XXIV. — Deux grands ennemis de l’amateur
Le Yournal des Orchidées a déjà parlé des ennemis des Orchidées; je voudrais signaler aujourd’hui deux ennemis bien plus funestes aux amateurs que les insectes Les plus prolifères, ou que les pires maladies qui peuvent attaquer les bijoux de leurs collections. Ce sont le mauvais jardinier, d’une part, et le mauvais marchand de l’autre.
Est-il besoin de dire que, dans une catégorie comme dans l’autre, je ne songe à faire aucune personnalité ? Le Ÿournal des Orchidées est resté constamment étranger aux polémiques de personnes; c’est un grand mérite, un grand avantage, et je suis bien éloigné de vouloir rompre cette excellente tradition ; et tous ses abonnés, qui connaissent ces habitudes d’impartialité, ne se tromperont pas sur ma véritable pensée. Si cependant le malheur voulait qu’un de mes lecteurs de bonne foi, un bon jardinier ou un horticulteur loyal, se crût atteint par mes critiques, je le prie de considérer qu’il appartient à chacun de faire son examen de conscience, et que c’est se faire tort que de prendre à son compte les reproches ou les blâmes que l’on n’a pas mérités.
C’est ainsi que les jardiniers zélés, travailleurs, soigneux, ne doivent en aucune façon prendre pour eux ce que je dirai des paresseux et des brouillons. Ceux-ci, comme le journal l’a déjà constaté avec beaucoup de raison, font le plus grand tort au goût des Orchidées dans le public, et à leurs propres intérêts. Combien de fois j'ai vu des amateurs passionnés de belles plantes, ayant commencé à former de grandes collections et disposés à y consacrer des ressources considérables, renoncer à ces intentions faute d’un bon jardinier! Au lieu des satisfactions sur lesquelles ils avaient compté, ils n’éprouvaient que des décep- tions; ils voyaient mourir successivement la plupart des espèces et variétés rares, dont chacune représentait un capital parfois assez élevé; d’autres languissaient et ne produisaient pas de fleurs; au bout de quelques années de persévérance, ils renonçaient à ce goût coûteux sans aucune jouissance, et presque toujours restaient convaincus que les Orchidées sont à peu près impossibles à cultiver sous nos climats.
Les bons jardiniers sont rares, et l’on ne saurait trop le déplorer; un jardinier peut exercer beaucoup d'influence sur la personne qui l’emploie, en développant son goût pour les plantes et en lui assurant les satisfactions qui doivent être la récompense de ses efforts.
D'autre part on peut dire également que les amateurs peuvent beaucoup contribuer à la formation de bons jardiniers en encourageant les jeunes, en les poussant à étudier et en éveillant chez eux le goût de l’étude, enfin en récompensant largement ceux qui ont les connaissances et l’expérience nécessaires. Ceux-là, il est juste et il est utile de chercher à se les attacher pour longtemps, en leur assurant la sécurité et les encouragements nécessaires. Les quelques peines ou le surcroît de frais qu’entraînera ce système trouveront une ample compensation dans l’amélioration des résultats obtenus.
Je voulais parler, en second lieu, de ce que j'appellerai les horticulieursmarrons, qui font également le plus grand tort aux amateurs et les conduisent souvent à un découragement absolu. Ces écumeurs du commerce horticole, peu nombreux heureusement, sévissent particulièrement sur le marché des Orchidées; ce sont les marchands sans scrupules qui écoulent un peu partout, sur le continent et en Angleterre, à des prix relativement bas, les rebuts des salles de ventes ou de leurs serres, presque toujours sous le nom de plantes d'importation; ces horticulteurs-marrons ne sont jamais importateurs directs. Les Orchidées qui n’ont pas voulu pousser, ou celles qui, à force de trainer dans les salles, sont desséchées, épuisées, envahies par la vermine, tout cela leur est bon, et est fourni aux acheteurs imprudents comme plantes saines et faciles à établir ; ou bien encore ils achètent les rebuts des collections, les mauvaises variétés, et divisent en plusieurs morceaux des plantes ordinaires, à peine assez fortes pour végéter ; ils font former une pousse à chacun des débris en l’arrosant d’engrais et d’excitants énergiques, et en le forçant vigoureusement ; puis ils vendent chaque plante ainsi obtenue, pour le prix d’une bonne variété.
La déception, assurément, ne tarde pas à arriver. Le malheureux acheteur voit succéder la langueur et la ruine complète à la végétation en apparence prospère qui l'avait séduit; il a beau chercher, soigner ses plantes le mieux possible et employer tous les remèdes, les pauvres Orchidées épuisées, ayant déjà la maladie dans le corps, ne tardent pas à mourir sous ses yeux. Le marchand, si on l’interroge, a toujours quelque bonne excuse à donner, dont le tempérament des Orchidées fait les frais, comme d'ordinaire; on peut, il est vrai, ne plus retourner chez lui. Mais le tour est joué, et il va chercher
ailleurs de nouveaux clients qui se laissent séduire à leur tour par la modicité relative des prix. Eh bien, cette modicité de prix constitue-t-elle un bon marché? La réponse est évidente; il aurait bien mieux valu payer un peu plus cher de bonnes plantes, dont on eût vraiment profité; l’économie, en pareil cas, est un détestable conseiller. Si vous achetez une montre en or pour le prix d’une en argent, et que vous reconnaissiez ensuite qu'on vous a trompé, le magistrat à qui vous irez porter plainte vous dira : il fallait supposer que cette montre n’était pas en or, à moins qu’elle eût été volée, ce qui vous exposait à d’autres ennuis.
Le remède est bien simple; il consiste à ne s’adresser qu’à des maisons sérieuses et dignes de confiance, autant que possible important elles-mêmes, et possédant de bonnes cultures d’après lesquelles on puisse juger à l’avance de la valeur des plantes qu’elles sont à même de fournir. N’achetez des Orchidées dites d'occasion que dans des maisons d'importation qui introduisent assez largement pour renseigner comme telles des plantes très bonnes, très saines et n'ayant que les feuilles abimées. Le meilleur conseil à donner aux amateurs, c’est de ne s’adresser pour les achats qu’à deux ou trois maisons ou à une seule, mais de les choisir à bon escient, et une fois qu’on a trouvé ce qu’on désirait, de ne pas céder trop promptement à la tentation d’un prix inférieur offert par une firme sans consistance; les comparaisons de catalogues, en pareille matière, sont tout à fait illusoires.
D'ailleurs les prix ne sont pas assez élevés aujourd’hui pour qu’il soit nécessaire de recourir à ces brocanteurs; ainsi que nous l’avons démontré, il est facile à un amateur-commençant qui ne désire pas dépenser beaucoup, de se former une Jolie collection, renfermant des espèces de toute beauté, pour un prix très raisonnable. Les Orchidées les plus chères ne sont pas les plus belles, ce sont les plus rares; la collection une fois formée, lorsque l’amateur, ayant acquis l'expérience nécessaire, la verra en pleine prospérité, il pourra. l’enrichir peu à peu des variétés de prix les plus estimées. Il n’est nullement nécessaire, même pour commencer, d’acheter des plantes au rabais, dans des maisons peu sérieuses, ce qui expose l'acquéreur aux déceptions mentionnées plus haut; mais il n’est pas douteux qu'il vaut mieux acheter, pour le même prix, cent plantes bien saines, qui fleuriront avant un an et donneront toute satisfaction, que trois cent exténuées et condamnées à l'avance, qui périront avant Six mois.
Ces conseils de si grande importance, dont l'exactitude est bien souvent
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vérifiée par toutes les personnes qui s'occupent de la culture des Orchidées, je les adresse aux amateurs en général, et particulièrement aux débutants. Il est peu de distractions aussi attrayantes et qui procurent autant de plaisir que la formation d’une collection d’Orchidées; mais ne pas s'assurer d’abord que les plantes qu’on achète seront bonnes et qu’elles seront bien cultivées, c’est rendre à l'avance inutiles les dépenses et les soins que cette collection exige. Il faut se procurer des Orchidées parfaitement saines, et, cela fait, ne pas oublier que le reste dépend presque entièrement du jardinier, et que s’il ne connaît pas son métier, les plantes ne pourront que dépérir; en revanche, s’il est habile, les serres offriront à la vue le plus magnifique spectacle, et la valeur de la collection ne fera qu’augmenter. Elle devient alors un placement de tout premier ordre. D' G. von HEERDT.
CULTURE DU TRICHOCENTRUM ALBO-PURPUREUM
Le Trichocentrum albo-purpureum est une charmante Orchidée, qui mérite de
figurer dans toutes les collections d'amateurs. Ses fleurs abondantes, d’un très
gracieux et très gai coloris, donnent beaucoup d’éclat aux serres; son feuillage est assez élégant, et la plante tient peu de place, car elle est de végétation presque naine, et se cultive en paniers suspendus près du vitrage.
Sa culture n’est pas réputée très facile, sans être cependant rangée au nombre des plus difficiles. En suivant les indications que nous donnons plus loin, on obtiendra les meilleurs résultats, et nous ne saurions trop engager tous les cultivateurs d’Orchidées à faire l’expérience de ce traitement, que nous avons toujours vu réussir à merveille.
Le T. albo-purpureum croît, dans son pays d’origine, dans les parties boisées les plus exposées au soleil. Il demande une température élevée, celle de la serre des Vanda ou des Phalaenopsis, et beaucoup de lumière; aussi le suspend-on généralement près du vitrage, comme nous l’avons dit plus haut, et il n’est nécessaire de l’abriter qu’en été pendant les heures les plus chaudes de la journée.
Il réclame beaucoup d’eau pendant la végétation; pendant la floraison, ainsi que beaucoup d’autres Orchidées, il pourra être tenu plus sec.
Le compost doit être formé de sphagnum et de terre fibreuse, hachés soigneusement en morceaux de deux à trois centimètres de longueur et mélangés
par quantités égales. On dispose au fond du panier une couche de deux centimètres d'épaisseur, de sphagnum bien long, et à la surface une autre couche formée de morceaux courts et touffus.
Les racines de cette intéressante espèce ont une constitution particulière dont le cultivateur devra tenir grand compte; elles sont très fines, assez longues et extrêmement tendres; lorsqu'elles ont un excès d'humidité, ou qu’elles se trouvent en contact avec un corps mouillé, tessons de drainage, ou baguettes du panier, elles pourrissent rapidement. C’est pourquoi il est préférable de ne pas employer de drainage.
Le mode de production des racines est également très particulier; elles ne descendent guère dans le compost, et ont une tendance à se dresser au-dessus ou au milieu des feuilles. Il en résulte qu’elles plongent constamment dans l'atmosphère humide, et que la plante, par suite, n’a jamais de véritable repos dans nos serres. Et d’autre part, elle ne profite jamais complètement de l’eau des arrosages, et ne végète pas très activement si l’on n’a pas soin de les renouveler souvent.
Pour ce motif nous conseillerons vivement de détourner les racines au-dessous des feuilles et de les recouvrir de sphagnum; elles croissent alors à l’inté-
rieur du compost et s’allongent en dessous en longue chevelure. Elles seraient
trop renfermées dans un pot; aussi a-t-on adopté pour cette espèce la culture en panier. Le bois des paniers doit être très dur, et peu sujet à s’imbiber d’eau, afin que les racines ne souffrent pas de son contact; le bois de chêne ou de pitchpin convient parfaitement.
On cultive aussi, en Angleterre, le T. albo-purpureum sur bloc, mais nous avons constaté par expérience, à L'HORTICULTURE INTERNATIONALE, que ce système est de beaucoup inférieur à celui que nous préconisons; il est d’ailleurs évident à priori qu’il ne peut réussir parfaitement à une espèce qui réclame beaucoup d'humidité. Nous avons même eu l’occasion de voir des amateurs anglais qui le suivaient d’après les indications qu’ils avaient trouvées dans les ouvrages de leurs compatriotes, l’abandonner complètement après avoir mis l’autre en expérience.
Le meilleur mode d'arrosage consiste à tremper les paniers dans un bassin à eau de pluie, opération qui doit s’effectuer tous les deux ou trois jours. De cette façon, le compost entier et les racines intérieures elles-mêmes sont baignés par l’eau et suffisamment humectés.
I est bon également d’arroser les plantes de temps en temps avec de l’eau
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dans laquelle on aura délayé de la bouse de vache en proportion très faible. On peut effectuer cette opération toutes les trois semaines à peu près pendant la végétation. Nous recommanderons de ne pas verser l’engrais sur les feuilles, mais sur le compost, contre les bords du panier.
Ce traitement donne à la végétation une vigueur remarquable, et permet d'obtenir des feuilles larges et fortes, comparables à celles d’un Phalaenopsis esmeralda.
Le T. albo-purpureum est extrèmement florifère; il produit des fleurs en abondance pendant six ou sept mois de l’année; celles qui se forment pendant la végétation sont généralement de petite taille; il est bon de les couper pour ne pas épuiser la plante et lui laisser plus de vigueur pour une époque ultérieure.
Les fleurs sont assez grandes relativement au volume de la plante; les sépales et les pétales sont d’un brun-jaune clair; le labelle, panduriforme, très étalé et très ample, est blanc avec deux larges macules pourpres des deux côtés de la base, et le disque veiné de rose-pourpre et de jaune.
Au moment de la floraison, les plantes peuvent être sans inconvénient enlevées des serres et transportées dans les salons; elles y resteront pendant plusieurs semaines sans souffrir, et sans incommoder nullement, car elles n’ont pas besoin de beaucoup d'humidité pendant cette période.
Cette ravissante Orchidée a été introduite du Brésil en 1864 par M. LINDEN et décrite pour la première fois par REICHENBACH en 1866. Une superbe variété en a été figurée dans la Lindenia (2° volume) sous le nom de T. albo-purpureum striatum; elle se distingue surtout par le coloris du labelle, dont la partie anté-
rieure blanche est striée de carmin.
J. van Mo.
LE CATTLEYA REX a fleuri, dans le courant du mois d’août dernier, dans les serres de M. G. Warocqué, à Mariemont et chez THoMAs STATTER Esqr, à Manchester. Les fleurs étaient, dans les deux collections, d’une très grande beauté, et supérieures encore à la superbe reproduction que la Lindenia en a donnée dans son 6me volume; ce n’est cependant que l’année prochaine qu’elles atteindront leur complet développement, quand les plantes auront pu former des bulbes parfaitement vigoureux.
La nouvelle espèce est incontestablement l’un des plus merveilleux trésors de la flore exotique, et l’on ne saurait trop regretter qu’elle n'existe qu’en si petit nombre dans Îles cultures,