‹ Le jongleur de notre-dameChapitre 8 sur 27 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Lm UÈuMy Lx PRIEUR.

(La porte de Tabbaye s'ouvre brusquement. Le Pri<îur paraît sur les marches.)

TOUS

C'est le Prieur... Fuyons!

LS PRIEUR

Hors d'ici, troupe intêonol

(Toas $ enfuient, sauf Jean interdit. — À Jean.)

Et toi, vil baladin, pour mieux damner ton âme, ^iens-tu donc insulter jusque dans ce couvent Notre mère Marie et son divin Enfant !

JEAN, tombant à genoux« Grâce, mon Père, grâce I

LE PRIEUR

Détestable et maudite race !

JEAN

Ohl mon Père, pitié l

LE PRÏEUR.

Ne vois-tu pas Satan Dont le poing vert brandit Técarlate trident? 11 t'enfourche, il t'emporte.

4EÀN.

Grâce 1

LE PRIEUR

Pour ^engloutir, yoici — flammes et fer, Larmes et grincements — voici s'ouvrir la port* Formidable d'Enfer 1

— i5 — Pitié 1

LE PRIEUR

Tremble !

Pitié 1

LB PRIEUR

L'enfer 1

JSAN.

Grâce I

LK PRIEUR

L^enferl

JSAlf** comme foudroyé, étendu tout de son long à tcrw.

Ah 1 je brûle I Ah! je meurs., ,

(A genoux.)

Ah ! mon père, pardon..,

(Se traînant vers la Vierge.)

Pardon^ pardon, Marie, Voyez mes pleurs I

(Il sanglote.)

LE PRIEUR^ à part.

tl pleure... Un peu de foi, dans cette âme flétHe» Pâle rose d'hiver, va-t-il donc refxeurir ?

(A Jeac.)

Ton nom?

JEAN

Jean.

L« PRÏKUR.

C'est le nom d^un saint cher à la Vierge. (Montrâiil la Vierge.)

Ce pardon de Marie, on peut le conquérir.

Tu seras pardonné, si, brûlant comme un cierge,

Parfumé comme un encensoir, Ton cœur à son autel, sans retard, dès ce soir,

Abjure ce métier immonde;

Si, plein d'un repentir fervent.

Et secouant au seuil la poussière du monde, Td deviens, dès ce soir, mon frère en ce couvent.

JEAN, les mains jointes ver* la Vierge.

Dame des cieux, Vous savez bien, Jésus le sait de même, De quel amour tendre et dévotieux Jfian, ie pauvre jongleur, vous aime...

LE PRIEUR

Eh bien?

JEAN

Maïs renoncer, quand je suis jeune encor. R'^.ixoncer à te suivre, ô Liberté, ma mie, Insoucieuse fée au clair sourire d'or!...

C'est Elle que mon cœur pour maîtresse a choisie. Cheveux au vent, rieuse, Elle me prend la main Et m'entraîne au hasard de l'heure et du chemin.

L'argent des eaux, l'or de la moisson blonde, Les diamants des nuits, par Elle sont à moi 1 Par Elle j'ai l'Espace, et l'Amour, et le M'^vnde;

Le gueux, par Elle, devient roil Par son charme divin, tout me rit, tout m'enchante. Je vais, et je respire, et je rêve, et )e chaîne, El, pour accompagner le vol de ma chanson, Le concert des oiseaux pétille au vert buisson.. MaîtrCvSse gracieuse, et sœur que j'ai choisie. F'aut-il que je vous perde, ô mon royal ir^zoT

O Liberté, ma mie, îtssoucieusc fée au clair sourire d'or !

LE PRIEUR

Belle maîtresse En vérité !

Redoute, pauvre sot, la mortelle caressf lye se mensongère beauté.

JEAN

Printemps sourit dans son cortège,

LE PRIEUR

N^ vois-tu pas THiver, et la Bise, et la Neige?

JEAN

Sa jeunesse est en fleur.

LE PRIEUR

Mais bientôt sera vieux son amant le jongleur.

JTEJLN^ regardant non bagarre de jongleur.

Et vous, balles, cerceaux, vieux amis pleins de zèic, Va-t-ii vous jeter là, votre maître infidèle?

(S'adressant il sa vièle.) Toi dont Pâme chantait, docile, sous ma main...

LE PRIEUR

Garde-les et va-t'en. Va-t"'en mourir de faim, Sans confesseur, dans un fossé, guenille infâme... Mais le couvent, c^était le salut de ton âme, Le salut de ton corps.

(Souriant.)

En carême, sans doute, haricots, hare^^f^s saurt; Mais aux fêtes carillonnées, Ah 1 les plantureuses journées 1

Tiens, regarde plutôt !

Bo;<;vACE paraît, monté sur un âne qu'un frère lai tient par la bride. L'âne est aussi cnargé de deux paniers, l'un contenant oes fleurs, l'autre des victuailles et des bouteilles.

Cuisinier sans égal, Le frère Boniface arrivant de sa quête, Glorieux, souriant, apporte pour la ftte Tout un régal.

Page 1