‹ Le jeu de lʹépéeChapitre 4 sur 27 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

J'admets, si vous le voulez, que vous réussissiez votre dégagement de vitesse. Si votre adversaire n'est pas tué raide, vous n'êtes pas sûr, étant fendu à fond et votre épée engagée dans le corps, de vous retirer assez vite pour éviter une riposte.

Et si vous passez, si vous manquez le corps, comme cela arrive souvent en assaut aux tireurs les plus réguliers et lo mieux en armes, pensez-vous qu'on vous laissera — étant fendu à fond — vous remettre tranquillement en garde? Vous aurez du bonheur si vous n'emboursez pas un joli coup d'épée.

Il suffit, me parait-il, de cet exemple pour montrer la différence profonde des deux escrimes ; je me garderai bien d'entrer dans une discussion technique pour laquelle je renvoie aux leçons de Jacob.

DE If* A. RANG. VH

Maintenant, le jeu d'épée, tel que renseigne Jacob, est-il chose nouvelle? Oui en tant que théorie, que méthode professée, non en tant qu'application sur le terrain. Il est infiniment probable que les duellistes renommés d'autrefois s'étaient fait un jeu spécial, fort différent de l'escrime conventionnelle du fleuret. C'était le cas de deux hommes que j'ai connus il y a une vingtaine d'années, qui avaient eu l'un et l'autre des duels à l'épée nombreux et heureux, M. Ambert, rédacteur de l'ancien National, témoin de Carrel dans son duel avec Emile de Girardin, et M. d'Almbert, qui fut secrétaire particulier de Louis-Napoléon Bonaparte et l'un des accusés de la conspiration de Boulogne. Un des mots favoris d'Am-

■vni PRÉFACE

bcrt quand il assistait à un assaut était :

« Essayez donc de faire cela l'épée à la main! » et M. d^Alembert m'a dit souvent :

« Je tirais au poignet et je ripostais au corps. » C'est en une phrase la méthode du terrain.

Je suis né dans une ville où, pendant la Restauration et les premières années du règne de Louis-Philippe, oq s'est fort battu en duel. J'ai souvent dans mon enfance entendu raconter les duels de cette époque.

Eh bien! les duellistes poitevins qui ont laissé à bon titre le renom d'adversaires dangereux, Bourbeau (un cousin de l'ancien ministre), Lemaire, le fameux de Pindray — j'en passe — n'étaient pas classés parmi les forts tireurs. Je le tiens de mon ^ vieux professeur, le père Nerrière, un maître de l'école de Lafaugère que M. Legouvé a peut-être connu et qui m'a répété plus d'une fois que de Pindray, redoutable, terrible sur le terrain, n'avait travaillé sérieu-

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