JUIN 1891 TE
M. KRAENZLIN (Barträge zu einer Monographie der Gattung Habenaria, 1891) porte le nombre des espèces à environ cinq cents, paraissent manquer à l'Australie, mais se rencontrent à peu près dans toutes les autres contrées tropicales et tempérées du globe; les Microstylis (68) (1), Liparis (120), Bulbophyllum (100), Bletia (20), Calanthe (40), Eulophia (60), Polystachya (40), Cyrtopodium (20), Vanilla (20), Spiranthes (80), Physurus (20), Pogonia (40), Orchis (80), Cypripedium (50 à 60), etc., ont également une aire de dispersion très vaste, à la fois dans l’ancien et dans le nouveau monde; les Dendrobium (330), Cirrhopetalum (30), Phajus (15), Cymbidium (30), Sarcochilus (30), Vanda (20), Angraecum (15), Goodyera (25), Ophrys (30), Satyrium (60), Disperis (25), quoique
limités à l’ancien continent, s'étendent aussi sur une grande surface. Mais le plus grand nombre des genres ont une aire de dispersion plus ou moins restreinte : les Eria (85), Coelogyne (60), Saccolabium (20), ne se rencontrent que dans l’Asie méridionale et les îles de la Malaisie qui en sont voisines; les Prasophyllum (35), Pterostylis (36), Caladenia (32), sortent à peine de PAustralie; les Lissochilus (32), Mystacidium (20), Cynorchis (25), Disa (60), sont des genres exclusivement africains ;: les Pleurothallis (400), Stelis (170), Lepanthes (100), Masdevallia (150), Elleanthus (50), Épidendrum (plus de 420); Cattleya (20), Brassavola (20), Laelia (20), Zygopetalum (50), Lycaste (25), Gongora (22), Stanhopea (20), Catasetum (40), Mormodes(r15), Maxillaria (120), Ornithidium (20), Odontoglossum (plus de 80), Oncidium (plus de 250), Ornithocephalus (20), Notylia (20), Telipogon (40), Sobralia (30), Prescottia (20), sont confinés dans l’Amérique tropicale, généralement depuis le Mexique et les Antilles jusqu’au Brésil ; les Chloraea (80 à 100) se rencontrent presque tous au Chili. Une foule de petits genres sont même cantonnés dans un pays unique ; tels sont les Sophronitis (7), les Gomeza (7), les Phymatidium (5), les Cirrhaea (5), etc., qui ne sont connus qu’au Brésil.
Quant aux espèces, s’il en est un petit nombre qui sont largement répandues, si l’on peut même en citer une ou deux des régions boréales qui vivent à la fois dans l’ancien et dans le nouveau continent, on peut dire cependant que la plupart ont une habitation fort peu étendue; il serait possible d’en énumérer des centaines qui n’ont encore été trouvées qu’à une seule localité; et dans les contrées tropicales, on n’en connaît aucune qui croisse naturellement à la fois dans l’ancien monde et en Amérique. |
(x) Les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre d'espèces qui composent chaque genre cité.
Toutes les Orchidées des régions froides et tempérées, notamment toutes.
celles de l’Europe, sont terrestres; leur tige est herbacée et annuelle, mais elles
se perpétuent par leurs tubercules souterrains ou leurs grosses racines fibreuses. Nos espèces européennes ont généralement peu d’éclat et ne peuvent guère donner une idée de la splendeur des espèces exotiques; elles sont d’autant plus rarement cultivées qu'il est difficile de les maintenir longtemps vivantes dans nos jardins. Dans ses Plantae Europeae (1890), M. K. RICHTER en énumère 170 espèces.
Il est à remarquer que les espèces des régions boréales de l’Asie et de l'Amérique, tout en présentant le même mode de végétation que celles de l’Europe, ont souvent un cachet ornemental plus prononcé; on y trouve, entre autres, plusieurs Cypripedium qui méritent d’être cultivés. Dans la région forestière de l'Amérique du Nord, les Orchidées viennent au douzième rang des familles pour le nombre des espèces, qui y forment de deux à trois pour cent de la végétation totale.
C’est dans les régions tropicales que les Orchidées déploient toute la vigueur de leur végétation, tout l’éclat et la variété infinie de leurs fleurs et parfois même la magnificence de leur feuillage, souvent aussi la suavité de leur parfum. Nous savons déjà qu’elles sont en grande majorité épiphytes ; parfois les branches des arbres ploient pour ainsi dire sous le poids de ces brillants faux-parasites qui les encombrent, et le nombre des espèces que l’on peut rencontrer dans une contrée de faible étendue est souvent prodigieux.
Passons ces régions en revue, en commençant par la partie orientale. w
Les deux grandes presqu'îles de l’Asie méridionale ont de grands rapports avec l’archipel Malais qui en est voisin, ainsi qu’avec les îles plus éloignées de Bornéo, Célèbes, la Nouvelle-Guinée et les Philippines; GRISEBACH a donc eu raison de les réunir pour former ce qu’il a nommé le « domaine des Moussons. » Cette région est extrêmement riche en Orchidées; c’est là que les nombreux Dendrobium, les Vanda et une foule d’autres genres bien connus des horticulteurs sont dans leur vrai domaine. Déjà en 1861, dans la Flore des Indes néerlandaises, MiQUEL rassemblait plus de six cents espèces, soit sept pour cent du total des Phanérogames, proportion atteinte seulement par les Légumineuses. Dans son importante Flore des Indes anglaises, Sir JosEPH HoOOKER n’a encore publié que le commencement de la famille des Orchidées ; en attendant la fin de ce travail, il serait difficile de fixer, même approximativement, le
nombre des espèces ; on estime cependant que cette famille occupe à peu près
le même rang que les Rubiacées et n'y est dépassée que par les Légumineuses.
Le nord de l’Australie est encore d’une certaine richesse en Orchidées; mais la sécheresse assez générale de ce continent est cause que, pris dans son ensemble, il nourrit moins d’espèces que ne le ferait supposer son climat tropical : d’après le relevé du baron F. von MUELLER, cette famille n’y occupe que le septième rang, avec 281 espèces, sur un total général de 8800 espèces connues à la fin de 1885. Ce nombre de 28r espèces n’est guère plus du quart de celui des Légumineuses, qui se monte à 1071.
Les petites îles de l'Océanie sont généralement pauvres en Orchidées; dans beaucoup d’entre elles, on n’en a encore signalé aucune espèce. M. HEMSLEY en énumère 19 à l'ahiti, 10 à l’île Chatam, 9 à Aucklands, 5 dans l’île de Norfolk, une seule aux Sandwich, etc. :
Beaucoup de parties de l’Afrique se trouvent dans les mêmes conditions de sécheresse que l'Australie, et cette partie du monde est aussi bien plus pauvre en Orchidées que l'Asie et l'Amérique. La Flore de l'Afrique tropicale, par OLIVER, n’est pas encore parvenue aux Orchidées; mais dans l’ancienne Flore du Niger (1849) par W. HoOoKER, elles ne viennent qu’au onzième rang des familles, avec un à deux pour cent de la végétation totale; pour l’Abyssinie, ACH. RICHARD les plaçait au dixième rang, avec deux pour cent du total. En 1868, HARVEY portait le nombre des espèces de l’Afrique australe à 150, tandis qu’en 1882, M. BoLus en énumérait 265 pour la région du Cap. En 1885, M. RIDLEY comptait r40 espèces à Madagascar.
Nous avons mentionné plus haut de nombreux genres propres à la région tropicale de l'Amérique, et cependant nous n’avons parlé que des plus riches en espèces.
Dans les Antilles, d’après GRrisEBACH, les Orchidées occupent le second rang pour le nombre, avec six à sept pour cent de la végétation totale.
La région formée par le Mexique et l'Amérique centrale est fort riche en Orchidées; il y a quelques années, M. HEMSLEY y comptait 938 espèces, dont 800 sont spéciales à ce pays. En 1844, ACH. RICHARD déclarait déjà avoir examiné 500 espèces mexicaines, et LIEBMANN seul en a récolté 200 dans les régions élevées du Mexique.
Aucune contrée de l'Amérique méridionale n’a encore de relevé général de ses Orchidées ; on peut dire cependant que toutes sont extrêmement riches et ont déjà fourni une légion d'espèces pour orner nos serres. La région des Andes possède entre autres la majorité des Odontoglossum et des Masdevallia, Pour la
Guyane anglaise, RICH. SCHOMBURGK plaçait les Orchidées au troisième rang des familles, avec six pour cent du total des espèces. Nous étudions en ce moment les espèces brésiliennes pour la grande Flore du Brésil, commencée par von MARTIUS, mais nous ne pourrions encore dire combien nous y trouverons d’espèces ; il est probable cependant que le nombre en sera notablement supérieur à celui de n’importe quel autre pays du monde.
Bien que le Chili soit déjà hors de la région tropicale, il est encore assez riche en Orchidées : PHicippi les place au septième rang des familles, avec trois à
quatre pour cent du total des espèces.
A. COGNIAUX.
(Sera continué.)