Var. : « descouvrir. » C
« Messeigneurs , et entrent plus hardement en voz « chambres que ne feroient voz cappitaines ne que je « ne feroie. »
Ainsi se tira à part le conte de Parvanchières en une chambre et fist appeller les deulx Mareschaulx, le Maistre des arbalestriers et l'Admirai, les barons et les cappitaines qui là estoient, et aucuns chevaliers et escuiers en petit nombre, et Gonnin, pour ce qu'il estoit du payz et estoit bon et homme de bien et gentilhomme de bon estât et bon pour la guerre, et aussi le Mareschal de Crathor, auquel le conte de Parvanchières demanda, en la présence de tous, dire ce qu'il savoit. « Monseigneur, dit le Mareschal de Crathor, « par le commandement du Roy j'ay parlé au Jouvence cel, au cappitaine de Crathor, au sire de Roqueton « et à toute la compaignie, et dit le grant et bon voul- « loir du Roy, et vostre venue aux trois seulement, « ainsi que m'avoit esté enchargé. Hz ont debatu avec « les compaignons, si le secours leur venoit, qu'ilz « avoient à faire et aussi ce que on pourroit besongner « sur les ennemyz. Monseigneur, ilz ont tous esté d'op- « pinion que vous devriez venir passer une petite « rivière, qui est par où je vous meneray *, et prendre « vostre chemin par darrière une abbaye, qui a nom « l'abbaye de Bonne-Grâce, et gaignerez le hault de « la montaigne. Et vendrez, quant vous aurez gaigné
1. Pendant les sept ou huit pages qui vont suivre, les éditions donnent un texte très défectueux dans lequel les passages sont intervertis, de telle manière que le récit est absolument incompréhensible. Le ms. B. contient aussi des interversions nombreuses pour les mêmes passages ; mais elles ne coïncident pas avec celles des éditions.
182 LE JOirV'ENGEL.
a ce hault, tous en belle bataillejusques devant la ville, « là où il y a ung siège devant une de noz portes, qui « s'appelle la porte de Bonne-Grâce ; et là descendrez « à pié et marcherez en despit de tout le monde « jusques à nous, et nous jusques à vous. Car ce siège « là n'est point fortiffié, et m'est advis qu'ilz n'ont « point voullenté de tenir ferme ; car ilz n'y sont for- « tiffiez ne barrez, ne riens n'y ont que menue artil- « lerie. Hz ont fait aucunes barrières contre nous; « mais ce n'est riens. Et croy fermement que, incon- « tinent qu'ilz vous verront, ilz se retireront à leurs « gens et à leur champ fortifié, qui est ou bas de la a valée. Et, si vous voulez debatre pourquoy ilz n'ont « logié au hault le groz de leur puissance, c'est pour « ce qu'ilz ne nous povoient gueres batre du hault ne « faire guerre, et eussions eu tout le paiz à nostre « commandement, si nous eussions eu le bas vuyde. « Et pour ce je dy que ceulx qui sont logiez devant la « porte de Bonne-Grâce, n'y sont seuUement que pour « nous tenir encloz, que nous ne puissions saillir aux « champs ne mettre gens dedans nostre place. Mais, « la merci Dieu! vous estes si belle, si grande et si « bonne puissance que vous y entrerez en despit de « leur visaige, s'il plaist à Dieu. Et, se vous y entrez « une foys, vous les combatrez, s'il vous plaist; et, a s'il ne vous plaist, si les fercz-vous lever et partir de « delà. Car vous fortifirez le hault, par où vous entre- « rez, qui est avantaigeulx contre le bas. Vous estes « gens de cheval plus qu'ilz ne sont, qui yrcz tous- « jours au-devant de voz vivres, et aussi au-devant « des leurs, qu'ilz n'en auront point. Le payz est a vostre du derrière ; par quoy vous aurez tousjours
« vivres mieulx que eulx^; et par adventure les pour- « rez trouver en tel parti que vous entreprendrez « plus avant. J'ay espérance, o la grâce de Dieu, que « au moings vous ne fauldrez point ad ce que je vous « dy. »
— « Dea! dist le conte de Parvanchières, il fault « debatre ung peu avecques vous. Nous n'avons « ancores icy vivres ne marchans avecques nous ; et, « quant nous serons là, nous mengerons tout quan- « qu'il y a en la ville en quatre jours ; et fauldroit que « nous vuidissions, si ainsi estoit; et par ce tout seroit « perdu. » — « Monseigneur, dit le Mareschal de Grâce tlior, non ferez pas en ung moys. Mais faittes vostre « dilligence d'envoier hastivement à Fleure et par tout « le païz derrière, pour faire venir vivres à force. »
Lors dit le conte de Parvanchières : « Vous ne nous « disiez pas cecy, quant vous feustes devers le Roy. « Car nous feussions venuz garnyz de vivres et de tout « ce qui nous estoit neccessaire. » — « Monseigneur, « je ne le vous povoye dire ; car je ne savoye pas la « convine des ennemiz, comme je faiz de présent; et « n'avoient point fortifié leur champ, que je fuz devers « vous, ce qu'ilz ont fait maintenant; et on ne peult « deviner. Et se plus avant vous eusse dit que je ne « fiz, je eusse deviné. »
Dit le conte de Parvanchières : « Nous nous « attendions à les combatre dès l'arrivée. » Or dit lors chascun : « Monseigneur, vous ne le povez « faire. Prenez les choses ainsi qu'elles sont et faittes
1. Var. : « par quoy vous irez tousjours au devant de voz vivres mieulx que eulx. » B.
« une dilligence prompte. Car les choses sont bien « encores, Dieu merci. » — « Messeigneurs, dit le « conte, que vous semble-il qu'il est à faire en ceste « matière? Dictes nous en quelque chose, monsei- « gneur l'Admirai; vous n'en avez encores point « parlé. » — « Monseigneur, dit-il, il fault et cona vient que vous prenez la chose ainsi que elle est, « qui est très bien, comme il me semble. Car vous « avez le choix de combatre ou de ne combatre pas ; « et est grant chose que d'estre sur le lieu ; car nul ne « vous sauroit si bien conseillier, comme fera la veue « de vos ennemiz. Et en cecy ne avez à faire que « grant diligence. Je suis d'oppinion que vous envoyez « hastivement monseigneur le Prévost des mares- « chaulx, qui est dilligent et homme d'entendement, à a Fleure-sur-Faire, et escripvcz à tout le monde que « on envoyé par tous costez faire venir marchans et « vivres. Et escripvez à maistre Gérard, à maistre « Bertin* et à monseigneur le Trésorier, qui est là, « qu'ilz facent grant dilligence de vous envoyer vivres. c< Et vous envoyrez gens, qui les iront recueillir jus- « ques à my chemin. Et leur escripvez qu'ilz avancent « l'argent ; car vous ne trouverez nulz marchans qu'ilz « se mettent en ceste peine ne en ce danger, s'ilz n'ont a l'argent contant. Et, pour Dieu ! qu'ilz n'espargnent « pas l'argent du Roy en ce cas. Car là où le Roy adven- « ture vous autres, Messeigneurs, qui estes sa puisci sance et son bras dextre, il ne doibt pas espargnier « argent. Et suis d'oppinion que demain au matin, « Dieu devant, vous montez à cheval et que monsei-