Var. : « (lit. » B. — « advisé. » G. F. — Éd. Vérard
« les adversaires de nostre souverain seigneur, le Roy. « Et, puisqu'il a pieu à Dieu tant nous advancer, il est « expédient et convenable nous y gouverner et entre- « tenir en telle façon et manière que Dieu et le monde « soient contens de nous ; c'est assavoir que, premiè- « rement, justice soit gardée entre nous et loyaulté « tenue tant à amys que à ennemys, en tant que touche « les saulfconduitz et sceuretés S qui seront baillez de « par nous ou à nostre asseurance, adfin que les mar- « chans et gens de labeur puissent aller et venir « entour nous sans destourbier. Car, se nous voullions « destruire et desrober les marchans et bonnes gens « allans et venans en ceste ville ou à l'environ ne ou « pais, nous destruirions nous-mesmes et mettrions « le pais à povreté, qui seroit nostre grant dommaige c( et deshonneur. Et pour ce, s'il plaistau Roy nostre « sire nous bailler ordre de vivres ou souldée d'aucun « payement pour nous soustenir, nous le servirons en « tous ses affaires et obeyrons à ses commandemens, « ainsi qu'il appartient et faire le devons, sans lever « ou exiger aucune chose sur les habitans de ce pais icy . « Et, s' ainsi est que, pour avoir d'autres affaires ou « moyennant le conseil d'aucuns, il soit troublé et « desconseillé en manière qu'il ne nous puisse donner « provision de payement ou de gaiges ~, il nous fau- « dra lever de nous-mesmes vivres et finances, tant « sur ceulx de nostre obéissance comme sur nos enne-
d. Var. : « asseurances. » A.
2. Allusion à la puissance de La Trémoille, qu'on accusait de retenir les gages des gens de guerre et que Jean de Bueil détestait personnellement. Il prit une grande part à la chute de ce favori. (Voir J. Ghartiôr, ch. 94, et plus haut l'Introduction.)
« mys, le plus raisonnablement que faire se pourra. « Et prendrons tribuz et appatissemens sur nos adver- « saires le plus que nous pourrons ; et, sur ceulx de « nostre party, ferons aucune cueillette la moindre et « la plus doulce que faire se pourra, en leur remons- « trant comment par ce moyen nous les soustendrons « contre tout le monde et garantirons envers tous « ceulx qui riens leur vouldront demander. Et ainsi « passerons le temps jusques ad ce qu'il plaise au Roy « nous faire aucune ordonnance. Et c'est quant au « second point, qui est le principal de nostre fait. « Advisés se c'est vostre plaisir qu'il soit ainsi comme fi j'ay parlé. »
Adonc respondit le Jouvencel : « Vrayement, fi cappitaine , vous nous avez moult bien dit, et « n'eusse-en pièce advisé ne pourpensé si grans et fi notables raisons ne telles manières de faire. Et pour « ce est belle chose d'ouyr parler les saiges et ceulx « qui ont expérience. Aussi dit-on que, pour adviser « et meurement délibérer, les anciens doivent préférer, « et les jeunes gens sont pour bien dilligamment exe- « cuter. Mais pardonnez moy se j'ay rompu vostre « parolle, et vueilliez poursieuvNT et entretenir vostre fi langaige, lequel, comme il me semble, est à nostre « grîint prouffit et instruction. »
Après que le Jouvencel eut ainsi respondu, le Cappitaine s'appareilla de parachever ce qu'il avoit commcncié; c'est assavoir, de leur dire et declairer le tiers point. Puis leur dist ainsy : « Messeigneurs et compai- « gnons, je vous ay dit cy-devant comme je suy ja « viol ' poui' traveiller. Aussi est monseigneur de
i. Var. : « comme jo suis <iorosnavaut vieillart. » A.
« Roqueton ; et nous ne pourrons desoresmais execu- « ter les grosses entreprinses de guerre. Vous voyez « cy le Jouvencel, qui est jeune homme, courageux et « bien instruit en armes ; et pour sa présence ne les- « seray point à dire vérité de ce qu'il m'en semble. « Et, se je le loue devant lui, je croy qu'il ne s'en « eslevera point en orgueil et presumption ; mais en « sera plus humble et courtois. Car il puet bien et « doit congnoistre que tous les biens et vertus, qui en « lui sont, viennent de Dieu et non d'autre, et, se c< Dieu voulloit, autant en pourroit-il partir et donner « ou mettre en ung autre homme comme en lui. Et, « de tant comme Dieu lui a fait plus de grâce, en le « parfaisant et garnyssant de vertus, il en est plus « obligié à le servir, aymer et ensieuvyr ses comman- « démens. Or est-il certain que, s'il s'enorgueillissoit « pour louenge, il feroit contre les commandemens « de Dieu ; mais je croy qu'il n'en fera riens. Ainçois « en sera plus humble, et encroistra sa force et bonne « vouUenté ; car ainsi doit faire homme de bon cou- « raige. Pour ce ensieuvray et diray tout oultre ce « qu'il m'en semble. Vous scavés qu'il nous a fort « aidés et en toutes nos entreprinses a esté cause en « partie d'en venir à chief. Vous avés veu et assès c( congneu comment, en toutes nos besongnes, il s'est « vaillamment porté \ et povés appercevoir evidam- « ment qu'il sera ung vaillant homme pour ce mestier. « Aussi est-il noble homme et de bon lieu ^ extraict.
1. Var. : « et assès congneu la peine qu'il a prinse en toutes nos besongnes. » Éd. "Vérard.