‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 154 sur 316 · Beaucourt, Charles VU, III · texte numérisé non relu

Beaucourt, Charles VU, III

2. Basio, I, 313. — 01. de la Marche, Mëm., Il, 55. — D'après Charlier (II, ch. 213), Agnès aurait été cinq ans au service de la Reine, soit de 1444 à ré|KMiue de sa mort. La première mention authentique du nom d'Agnès se trouve dans un compte de la reine de Sicile, au l*' semestre de t4i4 (Fragment publié par Vallet de Viriv. dans ses Recherches sur Agnès Sorel, Bibl. de l'Éc. des ch.. de 1849, XI, 304). M. de Beaucourt montre que les textes de du Clercq [Chronique^ 1. IV, ch. xxix) et d'iKneas S>Ivius {Commentaires, éd. de 1014, p. lt>3) n'ont aucune précision et, par suite, aucune valeur. En outre, la grande jeunesse attribuée à Agnès. au moment de sa mort (1450), s'oppose à ce que, sur la foi d*ane compilation du siècle dernier {lîist. de l'abbaife de Jumièges, par le prieur Marr>e, Mélanges de la Coll. des Documents inédits, I), on la fasse naître en lUX) ou 1415. Son plus jeune frère, André, naquit en effet en 1434. Aj(»utons qu'en 1444, Agnès est déjà dame de Beauté, ce qui résulte d'un don f«iit par elle à Sainte-Marie-Madeleine, à Loches. — > La Tbaumassière, ÊHst. du Berry, p. 94. ~ Vallet de Vir., Recherches sur Agnès, /. c. p. 30k. — Lalanne, /. c, p» 1112. — Beaucourt, /. c. et, particulièrement, Charles VU, III, p. 287.

ccixxTj INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1444

contraire, Tinfluence d^Âgnès n^a pu se montrer qu'une dizaine d^années plus tard.

Mais, si la tradition est en défaut sur cette importante question de date, il ne s'ensuit pas, nécessairement^ que cette tradition déjà ancienne^ soit tout à Êiit mensongère, ni que Tinfluence d'Agnès, quelque tardive qu'on la suppose, n'ait jamais existé. Il parait^ en effet, difficile de croire qu*Âgnès n^ait pas eu , dans les dernières années de sa vie, une action considérable sur l'esprit du Roi. Quelle était la nature de cette influence? C'est là qu'est toute la question, et c'est là aussi ce que Ton ne sait pas encore bien. Toutefois, il semble résulter d'un passage du Jouvencel^ cité plus haut et déjà relevé par Vallet de Viriville, que cette influence s'exerçait aussi sur les affaires politiques et que, dans ce domaine, du moins, elle n^était pas toujours Ameste^.

1. Elle remonte au xyi* siècle, par les textes de Brantôme {Œuvreif éd. Lalanne, Publ. de la Soc. de l'Hist. de France, IX, p. 393) et de da llaillan {Hist. de France, éd. de 1585, III, fol. 454 y*), et est, en quelque sorte, caractérisée par le fameux quatrain attribué à François I*', doot M. de Beaucourt {Hist., III, 2S0 à 282) réUblit le véritable texte comiiie suit :

Plus de louange son amour sy mérite.

Étant cause de France recouvrer, Que n'est tout ce qu'en cloistre peult ouvrer, Close nonnayn ou au désert ermyte.

2. V. plus haut, p. dix, et Jouvencel, 2* partie, tin du ch. xxin. — Si Chastellain traite sévèrement Agnès, il n'en est pas de même de CharUer et d'Olivier de la Marche. En tous cas, le fait même de son infloence, bonne ou mauvaise, sur le Roi, dans les dernières années de sa vie, ne nous parait pas pouvoir être mis en doute (Lalanne, /. c, p. 1020). Noos avons vu, en effet, plus haut, son intervention dans les affaires de 1446, où elle soutint le parti de Brézé (p. cxiii et cxliij ; v. aussi P. Jfui., à oct. 1446 passim), ainsi que le but politique de son voyage à Jamièges, durant lequel elle mourut (p. dix, note 4). Dans son Charles VU et Agnès Sorel (1866), M. de Beaucourt avait d'abord restreint cette influence politiquit À des intrigues de cour et à la lutte contre le Dauphin. C'est dans ce sens un peu rigoureux qu'il interprétait le passage d'^Eneas Sylvius {Comment., p. 163} : c In mensa, in cubiculo, in consilio, lateri ejat (régis) semper adhaesit. » Depuis lors, M. de Beaucourt (III* volume de Vllisi. de Chartes VIF, p. 291 et s.) a admis que linlluence de Pierre de Hrôzc était intimement liée à celle d'Agnès (V. la De/K de Benoist citée plus haut. — Procès de MarMte dans EscoucJiy, éd. Beaucourt, III, 268. — .Eneas Sylvius, Comment,, 161). Or, Itrézé ayant été le meilleur

i462J INTRODUCTION BIOGRÀPHIQUB. ecuxTij

Si la scène du Jouvencel n'est point une fiction romanesque, mais qu'elle renferme, comme nous le pensons, une allusion à Faction de la fovorite et à une anecdote connue des contemporains, elle constate, d'une façon très claire, la part prise par Agnès au recouvrement de la Normandie et ses efforts pour vaincre les hésitations du Roi.

Or, au moment où Bueil écrivait ces lignes \ Agnès était morte depuis longtemps. Son royal amant l'avait suivie dans la tombe, et Tennemi de la favorite, qui était aussi celui de Bueil, Louis XI, occupait le trône de France. On ne saurait donc accuser l'auteur du Jouvencel d'avoir voulu insérer dans son roman une flatterie à l'adresse des puissants du jour. Sans doute, il se faisait un malin plaisir de rappeler un souvenir désagréable au souverain qui l'avait persécuté et le tenait encore à l'écart, ou, peut-être, avait-il Tinlention de plaire à sa propre belle-fiUe, Jeanne de Valois, en faisant dans son livre l'éloge d'Agnès. Mais il faut croire aussi que le désir de Jean de Bueil était de rendre hommage, sur ce point, à la vérité historique, tout en la couvrant, suivant son habitude, d'un voile plus ou moins transparent.

Des quatre filles issues des relations du Roi avec Agnès, l'épouse d'Antoine de Bueil, Jeanne, née vers 4445, était la troisième. Disons, tout de suite, que la quatrième, née au commencement de 4450, à Jumièges, mourut en bas âge, quelques mois après sa mère^. Quant aux deux premières, Marie et Charlotte, malgré l'importance de ce point du dél)at. Ton ignore la date et l'ordre de leur naissance. Toutefois, Ton penche maintenant à croire que Marie était Tainée'.

minifttre de Charles VII et le plus grand homme politique du temps, cet accord ne saurait être, jusqu'à preuve du contraire, refi^ardé comme fâcheux pour la mémoire d'Agnès. Le récit du Jouoeneel semble montrer enfin que Brézé n'était pas seul à s'applaudir de la façon dont la faTorite usait d'un ascendant, il est vrai, peu légitime.

1. A propos de la date de la com|H>8ition du Jouvencel, v. plus bas notre Introduction littéraire, qui suit.

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