‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 120 sur 316 · En Angleterre, on dit maintenant Abergavenny · texte numérisé non relu

En Angleterre, on dit maintenant Abergavenny

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pour les services rendus pendant la campagne. Le 27 novembre 4 450 \ un arrangement intervenait à ce propos entre les deux propriétaires, arrangement par lequel Dunois abandonnait, pour le règlement d'une dette, un quart de la valeur des otages, à Jacques Cœur, qui restait ainsi propriétaire des trois quarts de la rançon.

Après la condamnation de Cœur, Dunois fut désintéressé, le Roi lui faisant abandon, en échange du quart de la rançon de Bergavenny, d'une vieille dette et de la personne d'Ormond en toute propriété. En même temps la personne beaucoup plus importante de Bergavenny était vendue aux enchères (4 sept, i 456), comme tous les autres biens de Jacques Cœur'. « Et ce jour c mesme, dit Jean Dauvet, après que je me suis enquis, par plucr sieurfîoisz, à plusieurs seigneurs, chiefz de guerre et autres, « s'ilz vouloient achecter et mectre à pris ledit seigneur de Berc quigny, et que je n'ay trouvé personne qui Tait mis ou voulu « mectre à pris, que monseigneur de Bueil, qu'il Ta mis à la c somme de vingt quatre mille escuz, et qu'il y puet avoir dana gier de mort et d'autres inconvéniens et fortunes à garder lon- « guement ledit prisonnier, j'ay vendu et délivré ledit prison-

1. G.-à-d. a?aiitrarrestation de CkBur. — Ms. fr. 2497, nouv. acq., fol. 31 t*. « Appointement fait à Tours... , toachant le sire de Berquigny, maistre f Rees et autres prisonniers angloys. » — V. aussi Arch. nat., KK. 328, fol. 383 T* et s. — Clément, l. c, II, 179 et s.

2. Arch. nat., KK. 328; Vente des biens de Cœur, fol. 383 y* à 384 r*. — Cette Tente fut entreprise par Jean Dauvet, nommé commissaire do Roi, par lettres datées de Lczignan, l*' juin 1453 (fol. 10). Le manuscrit se termine à la date du 5 juillet 1457. — Le lundi 4 septembre 1456, aa Chastellar, devers le Roi, il est fait appointement, touchant le seigneur de Berquigny et maître Ormond, tous deux prisonniers anglais, du consentement de Dunois. Comme le quart de Berquigny, abandonné par Dunois, valait beaucoup plus que les trois quarts d^Ormond, abandonnés par les liquidateurs des biens de Cœur, on procéda an relevé du compte de Dunois, qui devait 3,000 écus à Cœur, Undis que ce dernier ne lui devait que 755 livres (ou écus). Il est appointé que Dunois sera tenu quitte du surplus, à titre de compensation de la perle faite par lui sur Berquigny. Ce dernier était alors confie à la garde de Jean de Jambes (ou Chambes), seigneur de Montsoreau, tandis que Ormond était dans les mains de Dunois. — Dunois achetait, le 1*' sept. 1453, à Jean Dauvet, des pierreries de Cœur. Pour Dunois, v. aussi ms. cité, fol. 88 à 90 v*.

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c nier audit monseigneur de Bueil, de Tordonnance du Roy, à c qui j'en ay parlé, pour ledit pris et somme de vingt quatre c mille escuz^ »

Gomment un prisonnier aussi difficile à garder' pouvait-il trouver acquéreur à si haut prix? La chose s'explique d'ellemême lorsqu'on sait que monseigneur de Berquigny ou Bergavenny* s'appelait Georges Nevil et était, du côté paternel, cousin germain de Richard Nevil, comte de Warwick, le Faiseur de Rois*.

1. Il est probable que cet argent représentait non ftenlement le montant de la somme à laquelle la personne de BergaTenny servait primiU- Tement de garantie, mais encore le coût de l'entretien de ce prisonnier, depuis Tannée 1449, coût qui , d'après l'usage et la convention faite à Rooen, venait s'ajouter à la rançon et avait dû la grossir rapidement. — V. Stevenson, Wars of the English in Franc», l. c, II, 6t2, à l'art. 3 de la capitulation, et, un peu plus bas, la lettre de Bueil à Louis XL — Les prisonniers étaient ainsi un élément important de la fortune. D'après la Ohron. Martin. (/. c, fol. 296), Jacques de Ghabannes en avait, à sa mort (1453), pour 60,000 livres.

2. Ormond passait beaucoup mieux son temps, à ce qu'il semble. En effet, quoique prisonnier, il faisait, par mer, le commerce des vins avec l'Angleterre. — Vailet de Vir., III, 372, note. — Plus bas, ch. xn, en note, à la capitulation de Bordeaux, et ch. xyi, aux traites de la Rochelle.

3. On de Beigegin^ ou Bergenay, ou encore Bequegny. — Blondel, éd. Stevenson, p. 141 et 308.

4. Richard, comte de Warwick, mort sans héritier mâle, s'appelait Nevil. Fils afné de Richard, comte de Salisbury, il était petit-flls de Ralph, comte de Westmoreland, et succéda, avec sa femme Anne, au titre de son beau-père, Richard Beauchamp, comte de Warwick. — Georges Nevil était (ils d'Edouard Nevil, lord Bcrgavenny (de nos jours Àbergavenny)f quatrième fils lui-même du comte Ralph (et, par suite, oncle du fameux Richard). Edouard avait épousé Elisabeth, seule héritière de Richard Beau(haini>, lord Bergavenny, fait comte de Worcester en 1420. Il était donc aussi parent par sa femme du Faiseur de rois. Il ne faut pas confondre ici Richard Beauchamp, lord Bergavenny, avec son cousin germain Richard Beauchamp, comte de Warwick, qui, à la mort de son cousin et homonyme, épousa (par dispense spéciale) la veuve et héritière de celni-ci, Isabelle. — Le fils aîné d'Edouard Nevil (Richard) étant mort de bonne heure, son deuxième fils, Georges, dont nous parlons ici, lui succéda, le 18 octobre 1477. C'est à tort que Dugdaleajonteque Georges avait alors vingt-six ans, ce qui est impossible, puisqu'il était prisonnier des Français dès la On de 1449. Il aurait testé le 1*' juillet 1491 et serait mort peu après. — V. Dugdale, English Baronage (deux vol. in-fol. de 1675), I, 226, 242, 309, etc. — Robert Blondel, éd. Stevenson (/. c.), p. 141, et (même vol.) les passages de Berry, relatifs à la Normandie. — Letters and papers iUusirative of tKe war of the EngUsh in France, par St«-

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En payant si cher Bergavenny, Bueil, bien loin de fidre une bonne aflhire, aux dépens de Cœur ou de ses héritiers, tenftiût, au contraire, comme on va le voir, une spéculation des |dus chanceuses. On a beaucoup dit, en effet, que les débiteurs de Pargentier avaient acquis ses biens à des prix dérisoires ^ . La chose est surtout exacte en ce qui concerne les biens-fonds. Ainsi, il est hors de doute que plusieurs des principaux débiteurs de Cœur, qui étaient aussi ses principaux ennemis >, s'étant par^ tés acquéreurs des terres de leur créancier, furent avantagés par le Roi, comme des complices qui l'avaient soutenu ou poussé dans cette épineuse affaire. On trouve aussi, dans la liquidation des biens, faite par Dauvet, des traces de cadeaux, choisis par le Roi, parmi les meubles de Cœur, et offerts à diverses personnes', ainsi que des exemples de créances remises aux débiteurs, en tout ou en partie^. Mais l'inscription même de ces mentions, dans le registre de Dauvet, prouve qu'en pareil oas, les choses se passaient au grand jour, et l'on peut, pour ainsi dire, compter tous ceux qui ont été l'objet de ces faveurs coni-

Tenson (/. c), toI. II, p. 611, 612, 628, 767; III, à l'Index. — Gênerai and Heraldic Dictionary of ihe Peerage and Baronetage of ihe BrUêÊk Empire, par John Barke, 4* édit., 2 vol. Londreft, 1834, à Abergavenng et passim.

1. Raynal, Hist. du Berry, III, 88. — Clément, U, 190 et 251 et P. Juêii/lcaUves, 20.

2. En particulier, Dammartin, qui fut, pour ce fait, poursuivi tout Louis XI (v. un peu plus bas). Pour Dammartin, voir, entre autres, Vmiie des biens, l. c, fol. 372 et 418 r*, ainsi que Clément, passim.

3. Vente des biens, fol. 313 r. Cadeau de meubles et ustensiles Mi à Jean d'AuIon, pour une somme de 105 liyres t. — Fol. 492 r*. LeRc^&il donner à mademoiselle de Villequier trois lits de la maison de Cosor, à Bourges, dont un très grand, le meilleur de tous (31 janv. 1457). ~ Pour Villequier, yoir un peu plus bas, même chapitre.

4. Vente des biens (/. c), fol. 503 r*. Lettres du Roi datées de Saint- Priest, 23 déc. 1456, faisant remise à Pierre de Brézé d'une somme da 2,580 liyres t., due par lui à Cœur. — Fol. 132 y et 189. J. de Daillon» seigneur de Fontaines, rachète pour 4,200 1. une rente de 400 1. assise snr ses terres. — Y. aussi, fol. 390, 434 y* et s. et 470 r*, le rôle des débiteurs de Cœur et, dans Clément (/. c, II, P. Just,, 18), la liste desdéÛ* teurs dispensés par le Roi de payer leurs dettes (1457). A quelques exceptions près, ces débiteurs sont des personnages peu importants oa de la domesUcité du Roi.

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promettantes, n faudrait donc se garder d'exagérer ces ftdts qui ne sont, à tout prendre, que des exceptions.

En efiht, lorsque Ton examine le registre où Jean Dauv^ a ccxisciendeusement noté, jour par jour, les détails de ses pérégri* nations dans toute la France et de ses longs et minutieux travaux, Ton acquiert la certitude que Ton assiste à une liquidation, bien réelle et non fictive, des affaires du malheureux négociant ^ Il &ut songer, en outre, que tous ces larcins supposés, faits, sous des formes diverses, à Favoir de Cœur, étant devenus, de par la conûscation des biens, des prélèvements sur la part du Roi, ne pouvaient évidemment dépasser une certaine mesure. En tous cas, Ton ne saurait, sans preuves positives, accuser la majorité des débiteurs, ou même des acheteurs, d'avoir participé à ces largesses et commis sciemment un acte malhonnête.

Quant à Bueil, à défaut d^une preuve irréfutable, les événements postérieurs nous fournissent des indices très probants qu'il paya bien réellement les vingt-quatre mille écus d^or dus pour la rançon de Bergavenny. Quelques années plus tard, une lettre de Jean Y, fort curieuse^ adressée à Louis XI peu après son avènement^, nous montre son auteur toujours en possession de ce même prisonnier. Sur la demande du Roi, il joint à sa lettre les preuves de son droit de propriété sur Bergavenny^, ainsi qu'un mémoire des (hds considérables à lui causés par cet bote incommode^. Le Roi avait sans doute voulu s'assurer,

1. Compte de la vente des biens de J. Cœur, l. c, passim. V., par ex., fol. 195, l'histoire des ustensiles appartenant à Cœur et réclamés par Dauyet à Jacques de Gbabannes. — Fol. 462 r*. Gaspard Bureau ajourné comme débiteur. — Y. aussi la note précédente.

2. La lettre, datée de Vaujours (26 a?rit)y doit être attribuée à l'année 1462. V. plus bas et aux P. Jtut,, à la date ci-dessus.

3. « L'apointement de monseigneur de Berquigny, » c.-à-d. l'arrangement intervenu entre Bueil et les liquidateurs des affaires de Ckeur. — V. plus haut, p. clxxij.

4. L'euToi est fait par l'entremise de Jacques Tîercelin, sans doute un des fils de Macé Tiercelin (▼. plus haut, p. clv, note 3 ). c Sire, I dit Bueil, je tous supply, si Yostre plaisir est de prendre ledit seigneur f de Berquigny, qu'il vous plaise me asseurez bien de mon fait. Car c autrement je seroye destruit, yu ce qu^il m'a coûté, i 11 s'agit ici des frais de garde et d'entretien qui couraient depuis douze ans.

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par la vue de ces pièces, de la légitimité des prétentions de Bueil sur la personne de Totage anglais. En effet, Louis XI, qui, comme on le sait, fut toujours favorable à Jacques Cîœur, avait^ dès son avènement, entrepris la réhabilitation de ce dernier et la restitution de ses biens à ses héritiers ^ Il fout croire que Fexamen auquel se livra le Roi ne fut pas défovorable : car Jean V, alors assez mal en cour, demeura néanmoins possesseur de Bergavenny^. En effet, ce ne fût qu'en juin 4467, après une captivité de plus de dix-sept ans, que ce malheureux cousin de Warwick revit l'Angleterre, juste au moment où l'étoile du Faiseur de Rois commençait à pâlir. A cette date, après avoir payé un acompte dont nous ignorpns Pimportance, Bergavenny fut mis en liberté par Jean Y, Warwick et le reste de la famille s'engageant à payer, dans des délais ûxés, le solde de vingt et un mille écus d^or. Warwick, qui passait d'ailleurs pour un maître fourbe, vit peu après sa fortune décliner, et Jean de Bueil en fut pour ses frais de spéculation : car cette somme n'était pas encore remboursée au commencement de Tannée 4478'.

Vallet de Viri ville^, rapprochant les condamnations de Saincoins et de Cœur de la mort d'Agnès Sorel et de la retraite de Brézé et du connétable ', fait ressortir la fâcheuse influence de ces derniers événements sur le caractère et le gouvernement de Charles YII. Ses conseillers, ajoute-t-il, sont de nouveaux favoris, des gêna de second ordre. « André de Villoquier ^, Louis de Bobaing,

1. Soit à ses enfants et à de Yarye. Il s'agissait surtout des biens aeqais par Dammartin, confisqués et adjugés à Geoffroy Cœur, f>ar arrêt do Par> lemenl du 20 août 1463. L'action intentée, par voie d'appel, en Parlement, par les enfants de J. Cœur, afin d'établir la nullité du procès de leur père, fut plaidée à huis clos, le 20 mai 1462; mais elle n'aboutit jamais et il ne fut pris aucune décision à cet égard. — Clément, II, P. Just., 22, p. 414 et 418. — La Thaumassière, 1. I, ch. lxxxii.

2. V. plus bas, ch. xiy et xy, les effets de l'inimilié du Roi.

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