‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 147 sur 316 · CHAPITRE XID · texte numérisé non relu

CHAPITRE XID

Sommaire. — Affaires de Bretagne (1455). — Don fait à Bueil, par le duc Pierre, des seigneuries de Gourcelles et Ghouzé (juillet 1455). — Seigneuries de Sénecé et de la Voulte (1456). — Mort de Jeanne de Montejean (1456). — Deuxième mariage de Bueil, avec Martine Turpin de Crissé (1457). — Leurs enfants, Louis et Edmond (1458-1495). — Affaires de Dauphiné. Mauvais rapports du Roi avec son fils. — Fuite du Dauphin. — Le Roi s'empare du Dauphiné. Mission de Bueil et de Lohéac (1456- 1457). — Fin du règne de Charles VII (1457-1461). — Caractère passager de la haine du nouveau Roi contre les conseillers de son père.

Dans Tété de i 455, Bueil était, à deux reprises, envoyé auprès du duc de Bretagne, qui traitait alors, avec le Roi et son conseil, un grand nombre d'affaires importantes. Il s'agissait, en premier lieu, de la succession au trône ducal, réglée peu après par le mariage de François, comte d'Étampes, héritier présomptif et cousin germain du duc Pierre, avec sa cousine Marguerite de Bretagne, fille du feu duc François \

Au moment de la guerre de Normandie, les vicomtes de Goutances et de Garentan ^ avaient été reconquises par ce dernier, qui les avait pourvues de deux candidats de son choix. Depuis lors,

1. Le feu duc François (mort le 17 ou le 19 juillet 1450) n'aTiit laissé que des filles de sa femme Isabelle Stnart. Le frère de cette dernière, Jacques 11, roi d'Ecosse, contestait les droits du nouveau duc, Pierre, frère de François. — Annuaire- Bulletin de la Soe. de fHUt. de France, année 1882, p. 300, Fragment d'un registre du conteil de Ckarles Vil (1455), publié par Noël Valois. Séance des 20 et 25 avril, à Bourges; Bueil présent. — Vallet de Vir., III, 378. — On trouvera, dans VHist. de Bretagne, de dom Lobineau (II, 1646 et s.), la' lettre du Roi, datée de Bois-Sire-Aimé, 29 mai (1455), accréditant Bueil auprès du duc. Le Roi priait ce dernier de surseoir à tout projet de mariage entre le prince de Navarre et Isabelle d'Ecosse, veuve du duc François et nièce de Charles. A ce moment, les ambassadeurs d^cosse étaient auprès du Roi et demandaient qu'on s'abstint de toute pression sur Isabelle.

2. y., /. c, Ànn.'BuUet. de 1883 (mars-juin 1455), p. 219 et s., la «éance du 3 juin, à Bourges. Bueil est aussi présent le 23 mai (p. 215).

CGXTj INTRODUCnON BIOGRAPHIQUE. [1455

le Roi avait installé, de son côté, deux autres titulaires. Le procès était pendant au Parlement ^ mais Bueil et la plupart des conseillers faisaient ressortir que, vu les pouvoirs étendus conférés, lors de la guerre de Normandie, au feu duc, et les services rendus par lui, il paraissait plus convenable de faire juger la cause en conseil % diaprés Téquité, et de ne pas remettre aux hasards d^un procès la solution d'une cause intéressant de si grands personnages^.

£nûn, comme anciens souverains indépendants, les ducs de Bretagne prétendaient au droit de régale dans les évéchés bretons, droit qu'à titre de suzerain Charles YII refusait de leur reconnaître^. Après plusieurs demandes infructueuses fidtes auprès du conseil, le duc se décida (fin juillet) à aller lui-même chercher le Roi à Bourges, pour plaider sa propre cause ^.

Bueil, qui se trouvait comme ambassadeur en Bretagne dès le mois de juin ou de juillet', reçut le prince dans son manoir de

1. Cependant les édits interdisaient au conseil da Roi la connaiBsanoe de toute cause juridique. — Reg. du Conseil, l. c.

2. c ... Ce poToir dessus dit qui touche si grans princes et si grut

• chose ne doit estre mis à Tinterpretacion de la court ne d'autre, fort

• du Roi. • — Jbid,, p. 221.

3. Cette question de souveraineté se représentait aussi à chaque avènement, à propos de la forme de l'hommage dû au Roi pour le duché.

— V. Gruel, Mém. de Richemont, p. 411. — En cas de vacance de l'évé» ché, le duc prenait en main le temporel des églises, comme un fief gtoint, et le faisait administrer par des officiers de régale. 11 prétendait voêêI mettre les évéques en possession de lieurs bénéfices et exiger d'eux un serment de fidélité. Or, l'évéque de Nantes avait été cité devant le parlement de Paris et déclaré sujet du Roi, au regard de la temporaUté. Le 24 avril, le duc, qui contestait la com|>étence du parlement, demandaity en vain, que cet arrêt fût interprété par le conseil. Une ambassade n'eut pas plus de succès, non plus qu'une demande de sursis. — D. Tailliudier, Hist. de Bretagne, II, 54 et s., et Fragment d'un reg. du comeU, l. c. Séances des 24 et 30 avril, à Bourges, du 8 mai, à Mehun, et du 3 juin, pages 303, 306, 293, etc.

4. Ce voyage était déjà décidé en principe le 24 avril. — V., ibiéL, p. 303.

5. D. Taillandier, l. c. — En effet, Rucil, qui est présent au conseil (à Bourges ou environ) du 20 au 30 avril, du 2 au 23 mai et le 3 juin, ne figure plus sur la liste des présents pendant le reste de ce dernier mois.

— L. c, Ann.'Bullet. de 1882 et 1883, et Legrand, ms. fr. 6967, p. 55, copie. — Nous venons de voir, en effet, que la mission de Jean V datait du 29 mai.

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Vaujours^ à son passage dans celle localité. Durant ce séjour, le duc Pierre fit don à son hôte des seigneuries voisines de Gouroelles et de Gbouzé * , acquises quelques jours auparavant de son propre neveu, Jean de Malestroit, seigneur de Derval et de Château- Giron ^. Bueil soutenait que c'était indûment et contre sa volonté que la reine Yolande lui avait jadis acheté la seigneurie de Ghâ» teau-Fromont, pour la donner à sa fille et au feu duc François'. 11 assurait avoir fait plusieurs réclamations infructueuses, soit auprès de ce dernier, soit auprès de son père le duc Jean, pour rentrer en possession de son bien. Dans le présent, il ne pouvait songer à recouvrer Ghâteau-Fromont, cette seigneurie ayant été donnée par le duc Pierre au comte d'Ëtampes^. C'est pour compenser ce préjudice que, par lettres patentes, en date de Vaujours (25 juillet '1455), le duc cédait à Bueil les deux sei-

1. ChoQzé-le-Sec , dans la commune de Coorcelles (caot. de ChAleaula-VaUière), a été longtemps une dépendance de ce dernier fief, qui« sitaé en Anjou et relevant de la baronnie de Cbasteaux, appartint sou- Tent aux seigneurs de celte localité. A partir de Jean Y de Bueil, il demeura constamment en leur possession (Busserolle). L'achat de Gourcelles par le duc datait du 16 juillet 1455. — Y., Collection d'Acbon (au Mans), l'État des titres que le seigneur de Chantilly rapporte contre le seigneur du Vivier des Landes (fief voisin), pour prouver que le domaine utUe de la cbâtellenie de Courcelles n'appartient au suzerain (le baron de Cbasteanx) que depuis la donation du duc Pierre.

2. Et seigneur de Oombourg. Fils de Geoffroy de Malestroit, il était neveu du duc par sa femme, Hélène de Laval, fille de Guy, comte de Laval, et d'Isabelle de Bretagne, sœur du duc Pierre. ~ Le P. Anselme, Yll, 74, et I, 456. — Charlier, 1, cb. 87, et II, cb. 218 et passim. — Ces deux seigneuries valant 150 livres de rente, le duc avait promis en échange, à son neveu, une renie équivalente ou un capital de 3,000 réaux. Le 5 septembre 1457, le duc constatait dans son testament que Malestroit n'avait encore rien reçu et lui léguait, en attendant mieux, la jouissance de pareille rente sur la seigneurie de Hedé. — Dom Lobinean^ Hist. de Bretagne. II, 1179.

3. Y. plus haut, p. cliv et ss. — François était alors comte de Montfort. La terre valait 500 livres de rente, et la seigneurie avait été payée à Bueil 14,000 réaux.

4. Sire de Cbezon. Il était fils de Richard de Bretagne, comte d'Étampes f frère lui-même du duc Jean YI), et devint duc de Bretagne (1458) sous le nom de François II. Son père et lui disputèrent longtemps le comté d'Étampes (qui leur avait été donné par Charles Yll en 1421 et 1442) au doc de Bourgogne, puis à son cousin le comte Jean de Nevers. — Art de tériftt.

ccxYiq INTRODUCnON BIOGRAPHIQUE. [i4S5

gneuries voisines contre renonciation formelle à toute préten- Uon sur Ghàteau-Fromont^

Nous ignorons si ce cadeau était une marque de muni&eenee princière, à l'adresse du conseiller et de l'ambassadeur du Roi, ou simplement un acte de justice envers Thôte du duc Pierre. Ce qui est certain, c'est que les documents antérieurs par nous analysés, à propos de Ghâteau-Fromont et de Mirebeau, ne font mention ni du soi-disant préjudice causé, par Yolande, aux intérêts de Bueil et reconnu par les lettres du duc Pierre, ni des réserves que Jean V était censé avoir faites, jadis, km de la vente de Ghâteau-Fromont^. Le 3 août, le prince, poursuivant son voyage, était à Vierzon^. Arrivé à Bois-Sire-Âimé, le duc, déjà sûr de Bueil, obtint de Charles (grâce à de nouvelles libéralités envers son entourage ^) qu'il serait sursis à l'arrêt du Parlement, contre lequel la Bretagne réclamait '.

En novembre, Tamiral de Bueil, qui avait regagné la Bretagne, assistait à Touverture des États à Vannes. Quelques jours après, il était présent au mariage du comte d'Étampes, dont il portait le cierge pendant la cérémonie®.

1. V., p. Just. aax 25 juillet et 3 août 1455, ces lettres mentioBBéat par Habille {Catal. de Dam Houueau) et VilleTieiUe (toI. XXI, fol. 91 et ss.). — En 1457, Baeil faisait avea au roi de Sicile, pour la tel^Muie de Courcelles, naguères son fief, comme seigneur de Ghasteaax. el maintenant son domaine. — Coll. d'Achon, L c.

2. V. plus haut, p. cliT et ss., et P. Just, au 26 août 1431, la teste de Ghâteau-Fromont et la quittance donnée pour le rachat de miebean.

3. Le duc, qui passa à Tours (Vallet de Vir., 11!« 379), était le 29 Jvillel à Langeais. A cette date, les élus de Tours, voulant envoyer à Boorget des lettres pour le bailli de Tonraine et M. de Montsoreau, décident c qve l'on ira vers M. de Bueil, à Langés, lequel s'en va devers le Roi, » pour lo prier de s'en charger. — Reg. des Délibérations de la ville de Tomn, tome X, au 29 juillet. — Au conseil tenu à Vierzon, assistent entre «ntrei le connétable et le comte d'Étampes (v. P. Just. y au 25 juillet 1455). De là, le duc se rendit à Bourges, puis à Mebun.

4. Marguerite de Villequier et les conseillers du Roi y eurent part. Le duc quitta le Roi le 8 septembre. — Vallet de Vir., 111, 380.

5. La question demeura longtemps pendante. Une enquête, ftdte par le duc, fut loin de clore le débat

6. Les états, convoqués pour l'exécution du testament du dnc François et pour le mariage du comte d'Étampes avec la princesse Kargnerite, furent ouverts le 13 nov. 1455. Bueil était placé entre les biroiisdeDer*

1456] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. CGzix

Nous venons de rappeler les démêlés de Bueil avec le roi René, à propos de Mirebeau. Ces deux personnages avaient alors une autre contestation, dont l'origine remontait aussi au temps de réchange de Ghâteau-Fromont. Jean V avait fait acquisition des seigneuries de Cbenesche et de la Voulte^ en Anjou. Le roi René, duc d'Anjou, les fit saisir, parce que Bueil refusait de lui payer les droits de mutation. Le 'lO janvier U56, ce dernier réclamait auprès du conseil du prince, prétendant qu'à teneur des conventions intervenues jadis pour Mirebeau, il devait être exempté de ces droits ^. Deux mois après, le litige était terminé : car Bueil engageait la seigneurie de Cbenesche à Amaury d'Estissac^, en paiement des dettes contractées par son beau-frère,

Tal et d'Ancenis, un pea au-dessous et à côté du comte d'Étampes. Le mariage eut lieu le 16 noTembre. — Art de vérifier, à Bretagne, — D. Taillandier, II, 54 et s. — D'Argentré, Hist, de Bretagne, p. S40. — Deux ans après, le comte d'Étampes était parrain d'un enfant de Jean de Bneil. V. plus bas, p. ccxxij. — Nous apprenons, par une note datée du 14 noT. 1455 (ms. fr. 20499, fol. 18), concernant des pièces d'archivesdu temps de Charles VII et intitulée : « Choses envoyées par Bourré an général (Bourcier?), par le commandement de mondit seigneur (le Dauphin), > que, vers le même temps, Bueil et Villequier s'employaient activement à négocier avec l'Espagne. Ces négociations doivent être celles qui eurent lieu de 1454 à 1457, entre autres pour le renouvellement de Talliance avec la Castille (traité du 10 juillet 1455, à Cordoue). — Charticr, ch. 271. — Berry, p. 474. — Abrégé d'Hist. chronoL, 353 et s. — Vaesen,.Cato^. du fonds Bourré, Bibl. de l'École des chartes, 1883, l'* livr., p. 30, n* 27. — Y. aussi, plus haut, p. ccix, note, l'affaire du vaisseau d'Ormond.

1. Nous ignorons à quelle date. — V. P. Just. aux 10 janv. et 18 mars 1456. — Ces deux seigneuries devaient être dans le ressort de Saumnr. Nous n'avons pu identifier la Voulte. Quant à Cbenesche ou Senesché, nous retrouvons ce nom dans celui du hameau de Sénecé, comm. de Mazé, cant. de Beaufort, arr. de Baugé (Maine-et-Loire), qui relevait de la baronnie de Fontaines- Guér in. Cependant, d'après Port (art. Sénecé), Macé Bodiau, écuyer, en aurait été seigneur en 1455. Les terres de la Voulte et Sénecé avaient été précédemment vendues (avant 1440), par Gilles de Raiz, à J. de Monteclerc et Guill. Le Cesne. — Dom Lobinean, II, 1068.

2. Le conseil décide d'examiner les pièces invoquées par Jean de Bueil. Il n'est pas question, dans les pièces citées plus haut (p. ccxviij, note 2), des allégations de J. de B.

3. V. P. Just, Chinon, 18 mars 1456. La seigneurie fut dégagée l'année suivante. On trouve dans cet acte une mention de Nicole Riolay. — D'après une note, tirée des papiers de Quicherat, et communiquée par M. B. de Mandrot, Estissac, seigneur de Coulonges-les-Royanx (près Niort), aurait

ccu INTRODUCTION BIOGRAPlflQUK. [1456

Jean de Montejean *, envers d'Estissac et envers Pierre Barillet deSaincoins^.

On aurait tort de croire cependant que ces discussions d'intérêt portaient atteinte aux anciennes et cordiales relations de Bueii avec la famille d^Anjou. Jean Y était, il est vrai, depuis longtemps, sorti des limites étroites de sa province pour figurer sur un plus vaste théâtre ; mais il n'en continuait pas moins, comme ses ancêtres, à servir son suzerain, dont il était un des principaux conseillers'.

Sur ces entrefaites, Jeanne de Montejean, vivante encore au moment où Bueil vendait Chenesche à Estissac^, était morte avant la fin de Tannée^. Quelques mois à peine après cet événement, Bueii songeait déjà à se remarier, et, le 29 janvier 4457, il fisiisait établir son contrat de mariage* avec

acheté cette seigneurie de Jean de Bueil et de sa femme, en 1447 on 144S, pour 10,000 écus d'or neufs. — Comptes de B, Denffsot, reeevewr ée ^ chf}tellenie de fbnienay, 1449. — En 1469, cette seigneurie appartoiait à Guy de Malicorne (▼. plus bas, en 1469, l'entreTue de Bran).

1 . Son père était mort : car il est qualifié de sire de Montejean. Jeu de M., ainsi que nous TaTons dit, était un dissipateur qui se ruina. Sar mm somme de 8,500 écus, 500 seulement sont dus par Bueil iui-méne à Estissac.

2. Pierre était, sans doute, frère de Jean de Saincoins, seigneur de Gange. — V. plus haut, p. clxvij et ss. — Pierre, qualifié ici de doyea de Tours, fut conseiller au parlement de Toulouse, puis évéque de VlTion. C'est à tort que BusseroUe le nomme BarUlot.

3. Lecoy de la Marche : Le roi René, sa vie, son administration (2 Toi. Paris, 1875), ]>. 443 et 497. — J. de Bueil, sire de Chenesche et aminl, est cité parmi les chambellans du roi de Sicile. Toutefois, nous avons to plus haut (p. clxix, note 4} que, pour Bueil, le serrice du roi de Ffiace passait avant celui du roi René.

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