‹ Le jeu de l'amour et du hasardChapitre 38 sur 81 · ACTE II, SCÈNE Xt · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE Xt

vais esprit 1 raisonne; il faut se fâcher, il faut la faire taire et prendre mon parti contre elle, à cause de la conséquence de ce qu'elle dit! Mon parti! J'ai donc besoin qu'on me défende, qu'on me justifie? On peut donc mal interpréter ce que je fais? Mais que fais-je? De quoi m'accuse-t-on? 5 Instruisez-moi, je vous en conjure: cela est sérieux? Me joue-t-on? Se moque-t-on de moi? Je ne suis pas tranquille.

M. Orgon. Doucement donc!

SiLViA. Non, Monsieur, il n'y a point de douceur qui tienne. Comment donc? Des surprises, des conséquences! 10 Eh! qu'on s'explique: que veut-on dire? Or\ accuse es va.1et f jetonatort; vous vous tromp ez tous, L isette est une folle^ il est innocent, et v oil à qui est fini. 2 PourquonTônc m'en reparler encore? Car je sui s outrée !

M. Orgon. Tu te retiens, ma fille; tu aurais grande 15 envie de me quereller aussi. Mais faisons mieux: il n'y a que ce valet qui est suspect ici. Dorante n'a qu'à le chasser.

Silvia. Quel malheureux déguisement! Surtout, que Lisette ne m'approche pas! Je la hais plus que Dorante. 20

M. Orgon. Tu la verras si tu veux; mais tu dois être charmée que ce garçon s'en aille, car il t'aime, et cela t'importune 3 assurément.

Silvia. Je n'ai point à m'en plaindre: il me prend pour une suivante, et il me parle sur ce ton-là; mais il ne me dit 25 pas ce qu'il veut, j'y mets bon ordre.

Mario. Tu n'en es pas tant la maîtresse que tu le dis bien.

M. Orgon. Ne l'avons-nous pas vu se mettre à genoux malgré toi? N'as-tu pas été obligée, pour le faire lever, de 3c lui dire qu'il ne te déplaisait pas?

Silvia, à part. J'étouffe.

Mario. Encore a-t-il fallu, quand il t'a demandé si tu l'aimerais, que tu aies tendrement ajouté: "Volontiers"; sans quoi il y serait encore.

Silvia. L'heureuse apostille, mon frère! Mais, comme 5 l'action m'a déplu, la répétition n'en est pas aimable. Ah çà, parlons sérieusement: quand finira la comédie 1 que vous vous donnez sur mon compte?

M. Orgon. La seule chose que j'exige de toi, ma fille,

c'est de ne te déterminer à le refuser qu'avec connaissance

io de cause. 2 Attends encore. Tu me remercieras du délai

que je demande, je t'en réponds.

Mario. Tu épouseras Dorante, et même avec inclina-

' tion, je te le prédis. . . Mais, mon père, je vous demande

grâce pour le valet.

iS Silvia. Pourquoi grâce? Et moi, je veux qu'il sorte. M. Orgon. Son maître en décidera. Allons-nous-en. Mario. Adieu, adieu, ma sœur, sans rancune.

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