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qui ma été depuis quinze ans le plus fidèle ami et le meilleur conseiller, n’a cessé de me rappeler, comme un de mes premiers devoirs d'écrivain, ma tâche de carrier qui taille la montagne saignante de la Révolution. Je viens donc de remettre le pic dans le rocher ; et voici le premier bloc que jen ai ce printemps, détaché. J'y Inscris le nom de Zweig. Sans lui, le bloc eût continué de dormir sous la.
terre.
Tous les familiers de la Révolution française reconnaiîtront, du premier
regard, les hommes et les événements réels qui ont servi de thème à mon (Jeu» tragique. Les Mémoires de Louvet ont fourni la prodigieuse aventure de ce proscrit traqué, rejeté par tous ses anus, qui, se sachant perdu, revint de la Gironde à la gueule de la mort, à Paris, porta à travers toute la France sa tête mise à prix, pour qu'avant de tomber elle baisât la bouche de l’aimée.
On retrouvera dans les traits de celle-ci la figure voilée de Sophie de Condorcet, la grâce mélancolique de l'amie de Cabanis. Jérôme de Courvoisier évoque par son nom et par son
caractère le double martyre du dernier
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CPL
des Encyclopédistes et du génial Lavoisier: mais la dominante reste ici de l'homme au front de vainqueur et à la bouche de vaincu, Condorcet, qui, caché dans sa mansarde du Luxembourg, et la mort dans le cœur, mais dans les yeux la lumière, écrivait, avant de prendre le poison, son «Credo »
en « Les Progrès de l'Esprit humain », que termine le cri de foi : « La Science vaincra la mort». — « Le volcan sous la neige», disait de lui D'Alembert...
Après le terrible hiver de 1793, la neige commence à peine de fondre, sous le soleil de mars, lorsque s'ouvre l'action du drame. Mais le feu couve.
dans tous les cœurs glacés ; et le mot
de D'Alembert peut les désigner tous.
J'aurais pu le donner comme titre à mon « Jeu ».
Je m'excuse auprès des historiens des libertés que j'ai prises avec mes héros (et elles sont assez grandes, dans le récit fait par Courvoisier de la séance de la Convention). J'ai, plus d'une fois déjà dans mon «Théâtre du Peuple», dans les préfaces au « Théätre de la Révolution» et tout récemment dans celle à l'édition américaine de «La Montespan », exposé ma conception artistique de l'histoire. Elle est pour moi un réservoir de passions et de Forces de la nature. J'y puise.
Je reprends, du fond de la fosse, les
grands fauves humains, la Bête aux mille têtes : le Peuple, et les Belluaires. Je ne m'inquiète point de les faire ressemblants : car ils sont éternels. Je me souviens de la haute
leçon donnée par Michel-Ange, quand
il sculptait — non Laurent — mais -
le Penseur :
« Dans cent ans, il sera ressemblant !»
Le rôle du poète est de chanter, sil.
peut, la Cantate « für alle Zeit». La
puissance artistique du drame de l'His-.
e e LE >,» 9 toire est moins en ce qu'il a été quen …
ce quil est toujours. La trombe de.
93 tourne encore dans le monde. Nous
entendons craquer les forêts voisines.
ET DE LA MORT 23 eRRA® 2rRrRrR/eRrer/e
Nous-mêmes, pendant l'Affaire Dreyfus, nous avons frotté nos poils à ceux des « Loups». À une représentation du « Théâtre du Peuple » de Lumet, à Paris (celle où parlait Jaurès), j'écoutais les propos du public populaire, sévertuant naïvement à reconnaître en Danton, Robespierre, Vadier, etc.
Jaurès, ‘Guesde, d’autres que je ne veux point nommer ; et, naturellement, il y réussissait. Depuis, nos demi-dieux et nos minotaures ont eu, en Moscovie, des réincarnætions plus saisissantes. Ce sont ces «renaissants> éternels, ces Eléments humains, sans cesse reparaissant sous les mille et un voiles de
Protée, qui sont pour moi l'attrait et
erereeeer rer 2er 2e ere e/8/2R/2R/rR/eR/PRRPPREES 24 LE JEU DE L'AMOUR
le butin de l'histoire. Plus que les individus d'un jour, dont la terre de Ja tombe a mangé la figure, — les Forces, qui avaient élu domicile en ces corps, et, depuis, ont fait loyer ailleurs.
Mais je voudrais aussi, de ce jour disparu, conserver dans mes toiles la lumière spéciale : car chaque jour a la sienne. Et jai tâché d'écrire ces drames de la Révolution dans la couleur du style qui vêtit ces passions. Je ne me dissimule point les dangers de cette forme vieille, qui risque d'être sentie à faux par une partie du public et par les interprètes. La brülante rhétorique de .
Jean-Jacques, canalisée par Robespierre,
ou passant par les rus d'usine, torren-
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tueux et fumants et chargés de déchets, que lâche le Mannekenpis Shakespearien, Danton, a besoin que le lecteur et que le comédien sachent démailloter son emphase arrondie et, sous les périodes trop écrites, fassent toucher les âmes raidies ou convulsées. Cette langue oratoire prête à plus d'une méprise; auxquelles n'échappent point — plutôt que ceux de France — les interprètes étrangers: car ils nont pas recu l'instinctive tradition de nos modes de sensibilité. Au reste, même chez nous, plus d'un sy est trompé. L'intelligence d'un Taine n'a pas su (peutêtre parce quelle n'a pas voulu) lire
sous l'enflure académique des mots et
AE SAUPEYEVCÈCES ESS UYTEÈUECTEEeVLe/e/2/2/ee
RR/QER/RPRPRR/RPR/PeRRe Ye R/R/2r/R/R/erR/e/2/e/8e 8/88 des cadences, ou dans le déroulement fumeux des logomachies, les passions dévorantes, la terrible sincérité des rhéteurs de la Convention, qui portaient la hache dans une main, et dans l'autre leur tête — Saints-Jeans-les- Décollés! — Pour comprendre cette musique, il faut entendre vibrer en
chacun de ses accords, la chaîne des
harmoniques : la haine, l'amour, la.
mort Prenez-la par la main! La fièvre est dans la paume...
Si donc j'ai appelé cette tragédie un jeu, c'est celui de.: «Won tout sur l'enjeu 1». |
«Mon royaume pour un cheval!» clame dans la bataille Richard le
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