‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 226 sur 316 · Il y a dans les mss. : c à l'yver · texte numérisé non relu

Il y a dans les mss. : c à l'yver

Dieu, et aussi le hault voulloir et grant couraige qu'ilz ont et desir d'honneur avoir, et la louenge du monde qu'ilz acquièrent avecques le grant plaisir qu'ilz prennent à veoir et à aprendre de jour en jour choses nouvelles, les font joyeusement passer leurs souffraittes, dangiers, povretez et disettes qu'ilz ont à cause de la guerre ; car au monde n'est tel plaisir à gens qui ont noble cœur et la vertu de force et de constance.

Mais, pour retourner en notre matière principalle, vérité est que je m'arrestay au lieu de Luc, pour ce qu'il estoit du party que je tenoie, et aussi pour cause que j'avoie longuement travaillié et avoie besoing de repos ; par quoy je sejournay là par aucuns temps. Et cependant advisay ainsi la manière du gouvernement de la place, ainsi qu'il apperra plus à plain ou second chappitre de ce livre.

CHAPPITRE II.

De la forme et manière de vivre des habitans de Luc; comment le chevallier demoura au dict lieu par aucun teînps, pour veoir la conduitte des gens de dedenSj entre lesqueh estoit ung jeune gentilhomme noble de couraige^ lequel ^ par succession de temps ^ vint à grant honneur et seigneurie par sa vaillance.

Tous hommes, qui ont voullenté de acquérir honneur et gloire par le moyen de la guerre, doivent porter et endurer paciemment la grant paine et durté qu'on y treuve au commencement. Car il est bien divers et semble bien estre très estrange à homme

22 L£ HXWXEL.

Dourry mollement^ et à grans deiîœs, quant il bult oommenoer à porter le hamois mayt et jour, jeûner le plus du temps et à recevoir coups et donner', qui sont deux grans poins ; mais Tun est trop plus aisié que Tautre.

Neantmoins faut-il [mieulx] premièronent avoir du malheur que de rbeur« et doit-on prendre en pasdenoe les choses ameres et les diversitez de fortune, qui mek parvenir à hault estât. Car cellui ne soet que c*est de douUeur^. qui n'a esprouvé et expérimenté de Tamer* tume. Et. tant plus a eu l'homme de adversité, tant plus reçoit à grant joye la prospérité succédant, ainsi qu'il apperra par les fortunes d*un povre jeune gentilhomme , lequel je vey et parlay à lui par plusieurs fois, ou chastel de Luc. Car je sejoumay là assez longuement, en attendant auams marchans ou marchandes, qui de fois à autre apportoient de ravoyne à ceulx de la garnison, quant ilz en avoient ropportunité : mais ce n'estoit pas tous les jours. Ainçois jeunoient leurs chevaulx le plus du temps ; par quoy ilz estoient vains, chetifz et mesgres. Si estoient les plusieurs defferrez et falloit qu'ilz attendissent le mareschai, qu'ilz n*avoient pas à toutes heures. Et, qui pis est, en avoient si peu que, toutes les fois qu'ilz aUoieDt en une entreprise pour rencontrer leurs ennemys ou pour faire quelque course, ilz menoient tout et o*en laissoicnt nulz à séjour. Et encores n'estoient4l{ pas

i. Var. : € noblement, i B. Éd. Vérard.

2. Var. : c commencer à mettre le harnois, le porter naytet jour, et jouer le plus du temps à donner coups et horions et en recevoir, etc. » Ed. Vérard.

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