‹ Le jeu de l'amour et de la mortChapitre 43 sur 50 · RL · texte numérisé non relu

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VALLÉE (parcourt la chambre, à grands pas inquiets, regarde par la fenêtre, écoute à la porte, sans cesser de marcher.)

Où fuir ? Où s'abriter ?

JÉROME

V’allée, je veux te parler.

VALLÉE (même jeu, sans écouter.) Je ne retournerai point dans ce réduit où tu m'as enfermé. Je ne puis supporter cette immobilité! J'étais là,

élendu, enserré, comme dans mon

cercueil. Et je les entendais, qui mar-

chaient dans la chambre. Ils ont 4 heurté le mur contre lequel j'étais «

couché, étouffant, ne pouvant faire

un geste pour me défendre. Je ne

puis le supporter! Je n'y retournerai

point.

JÉROME, s'est assis, calme.

Tu n’y retourneras point. Écoute ce que j'ai à te dire.

VALLÉE, inquiet,

Ils reviendront, dis-tu 2

JÉROME, calme.

Nous avons le temps de causer.

(IL lui fait signe de s asseoir. Vallée s'assied ; mais, tout en suivant les paroles de Courvoisier, son altention inquièle guette les bruits du dehors.)

JÉROME, calme.

J'ai décidé ma femme à s'éloigner,

pour quelque temps, de Paris. Sa santé, depuis l'hiver, est ébranlée.

Elle va passer deux mois dans son pays de la Saône, du côté de Cluny.

Je devais l'accompagner. Mais les

affaires publiques ne me le permettent

point.

(Vallée s’est levé de sa chaise, écoutant des pas qui montent l'escalier.)

VALLÉE

(d'une voix étranglée.)

On vient.

(Un moment de silence. Jérôme ne semble pas entendre. Sophie éeoute, sans bouger, assise devant la cheminée, où elle vient de ranimer un petit feu de bois. Vallée, ramassé sur lui-même, s'apprête à bondir sur celui qui entrera.)

SOPHIE, calme.

On monte à l'étage au-dessus.

(V/allée se rassied.)

à. ET DE LA MORT 233

JÉROME

(reprend comme s'il n'avait pas été interrompu.)

Je ne puis l'accompagner. Voici mon passeport. Tu iras à ma place.

VALLÉE, stupéfait.

Moi JÉROME, même jeu.

Ainsi, lout en veillant sur elle, tu passeras entre les mailles du filet tendu pour te saisir. Une fois rendus chez elle, en Clunisois, tu seras près de

la frontière. Le reste vous regarde.

(Vallée s’est levé, prend le passeport que lui tend

Courvoisier, le plie et le déplie, trop saisi pour parler.)

(Pendant ce qui précède, on a vu Sophie écouter, :

| réfléchir, regarder les deux hommes, puis, sans bruit,

F déchirer son passeport et le jeter dans le feu de bois. Elle se lève et va vers Vallée.)

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