‹ Le journal des orchidéesChapitre 91 sur 192 · APE TA · texte numérisé non relu

APE TA

La culture, ainsi que je le dis plus haut, n’est pas bonne, et il n’est pas possible de comparer ces établissements aux principaux établissements marchands de Belgique. J'ai été frappé de voir, notamment, l’aspect des Odontoglossum ; c'est à peine si les bulbes dépassent parfois la grosseur d’un œuf de pigeon; les floraisons sont chétives, les grappes se composent généralement de fleurs mal développées, mal faites. Ces résultats médiocres doivent être attribués en grande partie, selon moi, au manque d’air et à la trop haute température où ils sont cultivés, et à l’emploi du « peat »; ainsi que le Yournal des Orcludées l’a déjà expliqué, cette matière constitue une sorte d’éponge qui conserve l’humidité trop longtemps au contact des racines, et nuit à la bonne santé des plantes. J'ai remarqué que beaucoup des Orchidées qui étaient placées bien en vue, isolées et destinées à attirer les regards des visiteurs, se trouvaient dans des pots belges et provenaient visiblement de Belgique. Et cela n’est pas surprenant, car je ne crois pas qu’il soit facile de trouver à Londres l'équivalent des magnifiques cultures d’Odontoglossum de L’HORTICULTURE INTERNA- TIONALE et de MM. VERVAET, VINCKE, VUYLSTEKE, PEETERS, MORREN en Belgique, celles de DuvaL et TRUFFAUT en France, etc.

Je ne citerai pas les noms des horticulteurs anglais dont je parlais plus haut; mais toute personne qui a eu ou qui aura l’occasion de se rendre à Londres, pourra vérifier aisément l’exactitude de ces notes.

Les lecteurs du Yournal des Orchidées connaissent assez les habitudes de cet ouvrage pour ne pas croire, je l'espère, à un parti pris de dénigrement. Et j'ajoute que je ne crois guère, au moins en ce qui concerne Londres et ses environs, à ces fameux brouillards auxquels on attribue d’ordinaire tous les échecs de culture. La collection de M. MEASURES, qui est en pleine prospérité, n'est-elle pas située sous le même ciel que les autres? La véritable cause n’est pas celle-là; c’est que, comme me l'ont dit plus d’une fois des amateurs de divers pays, on cultive mieux les Orchidées, actuellement, en Belgique qu’à Londres. |

J'ai été également étonné de constater le manque absolu d’Orchidées nouvelles dans les établissements londoniens. On dirait qu’ils ne savent plus où diriger leurs collecteurs pour trouver du nouveau.

C’est la conclusion de mes impressions de voyage,

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LES IONOPSIS

Ce nom a été donné à un genre qui se compose de charmantes petites Orchidées, toutes originaires de l'Amérique tropicale. Il vient de mots grecs signifiant : « d’aspect violet, » et est parfaitement approprié au coloris des fleurs.

Ce genre comprend un petit nombre d’espèces, de croissance naine, et qui ne plairaient pas sans doute aux amateurs de grandes Orchidées à effet; mais ceux qui recherchent dans les fleurs la véritable beauté, et savent l’apprécier dans ses plus humbles formes, ceux-là trouveront un très grand charme à ces espèces. Parmi les Orchidées à petites fleurs, je n’en connais aucune qui soit aussi exquise que l’Zonopsis paniculata, et lorsqu'il s’en rencontre de forts exemplaires, ce qui est rare, c’est un spectacle magnifique que celui de ces plantes couvertes de fleurs.

Toutes les espèces du genre sont acaules, et portent de petits pseudobulbes, des feuilles généralement lancéolées, et des racines filiformes. Les tiges florales sont érigées ou noueuses, très grêles, et terminées par un racème ou une panicule de nombreuses fleurs de petite taille. Les sépales et les pétales sont petits, mais le labelle bilobé, en forme d’éventail, est relativement très ample. Les masses polliniques sont au nombre de deux.

Ces plantes ravissantes ne sont malheureusement pas de culture très facile. Elles prospèrent bien pendant quelque temps, puis au bout de quelques années clles manifestent une tendance maladive, dépérissent et meurent. L'une des causes de cet affaiblissement est que ces plantes, comme plusieurs autres Orchidées, s’épuisent par leur floraison, ou plutôt par la longue durée de leurs fleurs, qui se conservent fort longtemps et absorbent les forces de la plante. Toutes les espèces, comme je l’ai dit, ont les pseudobulbes petits et les feuilles peu nombreuses ; mais le nombre des fleurs qu’elles produisent est énorme en comparaison du volume des plantes, et comme ces fleurs restent fraîches pendant plusieurs semaines (non pas plusieurs mois, comme on l’a souvent prétendu), les plantes s’épuisent à leur fournir la sève et meurent. Le remède à cet inconvénient est très simple ; il consiste à couper les fleurs au bout d’un certain temps. |

Cette cause de dépérissement mise à part, ces espèces ne sont pas encore très faciles à cultiver, même dans la patrie de l’Z. paniculata, au Brésil, où nous les laissons en plein air. Elles languissent pendant quelques années, à moins qu’on les cultive sur des arbres vivants. Plantées sur des arbres calebasses (Crescentia cujete), dont l'écorce est particulièrement favorable à la végétation des Orchidées, elles s’établissent rapidement, croissent bien et donnent chaque été une abondance de fleurs.

Nous les cultivons aussi dans de petits paniers de bois ou des pots, avec du sphagnum, du charbon et un bon drainage, suspendues sous les arbres, en plein air, avec un ombrage partiel; en somme un traitement semblable à celui que l’on donne aux autres Orchidées de petite taille. En serre, elles réussissent parfaitement sur bloc, avec un peu de sphagnum ; on les cultive dans la serre tempérée, en pleine lumière, près du vitrage. Il convient de ne jamais les laisser se dessécher, mais d'éviter également l’excès d'humidité stagnante.

Une dizaine d’espèces sont mentionnées dans les livres, mais il n’en existe probablement pas autant, car de simples variétés géographiques ont reçu des noms spécifiques distincts. Une seule, en somme, mérite d'attirer l'attention de tous les amateurs (je mets à part ceux qui prennent intérêt aux petites espèces plus humbles et souvent si charmantes). L’Zonopsis paniculata, originaire de la région brésilienne de l’Amazone, et dont l’habitat s'étend du Nord au Sud, et assez loin dans l’intérieur du pays, est la plus grande et la plus remarquable espèce du genre. Pour donner une idée de sa splendeur à l'état naturel, je citerai un extrait de mon ÿournal, en date de mai 1878 :

« Tonopsis paniculata. Recueilli cette plante sur l’Amazone près de Juruty, « où elle est très abondante dans les « varzea lands. » Aucune expression « ne suffirait à décrire la magnifñicence de ces immenses grappes de fleurs et « l’infinie variété de leur coloris, qui va du blanc pur au rose pourpré foncé. « La tache pourpre du labelle varie également beaucoup d'intensité. L’abon- « dance des fleurs relativement au volume de la plante est prodigieuse.

« Une plante de treize centimètres de hauteur, et n'ayant que dix feuilles, « portait deux grappes de soixante-cinq centimètres de longueur, sur lesquelles « j'ai compté cinq cent et vingt fleurs. Les plantes ne forment jamais de « grandes masses, mais le même arbre en porte un certain nombre, de sorte « que quand on lève les yeux, on croit contempler l’intérieur d’un nuage rose. »

Et plus loin : « Dans une de nos excursions, nous avons encore trouvé une « grande quantité de ces plantes, et nous en avons amplement chargé notre

« canot. Arrivés à notre petite cabane de tourbe, à toiture de feuillage de « palmiers, nous les avons suspendues aux murailles grossières de la chambre, « et pendant plusieurs semaines nous avons vécu au milieu d’un des plus « splendides massifs de fleurs que l’on puisse imaginer. » |

On peut obtenir par sélection de magnifiques variétés, depuis le pourpre très foncé jusqu’au blanc pur en passant par mille nuances intermédiaires ; mais je n’en ai jamais vu une jaune, ni d’une couleur approchant du jaune, quoi qu’en dise le « Manual » de M. WiLciaMs. De même je n’ai jamais vu -— et cependant j'ai eu l’occasion de faire des observations fort étendues — je n’ai jamais vu les fleurs se conserver depuis septembre ou octobre jusqu’en mai, comme le dit DescourTizz. Elles restent en pleine fraîcheur un mois environ, et se succèdent pendant trois mois de l’année; d’autre part, il peut arriver que l'on trouve des plantes fleurissant en dehors de la saison régulière.

Les fleurs sont de dimension très variable, mais elles n’ont de parfum dans aucune espèce. Dans ces dernières années, une forme géante a été collectée dans la région de la rivière Purus. Les plantes sont trapues et les fleurs très grandes; mais Je n’en ai vu que quatre plantes. La variété maxima figurée dans la Landenia, vol. 3, pl. 114, ressemble beaucoup à celle-ci, mais elle a les fleurs blanches et provient du Venezuela.

Les autres espèces ont peu de prix pour les cultures en comparaison de la précédente. L’7. fenera semble être une forme de l’I. paniculata; il en est de même de V7. rosea et de l’Z. pulchella. L’I. utricularioïdes, probablement synonyme de V7. Gardneriana, est une petite espèce que j'ai reçue des Indes occidentales ; elle a les fleurs blanches ou roses, et de petite taille. L’Z. Burchell est une admirable petite plante, originaire du delta de l’'Amazone. Ses feuilles sont presque cylindriques, sa tige florale grêle produit de trois à six fleurs délicates, colorées de rose, qui ne ressemblent pas, comme forme, à un lonopsis. La plante tout entière ne dépasse pas quelques centimètres de hauteur.

L'JZonopsis paniculata donne dans les cultures des résultats qui semblent peu brillants pour quiconque a vu cette espèce dans sa splendeur et sa luxuriante végétation naturelle; mais il est si beau, qu’il mérite encore d’être cultivé, dût-on même ne réussir que partiellement, et si l’on peut se procurer les variétés les plus grandes et les plus fortes, on constatera aisément qu’elles se cultivent plus facilement et sont plus vigoureuses que les variétés plus délicates que l’on a possédées jusqu'ici. |

Épouarp S. RAND.

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