Var. : « faudra faire finance d'un homme. » Ed. Vérard
« adfin qu'il n'y ait que redire et feray resserrer^ les « crampons de mes esçhelles de bois ; feray noirsir « les tronchons et renouveller les roulions tellement « qu'ilz ne feront point de bruit. Aussi feray habiller « mes tenailles, mes cyseaulx et toutes mes chevilles; « et, s'il y a haye à passer, j'ay des soUiers et des « treteaulx propres à ce^. Mais il fault adviser quelz « gens nous finerons et en quel nombre. » — « Par « ma foy, dist le Jouvencel, il fault trois cens lances^ « du moins, et aussi ce sera assez. Et, se nous « sommes une fois au hault de la tour, nous pren- « drons le guet et ne le tuerons point ; nous le ferons « tousjours parler, comme il a acoustumé. Ainsi « homme ne s'appercevra de nostre fait. Et quant « l'arrière-guet viendra nous le prendrons sans bruyt, « s'il se puet faire. Si nous faillons et il crie à l'arme*, « si ne seront jamais leurs gens montez à heure que « nous n'ayons gaigné la muraille. Puis après gaigne- « rons le portail de devers la ville et devallerons c( trente ou quarante hommes et laisserons gardes au fi portail. Sy yrons ouvrir la porte des champs en « despit de tout le monde avec nos turcquoises ^,
\. Var. : « referrer. » Ed. Vérard et Lenoir.
2. Pour passer une haie on plaçait de chaque côté de la haie deux tréteaux sur lesquels on mettait quelques planches réunies ensemble, qui s'appelaient un « soUier; » puis on montait sur ce plancher par une petite échelle et on redescendait par le même moyen de l'autre côté de la haie.
3. Lance sif^nilie ici un homme et non pas une réunion de six hommes, comme ce mot le signifia plus tard. C'est du moins la conclusion à tirer de ce qui suit quelques lignes plus bas.
4. Var. : « Et, posé que non et qu'il criastà l'arme. » Ed. Lenoir.
5. Turquoises ou truquoises, tenailles à plusieurs usages. (Laborde, Emaux du Louvre.)
« ciseaulx et tenailles. » — « Or ça, dist le Gappitaine, « c'est très bien dit et bien advisé. Mais parlons et « advisons oia nous trouverons nos gens. Première- « ment nous trouverons en ceste place de quatre- « vingts à cent hommes, tant à pié comme à cheval, « et la place gardée : car je feray demourer tous ceulx « qui ont acoustumé d'aller au bois ou au labour et « garderont la place. Puis envoyerons quérir Foul- « lières, qui est aux Gaves, qui nous amènera quel- « que soixante hommes. Nous trouverons aussi de « gens de pais autres quatre-vingts ou cent hommes, a. c'est assavoir, Gallebrun, Jehan Hamon^ et toute « leur sieute. Ainsi serons environ deux cens hommes « au plus. Mais ce n'est pas assés. Touteffois, se nous « demandons aide à ces grans seigneurs du payz^, et « il vient à leur congnoissance, se ilz y sont, ilz auront « tout l'honneur et le prouffit et nous n'en aurons que « la paine et le travail; pour ce vault mieux qu'ilz « n'en sachent riens. Mais nous avons icy près mon- « seigneur de Rocqueton^, qui est bon homme, qui « nous fournyra bien^ quelque cent hommes. Si le
1. FouUières, Gallebrun et Jean Hamon sont probablement de petits chefs de routiers qui se trouvaient alors aux environs du Mans.
2. Les grands seigneurs qui se trouvaient dans le Maine à cette époque étaient le sire de Lohéac, plus tard maréchal de France, en garnison à Laval {Commentaire, XX) et Ambroise de Loré, maréchal du duc d'Alençon, qui était à Saint-Gélerin (Saint- Cénery-le-Gérei). (Voir J. Chartier, ch. 69.)
3. Monseigneur de Roqueton désigne le sire de Raneton (Com' mentaire, XVI. Voir la note 3, p. 3).
4. Var. : « qui est bon homme et saige ; il nous servira bien de quelque, etc. » Ed. Lenoir.
« vault mieux mander et lui donner quelque quartier « en la ville, se nous en venons au-dessus. » — « Vrayement, dist le Jouvencel, cappitaine, c'est très « bien advisé. Mais il faut que vous déterminez le jour c( que ce sera, avant qu'on le leur voise dire. Si est « neccessité que ce soit au jour que la lune ne soit pas « plaine, mais qu'on y puisse chevaulcer deux ou trois « heures, adfîn que nous ne soyons descouvers par « les gens du pais. Car ce sont tous villaiges entour. « Et me semble que mardy prouchain la lune sera « droictcment en bon point pour faire nostre émoi prinse. » — « En bonne foy, dist le cappitaine, il « sera mardy la feste des Innocens^; je n'y entreray « ja ce jour. Mais mercredy, soit. Si avons six jours « d'espace pour assembler nos gens et mettre à point « nos besongnes. » Ainsi fut le jour establi entre eulx et conclud que le mercredy seroit l'entreprinse de la ville de Grathor. Et, ces parolles dittes, se départirent jusques au lendemain, qui fut jeudy, et se tira chacun en sa chambre.
Le lendemain au matin, parlèrent de rechief ensemble le Cappitaine et le Jouvencel, et envoierent certains messaiges à ceulx dont ilz avoient parlé le jour de devant, c'est assavoir, au sire de Rocqueton, Foulliéres et Gallebrun, leur dire et denuncer l'appointement qu'ilz avoient prins, et en quel lieu ilz se dévoient rendre à eulx, et le jour. Si mandèrent au sire de Roqueton qu'il se rendist à la Vannaiz à jour couchant et qu'il ne venist point devers eulx à Luc,