SCÈNE X
(Jérême de Courvoisier s'assied à son bureau, et pense. La porte de la chambre de Sophie s'ouvre avec précaution; Sophie paraît. Elle regarde la chambre vide et son mari qui lui tourne le dos.)
SOPHIE, à mi-voix.
Îls sont partis ?
JÉROME
( sans se retourner.)
Oui.
SOPHIE
Mais que vous disait Carnot ?
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JÉROME
Rien. (ILse retourne.) Ne perdons point nos instants en paroles inutiles! Ils sont comptés. Comptons ce que nous avons à dire. Approchez-vous, Sophie.
Ce dont nous allons parler ne doit pas être entendu de l'homme, de l’autre côté. (1 désigne la porte par où est sorti Vallée.) Cet homme, vous l'aimez... Ne répondez pas! Je le sais. Vous êtes rep sincère pour l'avoir pu cacher (après un instant), bien que vous l'ayez été trop peu pour me l'avouer. (Elle fait de nouveau un geste, qu'il arrête.) [ais je ne vous reproche rien. Si vous ne l'avez pu,
c'est donc qu'aucune femme, àvotre
place, ne l'aurait pu. Car je sais votre
RRRRRRRRRRRRReRReRRe Re N2e02 228072 ET DE LA MORT 217 CRRRRRRRRRERERRRRRRRRRRRRRRrRRERRLE
loyauté, et la faiblesse du cœur. Je
vous plains. |
(Sophie, debout devant Jérôme assis, les bras collés au corps, baisse la tête, à ces derniers mots, comme écrasée.)
JÉROME
(la considère avec un sourire triste.)
Comme vous l’aimez!
SOPHIE, la tête baissée.
Je l'aime.
(Court silence.)
Pardonnez-moi!
JÉROME Vous êtes libre.
(reiève la tête, tend les matns vers Jérôme.)
Jérôme! Dites-moi.. Que faire 2...
JÉROME
Je n'ai pas à répondre. Chacun seul est son juge. Chacun répond pour soi.
| SOPHIE
Mais vous me mépriserezl
JÉROME
Non. Je n'ai de haine, ni de mépris, pour rien. La faute n'est à
- personne. La faute est à la vie. 4 SOPHIE F.
(les mains tendues vers lui.) ï à
Mais vous, vous souffrirez ! “4
JÉROME 4 Non. À mon âge, à cette heure, je 3 n'aurai plus le temps. Ne songez qu'à
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vous ! Soyez heureuse, si vous pouvez.
SOPHIE, avec désespoir.
Jérôme!
(Debout, appuyée sur la tablette de la cheminée, elle sanglote, le visage dans ses mains. Jérôme, ému, se lève, va à elle, se penche paternellement.)
SOPHIE (levant son visage en larmes.)
Hélas! Nous nous sommes aimés.
Pourquoi l'amour passe-t-il? Pourquoi l’ameur change-t-il?.… Pardon! Je vous blesse encore. Mon ami, je n'ai pas cessé d’avoir pour vous la plus pieuse affection. Plutôt que de vous causer la souffrance d'aujourd'hui, j'aurais voulu seuffrir et me laire jusqu'à la mort. Mais, comme un
coup de vent, la passion est venue et a ouvert les portes. Elle s’est saisie de moi, elle m'entraîne. Que faire) Dites-moi, que puis-je faire 2 Puis-je lui résister? Est-ce qu'on peut à Estce qu'on peut? Est-ce beaud Est-ce humain 3
(Jérôme la regarde avec pitié, lui sourit, compatissant. Puis, il prend sur le bureau les deux passeports, laissés par Carnot, et il les lui remet.)
(Sophie prend machinalement les papiers, et les regarde, sans comprendre.)
Vous partirez, ce soir, tous deux.
Ces papiers vous ouvrent les portes de Paris et les routes de France jusqu’à la frontière suisse. Tout a été prévu :
les visas sont en règle, et les places sont prises. Îl vous sera facile d’ajus-