CHAPITRE XVI
Sommaire. — Grâces accordées à Bueil à partir de 1466. Le comté de Sancerre détaché du Berry. — Affaires d'Angleterre. Entrevue de Louis XI et de "Warwick, à Rouen, et mise en liberté de Bergavenny (1467). — Affaires de Bretagne et de Guienne. Influence de Bueil sur son ancien maître, Monsieur Charles. Guerre avec la Bretagne. Traité d'Ancenis (1466-10 sept. 1468). — Fondation de l'ordre de Saint-Michel (l^r août 1469). — Entrevue de la rivière de Brau et traité de Golonges-les-Réaulx (7-18 sept.). — Mission de Bueil auprès du nouveau duc de Guienne, à Saint-Jean-d'Angely (oct. 1469). — Traité d'Angers (16 avril 1470). — Naissance d'un Dauphin (30 août 1470).
Dès octobre -1466^ Bueil cesse de toucher la pension de six mille livres qui lui avait été allouée par le duc de Normandie sur le domaine de cette province 2, et reçoit, par contre, du Roi une somme à peu près équivalente sur le revenu des traites de Saintonge et de la Rochelle^. Ces droits fluviaux ou maritimes, payés sur le transport et la sortie des blés et vins, n'étaient pas seulement une mesure fiscale. Us avaient aussi une portée économique, destinés qu'ils étaient à empêcher une trop forte
1. L'année financière commençait alors le 1" septembre pour la recette et le 1" octobre pour la dépense. — Ms. fr. 20498, fol. 77.
2. Ms. fr. 20490, Gaignières, fol. 67, orig. : « Appointemens faiz, en « l'année comançant en octobre, l'an 1466, sur les lieux où Mgr de Bueil « fut apointé, de sa pension de 6,000 1., en l'année précédente, sur le « domaine de Normandie. Lequel Mgr de Bueil ne prent plus, parce qu'il « a les traictes de la Rochelle. » — Le nom de Bueil ne paraît pas sur les comptes de Pierre Morin, trésorier général du duc de Normandie (1465- 1468). — Ms. fr. 6973. — V. plus bas, Introd. littéraire, les allusions historiques renfermées dans les dernières pages du Jouvencel (3° partie, fin du ch. m).
3. Vidimus donné par Robert d'Estouteville, garde de la prévôté de Paris (11. août 1407), d'un mandement du Roi (en date de Montargis, 23 juin 1466) donnant à son cousin, conseiller et chambellan J. de Bueil la jouissance du revenu des traites de blé et de vin de Saintonge et de la ville et gouvernement de la Rochelle, après prélèvement des gages des officiers et du quart de la recette accordée aux habitants. Celte faveur est
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exportation de denrées * . Des exemptions étaient toutefois fréquemment accordées à titre de faveur spéciale. C'est ainsi qu'en ^468, la traite ayant peu rendu, le Roi autorise, par compensation, Bueil à sortir gratuitement quatre mille tonneaux de froment et deux mille de seigle et d'orge^ et à les charger sur navires. Jean V faisait donc le commerce, comme beaucoup de grands seigneurs de son temps. En effet, pourquoi l'ex-amiral n'auraitil pas imité les chevaliers anglais qui, ainsi que nous l'avons vu, profitaient de leur captivité pour nouer avec Bordeaux des relations d'affaires^ ?
Mentionnons encore ici, malgré sa date postérieure, une autre mesure destinée à rattacher, d'une façon plus étroite, le possesseur du comté de Sancerre à la royauté. Nous avons dit, en effet, que, jusqu'alors, ce flef dépendait du duché de Berry * et que ce lien de vassalité n'avait pas été étranger à la conduite de Bueil dans la guerre du Bien Public. Monsieur Charles ne possédait plus, il est vrai, cet apanage»; mais, malgré les succès du Roi, la situation restait précaire et Louis sentait qu'il pou-
octroyée en considération des grands services rendus par l'impélrant, dès son jeune âge, au feu Roi, ainsi que pour ceux qu'il rend journellement et rendra dans l'avenir. — Coll. d'Achon, au Mans. — Le revenu alloué à Bueil faisait encore partie, en 1464-1465, avec le comté de Sainlonge et le gouv. de la Rochelle, du domaine assigné, le 26 octobre 1461, à la veuve de Charles Yll (mss. fr. 6909, fol. 1, et 20498, fol. 74). A cette date, la traite était donnée à ferme pour trois ans, moyennant une redevance annuelle de 9,516 1. t. environ. La troisième année, le revenu appartenait au fermier.
1. Sur la Seine, ces droits s'élevèrent, au commencement du règne, jusqu'à un demi-écu d'or par queue de vin. Comme les marchandises désertaient la voie d'eau pour y échapper, le Roi étendit le droit de péage aux roules du territoire voisin. — Basin, Hist. de Louis XI, 1. I, ch. xxii.
2. De Saintonge, la Rochelle et Angoumois. — Ms. Clairambault, 144, Orig., et Coll. de P. originales à Bueil, I, n° 101" (copie).
3. il est assez i)robable que les navires dont se servait Rueil étaient sa propriété. — Y. plus haut, p. clxxiij, note 2, et p. ccix, la c<ipitulation de Bordeaux et, dans Quicherat, liodrigue de Villandrando {P. Just., LX.WI), l'autorisation accordée, par le roi de Caslille, à Rodrigue (1439), de commercer avec l'Angleterre au moyen d'un navire lui appartenant.
4. Il était tenu à cause de la grosse tour de Bourges, ancien manoir des ducs de Berry.
5. De fait, il n'était plus duc de Normandie et devait bientôt cesser aussi de l'être de droit.
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vait, d'un instant à l'autre, se voir contraint de procéder à de nouveaux démembrements <. Aussi s'efforçait-il, à tout événement, de diminuer la puissance des grands feudataires et le nombre des vassaux qui leur faisaient cortège. C'est dans cet esprit qu'il ordonnait, en février 4 468, par lettres patentes datées de Montils-lez-Tours2, que le comté de Sancerre fût rayé des registres d'hommage du duché de Berry, avec les seigneuries qui en dépendaient, pour être désormais enregistré à la Chambre des comptes et tenu, par un seul et même hommage-lige, du Roi luimême, à cause de sa couronne. Cette mesure, présentée comme une faveur spéciale , accordée au comte en récompense de ses services 3, n'était, en réalité, qu'un acte de simple prévoyance. Enfin, Bueii reprenait le commandement d'une compagnie de cent lances, déjà promise lors du traité de Saint-Maur ^ D'autres personnages, auxquels Louis semblait avoir moins à pardonner, étaient plus mal traités et se voyaient, au même moment, privés de leurs charges ^ Indulgent pour les adversaires déclarés, le Roi poursuivait impitoyablement ceux qui l'avaient servi d'une façon insuffisante ou déloyale.
1. V. plus bas, même chap., les négociations du Roi avec son frère.
2. Communie, de M. Lecestre. — V. P. Just. à cette date. — Ces lettres ne furent enregistrées au Parlement qu'en 1473, après enquête — V. aussi La Thaumassière, Hist. de Berry, h VI, p. 291, à Vailly.
3. Cet acte assurait cependant au comte certains avantages accessoires, comme la réunion au comté d'un certain nombre de seigneuries.
4. Nous ne connaissons pas la date de la restitution qui eut lieu probablement en octobre 1466, au moment où le comte du Maine perdait sa compagnie (v. la note suiv.). Nous en trouvons la première mention au 10 avril 1468. A cette date, Bueil commande, au Mont-Saint-Michel 25 lances à petite paye qui lui ont déjà été soldées le quartier précédent' - Ms. fr. 20491, fol. 58. - De même, Fontenailles est qualifié, en Tannée 1467-1468, de lieutenant de la compagnie du sire de Bueil. — Comptes de la Chambre du Roi, deuxième compte d'André Briçonnet, ms. fr. 20685 p. 451. '
5. Bueil perdait cependant la charge de capitaine de Rouen, donnée à Louis de Luxembourg, comte de Sajnt-Pol (et connétable depuis 1465) avec la lieutenance générale en Normandie (mai-juin 1466) — Le^^rand' Hist de Louis XI, ms. fr. 6961, 1. IX, p. 79. - En même temps, Charles de Melun perdait la grande maîtrise (p. 82) et le comte du Maine sa compagnie de 100 lances (p. 45). Au contraire, Louis de ChâtiUon était, 1 année suivante, nommé grand maître des eaux et forêts (p. 96). Dam-
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Dès les premiers jours de juin -1467, Bueil, rétabli dans ses fonctions de conseiller du souverain, se trouvait à Rouen avec ce dernier * . Louis XI n'était pas seulement venu en Normandie pour effacer le souvenir des derniers événements, mais il traitait à ce moment avec Warwick des affaires de grande importance. Ce dernier, jadis tout-puissant auprès d'Edouard IV, avait alors perdu presque toute influence sur son maître. Tandis que l'ex-favori était, depuis quelque temps déjà, d'accord avec la France, le roi Edouard penchait, de son côté, pour une alliance avec la Bourgogne et la Bretagne 2. Goncressault^, l'ambassadeur de Louis à Londres, était chargé de suivre ces doubles négociations avec le roi et son ministre, tout en surveillant les menées des deux ducs. L'envoyé français avait aussi pour mission d'arranger, entre Louis et Warwick. une entrevue qui souffrait quelque retarda Cependant, ce dernier arrivait le 7 juin à Rouen ^, accompagné d'une suite qui se montait à plus de deux cents personnes. Reçu avec des honneurs extraordinaires, il eut, le jour même, avec Louis, une première conférence ^.
Warwick utilisait aussi ce séjour pour régler ses affaires
martin et le duc de Bourbon étaient déjà rentrés en grâce. — Gaguin. fol. 145 r.
1. Le Roi était à Rouen dès le 7 juin, venant de Paris. — Chron. Scandai., p. ItO et s. — Le 13, Bueil est présent au conseil. De même, précédemment, en avril, à Amboise. — Ordonnances, XVI, p. 567 et 580.