Ms. A. en marge : « Lahyre
après chascun envoya ses chevaulx boire; chascun alla à son esbat.
Le cappitaine de Grathor^ qui estoit bon homme d'armes et subtil, dist au Jouvencel : « Je croy qu'il « est temps que je coure ; tout est aux champs. Je « voy toutes ces prairies toutes plaines de gens, de « chevaulx et de bestiail. Si je musoie plus, nos gens « pourroient estre descouvers. Faittes monter tous « ces compaignons à pié derrière ceulx de cheval ; car « il fault que vous ne arrestés gueres après moi ; et « sceurement vous verres tantost bon esbatement. » — a Croyés, Cappitaine, dist le Jouvencel, que nous « ferons nostre dilligence, tellement que en nous « n'aura point de delTaulte, se Dieu plaist. »
Ainsi partit le Cappitaine avec ses soixante compaignons, et vint au plus couvert qu'il peust jusques à la barrière. Et puis remonta contre le pré, là où estoit^ la multitude des chevaulx et des gens, et se fourre parmy et prent à dextre et à senestre. Chascun qui le vit des ennemys, sault à pié et habandonne son cheval. Qui veist varlets et pages fuyr, femmes crier, à qui il n'eust rien cousté, en eust voullentiers ri.
Tantost l'eschauguete sonna atout ; chacun saillit à la barrière pour rescourre^ son cheval. Le cappitaine de Crathor, qui fut rusé et saige, fist semblant d'avoir grand paour et hastoit ses gens à ce qu'il povoit, et laissa courre deux ou trois chevaulx, faignant qu'il ne les povoit emmener de haste qu'il avoit. Ainsi furent plus cliaulx ceux d'Escallon de saillir, et tant qu'ilz