SCÈNE XII
(Jérôme de Courvoisier et Sophie restent seuls. La nuit est tout à fat venue. Jérôme regarde encore la porte, par où est sorti Vallée. Sophie, s'approchant de la fenêtre, regarde à travers les rideaux.)
JÉROME, avec bonhomie.
Je crois que le brave garçon vient d'évaluer la brièveté de mes
jours.
(1 se dirige vers la cheminée et allume un flam-
| Beau.)
SOPHIE
(abandonnant son poste d'observation, vient vers la cheminée ; avec une affestueuse et mélancolique ironie :)
Mais il n’a pas tenu compte de & à e © la durée des miens.
JÉROME
Vous ne regrettez rien ?
L'arrestation est sûreà
SOPHIE Fa
Alors, tout ‘est bien.
(Elle dégage ses mains. Ils s 'assegent tou autour du feu mourant.)
JÉROME
Notre dernière soirée.
RRRARPRPRPRRARRARRRRERRRRRRRRETTERr 22288 ET DE LA MORT 247
SOPHIE
Je me sens allégée Plus de décision à prendre. Plus de luttes à livrer. Il n'y a plus à vouloir.
Il n'y a plus qu'à s'abandonner aux
choses qui veulent pour nous, au
ruisseau de la nuit.
(Jérôme s'est rapproché d'elle et la considère avec une profonde affection. Elle pose sa tête sur l'épaule de son mari, assise auprès de lui, leurs genoux se touchant et leurs mains immobiles posées sur leurs genoux : ils rêvent et sourient, en regardant le feu. Presque tout le dialogue qui suit se dit à mi-voix.)
SOPHIE, tendre et calme.
Mon bon et cher mari, qui vous sacrifiiez, pour moi, si simplement!
JÉROME
p ? ° e Ce n’est point se sacrifier que vou-
loir le bonheur de ce qu'on aime.
SOPHIE
Je suis heureuse maintenant.
JÉROME
Vous voulez me consoler.
SOPHIE
{ calme, lente: mais, sous les dernières paroles, un frémissement voile.)
Non, mon ami, je dis vrai. J'ai laissé mes chagrins sur l'autre rive, que nous avons quitté. Ah! quel soulagement de les voir s'éloigner, ma tête sur votre épaule! — Restez! Ne bougez pas! — Et cet enfer humain, avec ses passions, ses folies et ses.
peurs |
ETES RQ R/È RL 8/2 RP 2 2822 2/28 22 2/e/8
e2222/22R22RP82/2R8 82/28/22 RR/2/8/R/2/8/RP8/82/2/8/82/8/8 JÉROME
Il n’en était point encore lassé,
notre Vallée.
SOPHIE (même jeu, un léger sourire, tous les deux.)
Pauvre garçon! Oui, comme il était avide de s'y replonger!
Pensez-vous qu'il échappe ?
JÉROME
Je l'espère.
SOPHIE
Quel bonheur! Mais je crains son chagrin quand il apprendra notre
sort.
JÉROME
La vie sera la plus forte. 1 SOPHIE 1
Oui, je crois. Pauvre Vallée! à 2.
JÉROME
Vous souvenez-vous, Sophie, de nos longues veillées, ici, dans cette cham- ire bre? Assis près de la table, et lisant,
vous me regardiez travailler, je vous “Pe regardais rêver, et tous deux nous L révions : car lout, pensées, travaux, ie science, amour, tout est rêve; et, tour "
à tour, chacun à l'autre offrait ses 1e rêves: et souvent, dans mes diffi — cultés, je recourais à votre esprit sans
trouble, ma bonne conseillère.
@/e/2/2/2/2/0/0/2/2/0/8/0/2/2/ 8/22 2,222 2 Q//8/8/2/2/8/82/2/8/8 ET DE LA MORT 251
SOPHIE
Je me souviens de tout, et depuis le premier soir où je suis entrée, jeune femme, dans cette vieille maison.
Nous venions d’être unis. Et bien que vous fussiez déjà entouré de gloire,
vous aviez peur de moi, parce que
j'étais jeune et que vous ne l'éliez plus. Alors, —nous étions seuls, — vous vous êles approché, vous m'avez
dit tout bas: « Pardon de vous
aimer [ »
JÉROME
M'avez-vous pardonné ?
SOPHIE
Mon cœur fut pénétré d'une recon-
252 LE JEU DE L'AMOUR 2222 28222 RRPRARL RAR LLBLLALAARRRr?
naissance que, ce soir, ce dernier soir, je viens de retrouver. Pardonnez-moi
vous-même de l'avoir oubliée!
(Elle tend son front à Jérême, qui le baise.)
JÉROME
Moi aussi, ma Sophie, je m'étais oublié, j'avais oublié mon devoir de courage et de sincérité. Dans quel état de faiblesse j'étais encore, ce soir, lorsque je suis rentré! Et c’est le sentiment de vous avoir perdue qui m'a rendu la force de ma décision.
SOPHIE
Nous nous étions perdus tous deux dans ce dédale du monde tourmenté...
Bénie soit l'heure finale, qui nous
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fait retrouver l’un l'autre, et soimême |
JÉROME
« Nunc dimittis. » Nous sommes arrivés. Écoute ! Dans la rue déserte, les pas de ceux aui viennent...
SOPHIE
(dont l'angoisse se réveille.)
Mais tous nos grands projets, tous nos espoirs déçus, tous nos travaux brisés, tout ce qui meurt avec nous...
JÉROME, écoutant.
Hé nontent l'escalier...
SOPHIE, avec angoisse.
Si du moins, nous laissions, après