‹ Le journal des orchidéesChapitre 9 sur 192 · II. — Angraecum sesquipedale · texte numérisé non relu

II. — Angraecum sesquipedale

Le genre Angraecum est l’un des plus curieux de Ia famille des Orchidées; à défaut de coloris éclatant, il possède à un degré élevé cet aspect « noble » dont parlent souvent les auteurs anglais. En outre beaucoup de ses espèces ont un avantage très appréciable, c’est de produire leurs fleurs en hiver. Cependant ce genre, qui est connu depuis très longtemps, fut à peu près négligé jusqu’en 1857, et il fallut pour le tirer de l’ombre l’apparition d’une espèce d’un mérite exceptionnel; cette espèce était l’Angraecum sesquipedale, découvert vers la fin du 18° siècle et dénommé par Du PETIT-THOUARS, puis oublié jusqu'au jour où le Révérend ELzis l’importa de nouveau de Madagascar; c’est encore aujourd’hui la plus belle du genre entier.

L’A. sesquipedale est une plante d’un port remarquablement beau; il a les feuilles très longues, très épaisses, d’un vert foncé, engaînantes deux à deux et très rapprochées les unes des autres; de longues racines, très fortes, se produisent entre elles à différentes hauteurs, et atteignent parfois une longueur considérable. ;

Les fleurs, qu’il n’est pas rare de voir au nombre de trois sur chaque grappe, sont de très grande dimension; elles ont plus de vingt centimètres de diamètre. Elles sont à peu près étoilées; les pétales et les sépales ont la forme d’un triangle très allongé et se termine en pointe aiguë, le labelle a une forme analogue très large à la base, et légèrement replié sur les bords; il produit de sa naissance un éperon très allongé qni atteint jusqu’à trente-cinq centimètres. Cette longue tige, qui se recourbe gracieusement au dessous de la fleur, lui donne un aspect des plus étranges, et c’est elle qui a valu à l’espèce son nom (sesquipedale signifie : long d’un pied et demi).

La fleur a, en s’épanouissant, une couleur jaune de cire; elle devient entièrement blanche au bout d’un ou deux jours; elle répand un parfum assez pénétrant analogue à celui du Lys blanc, mais qui ne se dégage que pendant la nuit.

Je me rappelle avoir entendu mentionner deux faits curieux, que je n'ai pas eu l’occasion de vérifier moi-même, mais qui m'étaient donnés comme certains : c’est que, sur une même grappe, la dernière fleur formée s'ouvre toujours la première, et que la fleur la plus éloignée de l’axe est la plus grande, et la plus rapprochée, la plus petite. Les lecteurs du Yournal des Orchidées pouvaient aisément observer ces particularités pendant la saison dernière et, notamment en visitant les serres de L’HORTICULTURE INTERNATIONALE, qui depuis le 5 décembre, renfermaient des quantités de fleurs de cette belle espèce.

Les À. sesquipedale réclament à peu près le même traitement que les Vanda, Aerides et autres Orchidées caulescentes de la serre chaude; beaucoup d’humidité, et jamais de sécheresse prolongée même en hiver; un bon drainage est nécessaire.

La Lindenia a donné de cette espèce une excellente reproduction (4"° année, pl. 175). Je conseille à toutes les personnes qui ne la connaissent pas de visu de se reporter à cet ouvrage. Elles pourront aisément se convaincre que l'A. sesquipedale est une des Orchidées les plus belles et les plus décoratives de la serre tropicale. Je ne doute pas qu'il serait placé parmi les plus précieuses de la famille entière s’il possédait une durée de floraison plus longue.

GASTON RIvors.

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