Var. : « qui 8*i hébergent. • Â. G. F. Éd. Lenoir
LEJOUVENCEL. 151
Ainsi fut conclud entre lui et ses compaignons ; et partit le Jouvence! de Grathor^ en belle compaignie, et envoya ses guettes pour sçavoir nouvelles de ses ennemys et pour parler à ses guydes qu'il avoit sur le payz. Et, à bien entendre, ces guides sont vraies espies, qui estoient à ses gaiges, demourans en l'obéissance de ses ennemis. Et ainsi que le Jouvencel chevauchoit, lui et ses compaignons, lui vindrent nouvelles, par Tune de ses guettes, que ses ennemys chevaulchoient droit à Crathor et qu'il n'yroit point là ou il pensoit.
Ainsi souventeffois advient que l'en ne va pas où l'en cuide ; et, quant on cuide faire une entreprinse, on en fait une autre pire ou meilleure. Pour ce dit-on que les gens de guerre vont à l'adventure ; car, quant ilz partent de l'ostel, ilz ne scevent qu'ilz doivent trouver en chemin.
L'adventure^ fiit telle au Jouvencel qu'il lui convint arrester, pour les nouvelles qu'il avoit ouyes. Et, ainsi qu'il parloit à ses gens en ung pais estroit, lui vint soudainement dire l'un de ses serviteurs : « Veez cy « nos ennemys. » Et tout à coup le Jouvencel dist à ses gens de pié : « Il ne fault pas reculler d'icy ; car c en recuUant, se l'on chargeoit sur nous, nous serions
i. En marge dans le ms. A. : t Qui est Sablé et Luc. • 2. Ms. A. en marge : t Gomment monseigneur de Bueil, dit le Jouvencel, deffist Rodigues, conte de Rybedieux, près du Pontde-Scel. » Cette note est fausse. La détrousse de Rodrigue de Villandrando aux Ponts-de-Cé en septembre 1433 est racontée dans la troisième partie du Jouvencel, ch. m. L'aventure qui va être racontée est probablement le récit d'un petit fait d*armes où Jean de Bueil fut vainqueur. Noos n'avons pu Tidentifier.
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< desconfitz; et pour ce tost à pié. » Ainsi saillit à pié le Jouvencel et toute sa compaignie à très grant dilligence et fist marchier son estandart au long d*une haye; et là se mist en bataille, son estandart ou nûllieu, avec la plus grosse turbe de ses gens de guerre; et aux deux bouts de la haye envoya deux petis tropelets de ses gens d'armes, c'est assavoir, des deux costez, les uns à dextre et les autres à senestre. Et, entre son enseigne et ses deux tropeletz de gens d'armes, estoient ses archiers bien arrengiés. Et derrière lui, en ung petit marrais, mist tous ses chevauh et paiges, ou lieu où ses ennemys ne les povoient gaingner. Et tantost si arrivèrent les ennemis beaucoup en plus grant nombre qu'il n'estoit, qui sus pies l'adviserent et dirent l'un à l'autre : c À ceste fois est
< nostre le Jouvencel et tous ceulx de Grathor. Yeez € les là. Fy ! ilz ne sont riens auprès de nous. Sus à
< pié ! Or y perra (?) » Ainsi descendirent les ennemis du Jouvencel à grant orgueil et marchèrent le grant pas droit à lui ; et le Jouvencel les attendit de pié coy sans bougier; et tellement marchèrent les ennemys que, quant ilz arrivèrent au Jouvencel, ils estoient ea la grosse alaine et marchoient les ungs après les autres. Car tous n'estoient pas d'une force. Les premiers, qui arrivèrent, furent renversez et mors; et, quant ceulx de derrière l'adviserent, tournèrent en fuyte à qui mieulx mieulx, chacun pour recouvrer son cheval ; et ainsi furent desconfitz et gaigna le Jouvencel la victoire et tousjours Dieu conduisit sou oeuvre jusques à la fin.
Et lors dist le Jouvencel à ses compaignons : c Mes- « seigneurs, vous avés veu comme ces gens, qui
« estoient plus que nous la moittié, se sont desconfitz
< par deffaulte de conduite, et comment ilz sont venuz
< marchant de loing contre nous, sans attendre l'un € l'autre. Et pour ce je vous dy pour maxime que « toutes et quantefToiz que gens à pié marchent contre « leurs ennemys front à front, ceulx qui marcheront € perdront, et ceulx qui demeureront pié coy et tien- « dront ferme, gaigneront. Et ceulx de cheval tout c au contraire ; car ceulx qui assaillent et marchent
< à cheval , gaignent , et ceulx qui demeurent et « actendent, perdent. Je ne dy pas que sur cecy n'y € ait des praticques, tant à ceulx de pié comme à « ceulx de cheval, lesquelles je vous declaireray cy « après. 9
CHAPPITRE IX.
De pluseurs bonnes praticques de guerre pour combatre ses ennemys estans en bataille à pié.
€ Et premièrement pour combatre à pié, se vous trouvés gens en une bataille rengée sans fortiffication, il est force que leur bataille soit longue; et par raison doivent mettre la puissance de leurs gens d'armes ou millieu, et aux esles leurs archiers et autres gens de traict, s'ilz en ont. Et, pour garder leurs gens de traict, fault qu'ilz aient au bout de leurs esles quelque nombre de gens d'armes selon la puissance qu'ilz seront. Et, se c'est de tous points une grosse puissance, encores doivent-ilz avoir à leur dos une petite bataille de gens, adfin qu'on ne
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leur donne ^ par derrière, et pour mardiier là où ilz verroient que besoing seroit. Et pour ce vous dy que, se ces gens ne sont bien ordonnés et en liea advantageux comme gens, choisissent champs et places les plus advantageux qu'ilz pevent pour ocnhbatre. Car on y gaigne le solleil, on y gaigne le vent pour envoier la pouldre droit à ses ennemys. S'il y a point de haye ou de fossé (pou petit qu'il soit il fait grand bien ;) ou quelque moUière, ou païs, pré ou champ mol, ou rivière, ou bois fort, par où on ne puisse marcher pour abréger, on doit serchar voullentiers tous les advantaiges qu'on y puet trouver. Et, quant gens sont en tel estât, vous ne les devés pas aller combatre ne marchier contr'euh:. Mais vous devés aller logier près d'eulx, et non pas si près qu'ilz vous puissent surprendre, au lieu le plus fort et le plus advantageux que vous pourrés recoavrer. Et, s'il y a point de rivière près, vous la devei gaingner à vostre pouvoir ; car une rivière sert à merveilles à ung ost, tant pour sceurté que pour Taisément^ des vivres; on y abreuve les dievaolx et tout le bestial de l'ost; on passe d'un costé et d'autre; on s'en arme quant on veult; on garde que ses ennemys ne s'en puissent aider. Se c'est rivière qui porte navires, on en recouvre des vivres. Pour ce dy je que l'ost, qui a la rivière à son conH mandement, a de grans advantaiges. Si la recoeuvre qui pourra. Se vous avez la rivière, vos besongnes en vallent mieulx ; se vous ne l'avés, si ne cesserei