Legrand, ms. fr. 6961, p. 598. — Barante
3. Cependant, le même auteur affirme que reotreprise n'était ptt sans danger pour la garnison d'Amiras qni, va U proximité des Bonrgnignont, risquait d'être coupée de la ville.
cclxxxy INTRODUGTION BIOGRAFHIQUB. (1171
royale ravager son ducbé. En outre, ses proinres troupes étaient dans la plus grande misère et ne lui inspiraient guère de eoD» fiance. Le Téméraire vint donc à composition et adressa an Boi une lettre conçue en termes des plus humbles. Ce dernier, qui avait déjà assez de la guerre, se montra satisfiiit de oetie démarche et les négociations conmiencèrent. Le 4 avril 4 474 , une suspension d'armes de trois mois était conclue, puis prolongée pour une durée d'un an ^
L'inertie montrée en cette occasion par Tannée firançaise doit» jusqu'à un certain point, être imputée au caractère du Roi el à son peu de confiance dans la force des armes. Remarquons, toutefois, que, dans Pautre camp, Torganisation défectueuse de l'armée bourguignonne réduisait aussi à Tinaction un prince d'ailleurs très belliqueux. Il y avait donc, à ces fiiits, une cause générale, qu'il faut chercher dans la transformation de l'art militaire signalée par Bueil, à Beauvais.
A ce point de vue, le discours du vieux capitaine sépare deux époques bien distinctes. La guerre que les compagnies de Charles Vil avaient connue et pratiquée était la guerre de coups de mains et de surprises. Les batailles étaient flréquentes alors ; mais on les livrait avec de petites armées, où la cavalerie dominait et qu'il était facile de tenir en main^. La seule bonne mfonterie était l'infanterie anglaise, qui attendait, immolnle et retranchée, l'attaque de l'ennemi. Quant à l'inbnterie suisse, seule douée de l'esprit ofibnsif, nous avons vu plus haut que le désastre de Saint-Jacques dissimulait, aux yeux des contemporains, l'importance qu'elle allait prendre dans l'avenir*.
Sous le règne de Louis XI, les armées, recrutées avec plus
1. D'après Comines (éd. Dupont, vol. I, et P. JwL), U trêve fot due le 10 avril. Le traité définitif, qui confirmait ceux d^Arras, de Goaflans et de Péronne, fut signé au Crotoy le 3 oct. 1471. — Comines» éd. Lenglet-Dufresnoy, III, 171. — Chron. Scandaleuse, p. 171. — Baain, 1. m, ch. xnr. — Legrand, ms. fr., 6%1. — Dom Plancber, IV, 902 cl 399. — Barante, t. IX.
2. L'on divisait généralement les armées en trois corps, avant-garde, bataille et arrière-garde que trois chefs, au plus, pouvaient diriger.
3. Jouveneel, passim. » Répétons encore ici que Tantenr, Bneil» reooBmande toujours llmmobilité à l'infanterie.
1471] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUB. ecIuiUj
d^ordre, étaient devenues beaucoup plus nombreuses, surtout en infanterie et en artillerie. Mais celte masse n'était guère qu'une agglomération confuse d'hommes et de chevaux, et rorganisation tactique n'avait fait que peu de progrès. Aussi, les ^eux généraux, formés sous le règne précédent, hésitaient-ils à ébranler ces multitudes mal organisées et mal exercées, c A qui « que ce soit, dit Gomines, est bien à craindre de mettre son « estât en hazard d'une bataille, qui s'en peut passer... Vray est « que les conquérants les doivent chercher et ceux qui ont les c bonnes gens de pied et meilleurs que leurs voisins, comme nous « pourrions aujourd'huy dire Anglois ou Suiss^. » Ce passage, qui montre les perplexités des militaires contemporains, a été écrit après les guerres de Bourgogne^ ; mais, en 4471, la réputation de rinfanterie suisse était encore à ikire. Quant à celle des Anglais, un peu démodée, elle était rentrée dans son lie et il n'en était plus question. Enfin, les Liégeois, qui avaient voulu essayer de manœuvrer avec de grandes masses d'infknterie, qu'ils étaient impuissants à manier, avaient subi de nombreux désastres, qui inspiraient à Gomines les réflexions que nous venons de citer'.
On reconnaissait donc, à cette époque, l'impossibilité de risquer une bataille rangée avec des armées telles qu'elles étaient alors organisées. Le remède à ce mal était, il est vrai, cherché dans l'existence d'une bonne infanterie ; mais ce fantassin idéal, entrevu par Gomines et par quelques hommes du métier, ne détail pas paraître de sitôt sur les champs de bataille. Delà, les hésitations du commandement, se traduisant forcément par TinacUon et l'absence d'opérations décisives. De là aussi, pour les vieux compagnons de Gharles VII et de la Pucelle, la nécessité de faire place à déplus jeunes'. Aussi, le discours tenu par
1. V. Comines, 1. Il, ch. ii, p. 104. En effet, cet antear dit, an peu plas loin (p. 105), en parlant des Suisses : c Ceax-là ont eu de grandes victoires. •
2. Ce passage a été écrit à propos de la défaite subie par les Liégeois, deraot Saint-Tronc, en 1467.
3. Ce problème de l'orgaoisaUon et de la ditcipilae militaire n'a pas été
odxxxiT INTRODUCTION BIOGRAPHIQUB. [1471
'Bueil est-il en quelque sorte son testammit militaire. Dès lors, l'auteur du Jouvencel n^est plus mêlé d'une manière active aux affaires du temps, et c'est à peine si son nom reparaît, de loin en loin, jusqu'à sa mort.
En 4472, la compagnie de Bueil, commandée par le sire de Fontenailles, arrive des premières au secours de Beauvais^ -, mais son capitaine n'est pas présent'. En 4476, Jean V reçoit encore 35,340 livres, pour les gages de sa compagnie de cent lances*.
Deux actes importants nous montrent BueU, devenu vieux, tout occupé, dans les dernières années de sa vie, à mettre ordre à ses affaires et à doter, pour le salut de son âme, des étabU»sements religieux. Tel est le long document publié par Tabbé Bourassé, dans sa Noiice sur la collégiale de Bueil *. Cette ég^, jadis prieuré de Saint-Julien de Tours, avait été, comme nous Tavons dit, transformée en 4 394 par Jean IV et ses frères en chapitre de chanoines réguliers de Tordre de Saint^Augostin*. En mars 4477*, les bulles nécessaires ayant été obtenues, cette institution ftit de nouveau transformée en une collégiale riche* ment dotée par Jean de BueiF. A cette date, le vieux chevalier
résolu d'an seal coup. Il suffit, pour s'en conTaincre, de relire le
que, deux siècles plus tard, Fléchier a consacré à dépeindre les araièet
du temps de Louis XIY.