ACTE II, SCENE IV
NOIRVILLE
Je n'ai fait, Monsieur, que remplir un devoir... Ne m'en sachez aucun gré... Le motif qui m'a fait agir...
GRIVELLE.
Je sais bien , je sais bien , la reconnaissance ;.,. raison de plus pour que je vous admire : c'est une vertu de l'ancien temps ; . . . mais céder une place de six mille francs ! c'est de l'héroïsme. Par exemple, ce que je n'approuve pas, c'est cette modestie... Se dérober tout-à-coup à nos remercîmens... Heureusement nous vous tenons, et je ne vous quitte plus. Vous avez donc su que le mariage était pour aujourd'hui?
NOIRVILLE
Le mariage?... aujourd'hui même?
GRIVELLE-
A la mairie, bien entendu ; sans cela, pourquoi serionsnous ici?... et vous aussi.
NOIRVILLE , k part.
Il ignore ma position.
GRIVELLE.
Car vous n'aviez pas besoin d'être invité, j'espère... Ce mariage est un peu prompt; mais l'impatience des jeunes gens... Allons, Eugénie, il ne faut pas rougir pour cela. A présent , tu peux avouer ton amour; ce n'est pas comme ce matin.
EUGÉNIE
Mon père . . .
GRIVELLE.
Oui , il y avait de sa part consentement , mais non aveu : c'est ce qui désolait ce pauvre Dupré , qui tenait à être aimé d'amour, comme si c'était indispensalîle.
NOIRVILLE, hors tle lui, à Grivelle.
Elle ne raimait pas?
EUGENIE, avec une inlenlion très marquée. '
Am : Depuis long-temsj ''aimais Adèle.
Pardon , monsieur, je l'aime comme il m'aime j Si notre vœu n'eût pas été comble
Mon cœur, dans sa douleur extrême ,
Ne s'en fût jamais consolé.
NOIRVILLE , de même.
Je sais qu'il est des chagrins dans la vie , Des souvenirs qui nous suivent partout; Mais j'aime à croire enfin qu'on les oublie , Et que le tems peut consoler de tout.