en sera de même pour Louis de Bueil
4. D'après l'Art de vérifier les dates (art. Sancerre), ainsi que d'après Baluze, Hist. généal. de la maison d'Auvergne, Paris 1708 9 vnl in-fol., I, 207. , wuo, ^ voi.
5. D'après lui, Jean avait dix-huit ans au moment de la bataille de Verneuil (17 août 1424). - Guillaume Tringant, dit messire Odes a écrit, au xv= siècle, un commentaire du Jouvencel, qui renferme sur Jean V de nombreux détails biographiques. Il nous apprend aussi frue le Jouvencel a été rédigé sous la dictée de Jean de Bueil, par trois de ses serviteurs, Tibergeau, Morin et Riolay, dont nous relrouverons les noms plus bas. — V. notre Introduction littéraire, et, au vol. II le texte du Commentaire de Tringant, g I, III, et passiiu. '
6. Comnmitaire de Tringant, g II.-Hardouin seul survécu!. Le témoignage de Tringant semble confirmé, pour Guillaume de Bueil, par un
vj INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [\i\b
celte glorieuse légende, qui suffit à caractériser le dévouement des Bueil à la cause nationale. Lon ne sut jamais d'une façon certaine quel avait été le sort de Jean IV. bans une pièce datée de Ui6\ sa veuve Marguerite Dauphine, qualifiée de dame de Rillé et de la Roche-Glermault^, déclare qu'elle n'a plus entendu parler de son mari depuis qu'il est parti pour accompagner le Roi en Picardie contre les Anglais^. Cent ans plus tard; un des descendants de Jean IV devait avoir le même sort à la bataille de Marignan.
L'unique protecteur des jeunes enfants de Jean IV était donc, en 4416, leur oncle Hardouin de Bueil, évèque d'Angers, qui parait avoir rempli cette mission en conscience '. Les biens
document original. En eflel, ce dernier donne quittance (Rouen, 23 sept. 1415) pour ses gages et ceux de dix. écuyers de sa compagnie : « ou « pais de Caulx soubz le gouvernement de moni^ire le conte de Vende dosme du nombre des gens d'armes ordonnez par le dit sire (le Roy)
« pour résister aux Angloiz, ses ennemis enciens, qui sont descendu? a
« grant puissance ou pais de Caulx El desja ont mis le siège devant
« la ville de Ilartleu. » Titres scelles de Clairainbault, vol. .\.\I1I, fol. 1669, pièce lî3. — Le roman du Joiivencel ne fait aucune allusion aux pertes subies par la famille de Jean V à Azincourl ; mais il nous donne ('2' partie, ch. xvn) l'opinion de l'auleur sur les causes de ce désastre.
l. V. ]'. Jtist. eu 141 G. Jean est qualilié ici de seigneur de Bucil, de Chàteau-Fromont, des péages de Tours et des dîmes de Vouvray-sur- Loirc (et non sur Loir), Indre-et-Loire, à l'Est et tout près de Tours.
•2. Rillé, canl. de Cbàteau-la-Valiière. — La Roche-Clermault, chàlellenie dépendant de la baronnie épiscopale de Cbinon, dans ce dernier canton.
3. D'après le Martyrologe de Saint-Julien (Bibl. mun. de Tours, ujs. 1279, fol. 66 r"), l'anniversaire de la mort de Jean IV se célébrait le 8 des Noues de novembre (sic). Il faut lire ici le 8 des Kalendes (25 oct.), date de la bataille d'Azincourt. En elfel, Monstrelel {Publications de lu Société de Cllistoire de France, éd. Douël d'.Vrcq, 1SÔ7-G2, 6 vol., t. III, p. 115) nomme, i)armi les morts, « le seigneur de Bueil, » mais sans mentionner aucun des autres membres de la famille. — La mode et la littérature s'emparèrent de ce désastre. Alain Cbarlier {(Euvres, éd. Ductesne, 1617, iii-'i", j). 645, Le Livre des quatre Daines) l'ait disc^)urir des liâmes <|ui ont perdu leurs amanls à la bataille. L'un de ces derniers a disparu, comme Jean IX, sans laisser de (races.
4. Onlrc ce dernier, la famille comptait un autre màlc adulte, du nom de Pierre de Bueil, simple écuyer dans une compagnie d'hommes d'armes. Mais le nom de ce Pierre, |>arent probablement éloigné el personnage de peu d'imporlaïue, ne se retrouve plus dès lors. — Bibl. ual., T. scellés de Clairambault, voL 8i, fol. 6630 el s. Montre d'Amador Perilrix. Beaugency, ocl(»bre 1 'r20.
1416] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. vij
d'Hardouin, qui étaient considérables, passèrent à sa mort à ses neveux et nièces. Parmi ces biens, se trouvait la terre et seigneurie de Chasteaux, en Anjou \ comprenant le château voisin de Vaujours. Ce dernier devait devenir la résidence habituelle de Jean V et appartenir à ses descendants, jusqu'au moment où Louis XIV l'acheta pour l'ériger en duché, en faveur de Louise de la Vallière^. En eifet, la localité de Bueil ne servait pas de demeure à la famille de ce nom, mais avait, dès la fin du xiv« siècle, été abandonnée pour le séjour d'autres seigneuries voisines. La cause principale de cet abandon doit être cherchée dans la fondation faite à cette époque, par Jean IV et ses frères, de l'église collégiale de Bueil 3. Dès lors, les sires de Bueil tendirent de plus en plus à se dépouiller entièrement du domaine utile de cette seigneurie, sous réserve de l'hommage des chanoines qu'ils enrichissaient.
Les acquisitions d'Hardouin de Bueil et les pieuses fondations de ses frères paraissent être la marque d'une grande prospérité. Nous savons cependant, par le roman du Jouvencel, ainsi que par le Commentaire de Tringant, que l'enfance de Jean de Bueil fut loin d'être heureuse, et qu'elle ne fut pas exempte des
l. Achetée par Hardouin, le 15 août 1398, à son oncle Pierre Trousseau.
— Collect. de Touraine, VIII, 3773 et bis (copies de Dom Housseau). — Chasteaux, aujourd'hui Château-la- Vallière (Indre-et-Loire, arr. de Tours, à 38 kil. N.-O. de cette ville, ch.-l. de canton), barounie faisant partie de l'Anjou et relevant de Baugé. L'ancien château, situéà Chàteau-la-Vallière, a disparu. Mais les ruines de Vaujours, qui datent du xiv* siècle, subsistent encore. A la mort d'Hardouin (1439), Vaujours passa directement à Jean de Bueil avec la seigneurie de Lublé (cant. de Château-la-Vallière).
— Mandement du roi René, Angers, 26 juin 1468; Bibl. nat., Coll. de Touraine, IX, 4024, et Bibl. de Tours, ms. 1436, n" 104.
2. Le duché comprenait plusieurs autres terres et seigneuries provenant de la famille de Bueil.
3. V., dans la Notice sur la Collégiale de Bueil, par l'abbé Bourrasse (Mém. de la Société arck. de Touraine, t. Vil), les fondations de 1394 et 1477 (pièces ii et xvii). Cependant le chef de la famille prend toujours, avant toute autre qualilicalion, celle de sire de Bueil. Les autres membres se servent simplement de ce nom de lieu comme de nom patronymique. La Collégiale, monument remarquable qui existe encore et a été restauré, renfermait la plupart des tombeaux de la famille, entre autres celui de Jean V. — V. plus bas, chap. xvii.
viij INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1416
affreuses misères provoquées par la guerre contre les Anglais et la folie de Charles VI ^ .
Seigneurs et vassaux vivaient alors dans une commune détresse : « attendant que les jeunes fussent saiges et puissans a de servir^. » Plus que toute autre, la noblesse des confins de la Touraine, du Maine et de l'Anjou eut à souffrir de la guerre de Cent-Ans. La ligne du Loir, qui joua un grand rôle après Verneuil, fut prise et reprise, et les biens de la famille de Bueil situés dans ces contrées subirent le sort des régions environnantes.
Cet état de choses nous est décrit dans les premiers chapitres du Jouvencel. Nous y voyons dépeindre les aventures d'un jeune enfant noble réduit à la plus profonde misère et obligé de se créer une position. La couleur, qui a servi à peindre ce sombre tableau des horreurs de la guerre, et les détails, évidemment historiques, nous montrent, à n'en pas douter, que ce sont la les impressions d'un témoin oculaire.
Guillaume Tringant, l'un des serviteurs de Bueil, dans un appendice au Jouvencel, o\x il s'est attaché à commenter cet ouvrage et à restituer aux personnages et aux scènes du roman leurs noms et leurs significations historiques^, nous apprend, d'ailleurs, que ce roman n'est pas une pure fiction. Les impressions et les faits de l'enfance de Bueil se trouvent retracés au
1. Voir plus bas, eh. ii, coramenceinenl du ch. iv, etc., et Rodrigue de Villandrando, par J. Quicherat. Paris, 1879. — Une source des plus intéressantes [tour ces misères se trouve aux Arch. municip. de Tours, dans les Registres des comptes et dans les Registres des Délibérations de la ville. M. Delaville Le Roulx, l'auteur des Registres des Comptes tnunicipaiix de la ville de Tours (1878-83, Mtm. de la Société archéol. de Touraine, 2 vol.), a fait, jusqu'en 1461, un dépouillement complet de ces registres, qu'il a bien voulu nous permettre de consulter. Un autre crudit touranj^eau, M. le D' Giraudet, nous a également autorisé à faire usage des notes (ju'il rassemble, depuis bien des années, sur les Registres des Délit)érn fions (à partir de l'ilS). Ces notes ont été collationnées par nous sur les ori^^iiiaux.
2. « Dont le Jouvencel (c.-à-d. Jean de Bueil) fut ung. » Le Jouvencel est le héros du roman de ce nom. — Tringant, Vil.
3. V. ce Commentaire, t. il, à la suite du telle du Jouvencel.
14241 INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. ix
début de ce livre, et le nom du Jouvencel n'est, dans bien des pages, qu'un pseudonyme transparent, sous lequel se cache le nom de l'auteur racontant ses propres tribulations ^ .
Un document déjà cité^ nous est un indice de l'état de gêne dans lequel devait se trouver alors la mère de Jean V. Au lendemain d'Azincourt, et ignorant encore quel avait été le sort de son mari, Marguerite Dauphine voulut pourvoir à la liquidation des biens de ses enfants mineurs et les décharger des redevances dont ils étaient grevés^. La précipitation avec laquelle elle procéda, dans une situation évidemment embarrassée, nous est une preuve que Jean IV laissait ses affaires en mauvais état.