny,
Gaultier aperçut la bonne maison joyeuse — Et le maquereau, qui se bichonne et qui s'applaudit, — babille en jargon, tout en buvant, — pour dépouiller les dupes.
II. Après le repas, je vis un gueux très vaillant — pour mieux cogner détacher la couloire ; — c'est pour livrer aux filles un assaut — Et rudement travailler à l'équerre (au jeu des jambes écartées). — Puis, dit un gueux, j'ai volé deux florins. — L'autre fourbit (ou vole) marteaux et poignards. — Et la fille, selon le gain choisie, — boit à longs traits, puis dit : « Que le plus beau me caresse I allons nous coucher. Par Saint Jacques, je m'esbigne. — Il faut se retirer quand on a bu son saoul. — Pour dépouiller les dupes. »
ija LE JARGON DU XV« SIECLE.
Puis, dist un gueulx qui pourluoit en hault, a J^ai )à paulmé tout le gaing de machoirre; « Et m^a joué la marque du giffault;
285 « J^en suis mieulx prins que voilant à la foyre; « Elle est brouée entre ses arlonyns ; a C^est tout son fait d^engaudrer les gandins tt A hornangier, ains qu^elIe soit lubie; a De la hanter ma fueille est desgaudie
290 « Quant de gaing n^ay plus vaillant une saince; tt Mais tousjours est gourdement entrongnie a Pour les duppes faire brouer au mynsse. »
Prince [planteur], quant vous sauldrez la hye, Luez la gruis scelle est desmaquillie, 295 Et retrallez se le bizouart saince,
Ou qu^elle soit de Tassault de turquie, Pour les duppes faire brouer au mynsse.
III. Puis, dit un gueux, qui faisait le guet en haut, — j'ai déjà volé tout le gain de ma bouche ; — et ma maîtresse m'a joué du joufflu ; — j'en suis mieux pris qu'un manteau à la foire. — Elle est partie entre deux compagnons (il y a un autre sens obscène, v. au mot Brouer) — C'est tout son fait d'entortiller les gueux — à faire l'amour sans qu'elle soit rassasiée; — De la hanter mon escarcelle est attristée — quand je n'ai plus vaillant une guenille, — mais elle est toujours en fonds de ruses — pour dépouiller les dupes.
Envoi. — Prince trompeur [voyez au vocabulaire l'autre sens du mot, corroboré par la suite de cette phrase obscène], quand vous sortirez la hie (l'instrument de puissance), — regardez la fille si elle a le visage défait — et retirez-vous (voir au vocabulaire) — ou qu'elle soit occupée à récolter des piastres — pour dépouiller les dupes.