‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 281 sur 316 · Var. : Aussi fais-je. » Id · texte numérisé non relu

Var. : Aussi fais-je. » Id

3. Ici commence dans le m s. B. une version toute différente de celle des autres manuscrits. Elle contient le récit d'un autre fait d'armes que nous identifierons plus loin. Voici le texte de cette variante :

(( Ainsi vindrent et chargèrent sur ceulx d'Escallon qui ne véoient que trois cens chevaulx et ne véoient point les trois cens hommes de pié, qui derrière eulx estoient. Si approucherent ; et, quant ilz furent au joindre, les dits trois cens hommes de pié descendirent et se mirent à pié et en bataille à la pente tirant vers la ville. Et, quant ceulx de la ville, qui estoient issus, veirent ce, si furent moult esbahis et dirent Tun à Tautre : • Gomment dea! il « n'y a homme à cheval. Certes, firent-ilz, nous doublons bien c l'entreprinse. » Adoncq envoyèrent en la ville dire que tout saiilist.

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vindrent et chargèrent sur ceuix d'Escallon, qui ne véoient que trois cens chevaulx et ne véoient point les

« Et ainsi approucherent soudainement le Jouvencel et sa compaignye sur ceulx de la ville avec le Gappitaine et aussi les gem de pié, tellement que ceulx de la ville se mirent en fuite devers la ville, là où ilz trouvèrent le sire de Roqueton et les deux cens hommes à pié, qui ou fumier estoient, qui bien les recueillirent et mirent juz la barrière et entrèrent avecques eulx pesle-mesle en la ville, tant que ledit sire de Roqueton fust maistre de la porte et tellement que le cappitaine de Grathor et le Jouvencel entrèrent pareillement et mirent par la ville leurs ennemys en fuyte. El, pour ce qu'il y avoit une grosse rivière entre eulx, ceulx d'Escallon, au moins la pluspart, s'enfuirent et se sauvèrent. Et pour ce, par bien et saigement commencer et bien exécuter, fait tout venir i bonne Gn. Et est par ce point fîny et determyné Teffect de ce présent chappitre. i

CHAPPITRE VIII.

Comment le Jouvencel et sa compaignie, etc.

c Après la bonne fortune et advcnturc envoyée au cappitaine de Grathor, au Jouvencel et au sire de Roqueton, de la conquesto et prinse de la ville d'Escallon, laissèrent la garde de la place au dit seigneur de Roqueton et y mirent garnison et s'en retournèrent i Grathor.

<t Et, eulx estans à Grathor, leur vint nouvelles que plnsienrs seigneurs, leurs ennemys, estoient venus mettre le siège devant une ville de leur party nommée Sardine. Et leur avoient fait assavoir ceulx de Sardine qu'ilz leur envoyassent secours. La matière fut mise sur les rencz es présences des messaiges de Sardine, qui dirent qu'ilz ne se soussioient point de retourner en la ville* et y entrer à toutes heures pour deux ou trois hommes seuUement.

« Adonc parla le cappitaine de Grathor et dist ainsi au Jouvencel, à Gervaise, au Mareschal et à Piètres : • Nos ennemys sont en c aguct sur oulx et n'est ja mestier que nous leur fassons assavoir n par messaiges nostre venue. Mais convient pour bien ouvrer

1. C'est-à-dire, qu'ils n'auraient nul souci pour rentrer en viUej qvlli le feraient sans peine.

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trois cens hommes de pié, qui estoient derrière yceulx ; ne aussi point ne veoient le sire de Rocqueton et sa

a que nous-meêmes leur en portons les nouvelles. Car à gens, qui « tiennent siège, ne leur doit point faire assavoir, synon au com- « batre et à la chasse et promptement. Puisque ainsi est que ces c messaigcs bien entreront dans la ville, il fault faire de deux choses c l'une. Jouvencel, vous aurez la charge de aller lever le siège avec « le Mareschal, Piètres et Gervaise Nardereau, et autres deux cens c lances et trois cens archiers. Ce sera assez avec Taydo que vous « pourrès avoir de la ville par le moyen que je vous diray. Vous, « messagiers, dires au cappitaine de Sardine qu'il face tenir prests c et en armes niic hommes de pié et que, samady la nuyt dont c il est mardy*, nostre gent sera près de Tost et du siège, et c trouveront moyen de faire passer deux hommes à nage la rivière c au dehors de la ville de l'autre costé ; lesquelz deux hommes, c en cest autre costé où le siège ne sera point, metteront le feu c en une maison. Et, quant cellui feu sera esprins, ceulx de Sarc dine pourront ouvrir la porte de deçà et issir quatre cens hommes « de pié, qui vendront de front sur le siège sans gueres de bruyt. c Et le Jouvencel, monseigneur le Mareschal, Gervaise et tous c nos gens et leur traict arriveront dessus le dit siège. Et ainsi € sera le dit siège prins des deux costez et de nuyt; par quoy € ceulx du siège ne sçauront où courir, ou devers la ville, ou devers • les champs, et n'est pas possible que par ce point le siège ne a soit levé; et si gardez bien que aiez quelque cincquante c hommes boutetfeux que incontinent qu'ilz verront l'assemblée, ff qu'ilz mettent en feu toutes tentes et paveillons et les loges; c car cola espovantera fort l'ost et est l'une des maistrisses à € prendre et lever ung siège et de nuyt, et si hardy homme « de soy abuser au villaige [sic]. »

• Cest accord et advertissement fut bien entendu par le Jouvencel, le Mareschal et les autres, qui à tout se accordèrent et promirent ainsi le faire, tellement qu'il ne restoit que le partir.

t Quant vint le vendredy après midy, le Jouvencel, le Mareschal, Piètres et Ger\'ai8e se mirent en la voye et prindrent deux cens hommes d'armes et trois cens archiers avecques autres gens de guerre, et laissèrent Crathor en la garde du Cappitaine. Et tant

1. Cette phrase veut dire probablement : la nuit da samedi de la semaine dont nous sommes au mardi.

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compaignie, qui estoient ou fumier. Pourquoy ilz furent fiers et se retirèrent ensemble, pas pour pas, jucques à

chevauchèrent que celle nuyt de samedy environ mynuyt se trouvèrent à nng traict d'arc du siège, et prindrent environ à nng quart de lieue le guet du siège et l'emmenèrent avec eulz, qai leur fut ung grant cas. Puis firent passer deux hommes noears* la rivière, qui estoient grosso et parfonde, non pas large ; et allèrent mettre le feu à deux maisons du costé de la ville. Et ainsi le cappitaine de Sardine, qui estoit en armes, et quatre cens hommes vindrcnt saillir par leur porte sur ledit siège. Et le Jouvenœl et deux cens hommes d'armes avec trois cens archiers se mirent dedcns le dit siège avec leurs ennemys pesle-mesle. Et le Mareschai demoura à ung guet atout soixante hommes. Et ainsi cenlx qui estoient ordonnez de brusler les logiz, tentes et paveilbni, incontinent firent leur devoir. Et là eussiés vu beau hutin, tell^ ment que, en pou d'heures, Ten eust veu ensemble de ceulz da siège pas cent hommes ensemble qu'ilz ne fussent les nngs mon et les autres en fuyte. Et ainsi, par ceste bonne conduite et à peu de gens, levèrent le siège de leurs ennemis, qui estoient plus de six mille hommes. Et alla le Jouvencel, le Mareschal, Piètres et toute la compaignie culx ralTreschir au dit lieu de Sardine, où le cappitaine du lieu et ceulx de la ville leur firent grant chière; et furent honnourablement receuilliz. Et pour ce disoit bien le Ga^ pitainc que, à lever sièges et faire destrousses, ne fault point envoyer le faire sçavoir; mais fault soy-meismes porter le messaigc à ses ennemys, et promptement, et non pas par coureurs ne autrement. Aussi est-il une autre manière de coureurs, etc... • comme dans les autres manuscrits. (Voir la suite p. 149.)

Ce récit du ms. B. est celui d'une aventure tout à fait différente de celle racontée dans les autres manuscrits. Il a trop d'analogie avec la narration de la levée du siège de Montargis en 1437 dans Monstrelet (ch. xli) pour que Jean deBueil n'ait pas vonin peindre ce fait d'armes. (Voir Commentaire, VII.) Sardine signifierait donc ici Montargis.

Lo ms. E. et l'édition de Vérard ne donnent pour ce long passage que la leçon suivante, bien courte comparativement aux denx autres :

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