‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 235 sur 316 · Var. : « atoucherent. i A. D. Éd. Vérard · texte numérisé non relu

Var. : « atoucherent. i A. D. Éd. Vérard

garnyson, où ilz partirent leur butin. Et, pour la bonne dilligence et conduilte de nostre jeune honune, ses conipaignons lui donnèrent ung cheval hongre qui avoit une grosse jambe derrière. Si cstoit^il le meilleur des autres, combien qu'il ne vaulsist guercs.

Or il a tant fait qu*il est à cheval, la mercy Dieu! mais je croy qu'il n'esloit pas trop bien en point ; car son jacquez estoit tout deschiré et desrompu ; toutteffois, au plaisir de Dieu, il sera bien pourveu de tout ce qu'il lui fault.

CHAPPITRE IV.

Cy parle du commencement de la renommée [et] de r imposition du nom du jeune homme ^ et semblablement d'aucunes menues subtillitez de guerre.

Qui vuelt acquérir lK)nne renommée, il doit premioroineiit faire le pourquoy et soy employer à fais notables sans soy vanter ne hault louer. Car loueoge est réputée blasme en la bouche de cellui qui se loue ; mais elle exaulcc et poursieut cellui qui ne la désire point* . Ace propos pourroye reciter plusieurs exemples ([ue raconipte Titus Liviusct autres historiographes*, craucuiis nobles honmics du temps passé, qui fuyoîenl In gloire de ce monde et, en la fuyant, estoient esleui et ordonnez roix, consulz^, sénateurs et

1. Var. : < mais cllo oxauco collui qui no fie attribue pis d' Inuaiijîe, mais à Difu. « t'A, Vi'rani.

«. Var. : (I ({uo rai'.nmftttMit plusieurs livroii et autres hiftoim. • M.

:L Var. : c ot on la fin vimlront jusqu'à estre ordunnex rois, *iuc!«. ronsul/. etc. » Id.

des citez et peuples subgectz à l'empire de Romme. Mais en ce faisant prolongueroie trop ma matière. Si m'en tairay à tant et retom*neray à mon principal, en demonstrant que icellui jeune honmie, à coup et soudainement, acquist renom envers le cappitaine de Luc.

Car aucuns de ceulx qui avoient esté en sa compaignie en la prinse des chevaulx, vindrent au cappitaine et lui racompterent la fourme et la manière dont il les avoit bien guidez et menez à leur entreprinse. Et en y eut ung entre les autres qui lui dist en ma présence : c Certes, cappitaine, le mieulx entreprenant de céans c et le mieulx guydant sept ou huit compaignons, c c'est le jeune homme qui hersoir nous mena prendre c les chevaulx. Il fut si subtil qu'il attendist que la c porte fut fermée avant qu'il monstrast ung seul c semblant de vouloir partir. Et, quant tout fut fermé, c il vint au lieutenant et fist baisser la planche. Puis c ysismes dehors à l'heure que la lune rayoit ja dere c et série ^ ; par quoy nous arrivasmes si à point au c lieu où estoient les chevaulx, que à celle heure l'obsc curité ^ de la nuyt nous prinst tellement que à peine € voyons l'un l'autre. Si entendismes le guet de Verset c parler sur le mur ; et disoient ceulx du guet que la c joyeuse de ce mauvais ribault Thommesson lui a c fourtraict son paige et ses chevaulx et lui a emporté c son argent^. Mais je vous asseure qu'il nous mena le

\. Sereine. (Duc.)

2. Var. : c et advint que à l'heure que nous estions au lieu où estoient les chevaulx, Tobscurité, etc. i Éd. Vérard.

3. Var. : « et disoient entre eulx qu'on avoit emmené les chevaulx et leur argent. > Éd. Vérard.

34 LE JOUYENGEL.

c plus subtillement du monde ; car , depuis que nous c partismcs de céans, nous n'entrasmes oncques en c grant chemin ; mais allasmes par sentiers non hantez c et pou batus de marcheiz de gens. Si passasmes au c dessus de la maison de ce bonhomme, qui demeure c en la grande lande, où nous rencontrasmes Tautre c fois ceulx de Verset, quant il y eut si beau hutin, c comme vous scavés. Et, pour éviter Fabbay du petit c chien de Thostel, il prinst la petite route ou sentier c qui va parmy le bois à main dextre, et oncques ne c vouUut traverser le gueret ne païs mol, de paour c que on ne trouvast nostre trace. Mais toujours nous

< mena le païs dur. Et si ne passasmes oncques haye, € qu'il ne demourast derrière pour la relever, s'elle

< estoit foulée, de doubte que on congneust que nous c eussions passé par là. Et, se nous ouvrions aucune c heze^ il la refermoit. Touteffois, quant nous eusmes

< bien cheminé, il nous convint traverser le grant

< chemin qui arrive à Verset : autrement nous n'eusc sions point entré où estoient les chevaulx. Hais, c quant nous fusmes oultre, il print une espine et ung

< grant raymeau et le traigna par dessus nostre trace,

< si que oncques n'y parut. Et tant qu'il nous mist en

< ung grant buysson du costé de Verset et nous dist

< que nous ne pouvyons estre descouvers, sinon qu'il € ne vensist des chasseurs d'aventure. Et pour ce, i

< son admonnestement, nous demourasmes embuschés c ung jour tout entier jusques à la lune levée. Et, quant

< nous veismes nostre point, nous prensismes les che-

1 . Porte faite de branches entrelacées les unes dans les aotiti en façon de claie. (Duc.)

LE JOUYENGEL. 35

c vaulx et nous en venismes. Si vous certiffie, cappic taine, qu'il est homme hardy et subtil et prudent en c tous ses faiz. Car il vient à chief de toutes ses entrec prinses et, s'il avoit du harnois, je croy qu'il feroit . c merveilles. >

Adonc le cappitaine, oyant la prouesse, subtillité et bonne dilligence de ce jeune compaignon, si luy donna Tune de ses cuyrasses ; car il en avoit deux ; dont le povre gentilhonmie moult grandement le mercya. Et ainsi eut-il cheval et harnoys, la mercy Dieu ! dont il fut moult joyeulx et lui enforça le couraige de mieulx faire que devant.

Après ces choses ouyes, le cappitaine de Luc se advisa de chevaulchier. Si assembla la garnison et furent environ xv chevaulx. Puis partirent du chasteau après porte fermée , ainsi que avoit fait le jeune honune, duquel touche principallement ce présent traictié, et tindrent la manière de trayner ung rameau pour couvrir -leur tract. Et chevauchèrent tant qu'ilz passèrent oultre Verset, et arrivèrent en ung fort buisson, où ilz ordonnèrent leur embusche devant l'aube crevant^. Si estoit ce buisson entre deux places tenant le party de Verset. Pourquoy firent monter ung honmie en ung arbre, pour veoir se riens passoit de l'un à l'autre. Puis ordonnèrent deux honunes à garder l'entrée de ce buisson pour les garder d'estre surprins par derrière ; et ainsi passèrent la journée jusques au soir. Quant vint le vespre et le solleil conmiença à esconsser^ ses rays, pour donner lieu à la clarté de la

\. Var. : « l'aube du jour, i B. Éd. Vérard. 2. Raccourcir. (Duc.)

lune, qui est l'heure que toutes bestes prennent repc et cuidcnt estre en sceurté, dont souvent sont deçeue ainsi qu'il appert de Foustarde^ et d'autres oyseaub semblablement aussi de plusieurs reptibles de la terre qui sont prins et deçeuz par la fiance de la nuyt, nieli mement les hommes surprendent l'un l'autre et se foi les trahisons et périlleuses entreprinses , lors advii qu'il passa une compaignie de gens de Verset, q estoient environ vingt chevaulx. Et, quant ceulx < l'embusche les apperçeurent, dirent au cappitaine

< Regardez, cappitaine; veez-là gens. Qu'est-il (

< faire ? Vous voyez qu'ilz sont en plus grant nombi que nous ne sommes, et seroit grant dangier de 1<

( assaillir ; car cellui est fol, qui se présume plus va

< loir qu'un autre. » — « Ha-a ! dist le cappitain « n'ayons regard à cela. On ne doit riens présumer c c soy ; mais soubz la fiance de Dieu peult-on beaucou c entreprendre ; car il est escript que les grandi

< victoires ne se font pas tousjours pap multitude c c gens, mais soubz la crainte de Dieu et en boni « prudence et avecques meure ^délibération. Pour le

< quelles causes nous avons bel advantaige sur eub c car nous sommes advertis de nostre fait, et ilz ne i

< doubtent de riens. Pour ce je conseille que on l fL lesse entrer au couvert ; et adonc partirons de nost « embusche et nous mettrons sur leur train ; ain c seront avec eulx avant qu'ilz en sachent riens ;

i. Var. : c la bitarde. > A. G. D. C'est le nom que l'on don à l'outardo en Champagne.

2. Var. : c semblablement aussi de plusieurs bestes de la ter ravissans et rampans. » Éd. Vérard.

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