‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 166 sur 321 · V. P. Just. à cette date · texte numérisé non relu

V. P. Just. à cette date

4. Basin nomme Warwick un traître fieffé. Cependant, il y a lieu de remarquer ici, à sa décharge, que le dernier paiement devait être efl'ectué le 15 juin 1470. Or, à cette date, Warwick (qui périt à la bataille de Barnet, en 1471) était déjà en pleine révolte contre son souverain et ex-protégé Edouard IV.

5. Dans le cas où il ne pourrait réussir, il promettait de fomenter une révolution en Angleterre.

ccIxTJ INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1466

ministre anglais, accompagné d'une mission française spéciale, revint à Londres', il s'aperçut qu'il avait été devancé auprès de son maître, par des ambassadeurs bourguignons, et la partie était d'ores et déjà perdue 2.

Ainsi, la conduite du Roi, qui avait soulevé bien des défiances dans l'intérieur de son royaume, lui avait ûté tout crédit à rélranger. Pour qu'Edouard IV préférât aux offres de Louis XI l'alliance du nouveau duc de Bourgogne, qui faisait profession de détester la maison d'York, il fallait, en effet, qu'il eût bien peu de confiance, soit dans la puissance, soit dans le caractère du roi de France 3. Si donc Warwick, Bueil et quelques autres politiques paraissaient, dès lors, avoir senti de quel côté le vent allait tourner, la plupart des contemporains, et parmi eux le roi Edouard lui-même, se trompaient complètement sur la valeur des forces en présence.

Mais laissons là les affaires anglaises et remontons d'une année en arrière, pour envisager les rapports du Roi avec son frère Charles. La Normandie était à peine reconquise que les intrigues recommençaient de plus belle. Une nouvelle ligue était sur le point de se former entre les ducs de Normandie et de Bretagne, le duc d'Alençon et le comte de Gharolais. Vers le

1. D'après la Chron. Scandai., Warwick resta douze jours à Rouen. Son départ aurait donc eu lieu le 18 ou le 19 juin.

2. Basin, l. c. — On jifétendait que le Roi avait offert, à Edouard, le pays de Caux et l'aide de la France pour conquérir, sur la Bourgogne, Abbevillc et le comté de Ponthieu. Mais, ainsi que le reinan[ue l'éditeur de Basin, les instructions des ambassadeurs de Louis étaient fort dillërenles. Elles contenaient seulement l'oflre d'une pension annuelle à Edouard et s'en remeUaient au pape quant aux prétentions anglaises sur la Guienne et la Normandie. Ces mêmes ambassadeurs {Chron. Scandai.) rentraient en France au mois d'août. En effet, le traité entre la Bourgogne et l'Angleterre avait été signé le 15 juillet 14G7. Edouard accordait au duc Charles la main de sa sœur Marguerite d'York, qui fut épousée par ce dernier le 3 juillet dt> l'année suivante (Basin, 1. II, ch. xx et notes). Notons que Pliilil>pe le Bon était mort le 15 juin 14G7.

3. L'insuccès de l'entrevue de Rouen rejeta dès lors la France dans le ])arli de la maison de Lancastre. — 'V. Documents inédits sur 1 Ilisl. de France, Lettres de rois, reines, etc., par Cbampollion, 11, 4S3, les lettres de Charles, duc de Guienne, du 30 juillet 1470. — Bourdigné, p. 220. — Basin.

1466J INTfiODUCTION BIOGRAPHIQUE. cclxvij

milieu de l'année 'l 466, ce dernier envoyait une ambassade à Monsieur Charles. Bueil, qui, malgré les événements, avait conservé la confiance de son ancien maître, en ayant été informé par ce dernier, lui écrivit aussitôt pour le mettre en garde contre ces menées et pour le supplier de ne provoquer en rien le mécontentement du Roi. Une nouvelle missive du duc, reçue à Gourcillon, fut envoyée par Bueil à son souverain, le -1" septembre ] 466, avec une lettre demandant des instructions ' . Le but prin-

1. V. p. Just. à sept. 1466. — On trouvera cette lettre, datée deCourcillon, 1" sept., et signée par Bueil, dans le ms. fr. 20486, fol. 125. Elle a été signalée par M. Vaesen dans son Catal. du Fonds Bourré (Bibl. de l'École des chartes de 1883, p. 30, n° 29), comme datant de 1456 et se rapportant à la mission de Bueil et de Lohéac, envoyés par le Roi pour prendre possession du Dauphiné (ch, xiii, p. ccxxv et s.). D'autre part, M. Vaesen mentionne aussi (même livraison, p. 55, no 254) une lettre toute semblable qui se trouverait, d'après lui, au fol. 125 du ms. fr. 20497. Cette deuxième lettre, également datée de Courcillon, 1" sept., aurait été écrite par Capdorat à Louis XI et daterait de 1464. Vérification faite, le ms. 20487, qui ne renferme que 100 folios, ne contient rien de semblable, et la lettre du ms. 20486 subsiste seule. — En outre, cette dernière lettre ne paraît pas non plus appaitenir à l'année 1456. Il y est, en ell'et, question d'un grand personnage (et, sauf erreur de lecture, d'un duc), correspondant intime de Bueil et qui intrigue avec le duc de Bourgogne par l'intermédiaire d'ambassadeurs. Il ne peut s'agir ici du duc de Savoie, qui, fort mal disposé pour Bueil, était en train, à la fin d'août 1456, de faire sa paix avec le Roi (v. plus haut, en 1452, à Cleppié, et Vallet de Vir., III, 370). Ce grand personnage ne saurait être non plus le Dauphin, qui exécutait alors sa fuite en Bourgogne. Enfin, Bueil était, en 1456, dès le 11 sept., à Lyon. Il est donc peu probable, dans les circonstances critiques où étaient les affaires, qu'il se trouvât encore au l"'- sept, à Courcillon. Au contraire, la lettre se rapporte parfaitement aux relations intimes qui devaient subsister entre Bueil et le duc de Normandie en 1466, relations que le pardon récemment accordé à Jean V par Louis n'altéra pas (v. plus bas, à l'entrevue de Brau, etc.). La lettre, étant antérieure à la mort de Philippe le Bon (15 juin 1467) et postérieure à la réconciliation de Bueil avec le Roi (février 1466), doit donc être datée du 1'' sept. 1466. — Un passage de Comines (1. 1, ch. xvi), dans lequel il mentionne les négociations très actives qui eurent lieu au lendemain de la conquête de la Normandie, confirme ce que nous venons de dire. Cet historien tait même une allusion très directe aux bons offices de Bueil et à ceux des autres personnages qui s'entremettaient alors entre le Roi et son frère, lorsqu'il ajoute que ces intermédiaires agissaient, « les uns pour « sçavoir des nouvelles, les autres pour soustraire gens et pour toutes « mauvaises marchandises, sous ombre de bonne foy. Aucuns y allèrent « par bonne intention, pour cuider pacifier les choses : mais c'estoit « grand folie à ceux qui s'estimoient si bous et si sages que de penser « que leur présence peusl pacifier si grans princes et si subtils, etc., etc. »

ccliviij INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1466

cipal de Louis était, en effet, de détacher Monsieur Charles du parti des grands feudataires, l'accession de ce prince, alors seul héritier de la couronne, donnant aux mécontents une force exceptionnelle. Mais le caractère irrésolu et versatile de Charles, la naissance d'un Dauphin et la mauvaise foi qui , d'après Comines, était alors au fond de toutes les relations diplomatiques devaient, à la longue, faire échouer cette politique dont Bueil fut le loyal intermédiaire.

En attendant, malgré les conseils qui lui étaient donnés, le duc de Normandie se laissa entraîner à une nouvelle prise d'armes par ceux qui l'avaient abandonné. Le vieux duc de Bourgogne étant mortV le Roi, fort inquiet des intentions de son successeur, garnit de troupes ses frontières de Bourgogne et de Bretagne et la guerre recommença. Presque aussitôt, les Bretons pénétrèrent dans la Basse-Normandie et prirent Avranches et quelques autres places^. Un corps de troupes royales, conduites par Bueil, Charles de Grussol, sénéchal de Poitou, et Guérin Legrain^, fut dirigé contre eux, à travers le Maine (juillet). Devant ces forces, une partie des envahisseurs, qui avaient poussé une pointe à l'est pour s'emparer d'Alençon, se jeta dans Domfront, tandis que le reste rétrogradait sur Avranches. Cependant, Alençon fut peu après occupé par eux-*, sans que les opérations prissent une allure décisive. A cette époque, le Roi, qui jusqu'alors s'était tenu à Paris, se mit en

1. Le 15 juin 1467. V. la lettre du nouveau duc au Roi, lui annonçant cette nouvelle. — Comines, éd. Godefroy, III, 72, Preuves.

2. Par exemple, Caen et Bayeux, villes dans lesquelles le Roi tenait des garnisons bretonnes commandées par Lohéac. — Basin, II, ch. xxi. — Louis en reçut la nouvelle le 15 oct. 1467. — Chron. Scandai., p. 123.

3. V., P.Just., i\ l'année 1467, la lettre de ce dernier datée de Fresnay (sur Sarthe), Samedi matin, et qui est sans doute du mois de juillet. D'après la lettre de Guérin, qui devait amener l'artillerie, les troupes royales ne faisaient alors que d'arriver. Ce document nous montre le Roi s'occupant iiersonncllemciil du plan de cainpaj^ne et de la direction des troupes. C'est ainsi ijuil avait chargé Guérin, d'accord avec Bueil el le sénéchal, de tenter une diversion au N.-O. dans la direction de Lassay (Mayenne).

4. Invent, des Layettes du Trésor, de Dupuy, ms. fr. 4440, fol. 76 r* el 112, et ms. fr. 6975, p. 1, lettre de Louis de Belleville.

1468J INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. cclxix

marche (novembre) avec une armée formidable et vint en personne assiéger la ville, en ravageant le pays à vingt ou trente lieues à la ronde ^ La conséquence fut la défection du duc d'Alençon et de son fils René, auxquels le Roi rendit leurs terres et qui livrèrent leur capitale en abandonnant le parti des princes 2. Le ^13 janvier ^468, Louis, alors au Mans, accordait un armistice de douze jours au duc de Bretagne^. Le 20 février, une nouvelle trêve, plus longue, était conclue, les deux partis gardant les places qu'ils occupaient^.

Au mois de juillet, le Roi, ayant obtenu une prolongation de trêve du duc de Bourgogne^, se décida à attaquer la Bretagne^ de deux côtés à la fois, par la Normandie'^ et par l'Anjou. Nous

1. L'auteur de la Chron. Scandai, (p. 130), copié par Gaguin et par la Chron. Mart., évalue cette armée à 100,000 chevaux (?) et 20,000 fantassins. La compagnie de Bueil était présente. En effet, son lieutenant Merry de Couhé est nommé dans l'acte par lequel René d'Alençon promet fidélité au Roi (janv. 1467). — Mss. fr. 4440, fol. 76 r% et 20685, 2= compte d'A. Briçonnet, p. 451.

2. Le pardon du Roi est daté du Mans, 31 déc. 1467. — Ordonnances, XVII, 53. — Bueil était un de ceux qui devaient garantir cette convention.

Page 1