‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 291 sur 316 · Var. « craindre. » B · texte numérisé non relu

Var. « craindre. » B

LE JOUVENGEL.

« Et, se VOUS voullés dire : se nous trouvons gens de moins de nombre que nous, qui aient leur retraitte près, parquoy les peussons perdre, et soient en bataille à pié, les laisserons -nous pour faulte de marchier contr'eulx et de les akr combatre ? Nennyl , vous ne les laisserés pas ; mais aussi ne marcherés vous pas contre eulx. Et vecy que vous ferez : vous viendrez mettre une turbe de gens d'armes à cheval viz-à-viz de leurs enseignes, et non pas si près que le traict les puisse batre, et une esle sur le costé où ilz seront les plus forts ; et de l'autre costé, où vous verres qu'ilz seront les plus foibles et le plus à vostre advantaige pour les assaillir, vous ferés marchier le surplus de vostre puissance à pié par ce bout là, qui assembleront et combatront avec eulx; et tendrez ferme la bataille, qui sera devant les enseignes et la puissance des ennemys, et semblablement Tesle, sans assembler avec eulx. S'ilz marchent pour aller courir sus à vos gens qui combatent, en cellui cas, quant vous les verres bransler, vous devez marchier, et vostre esle pareillement, à grant dilligence et assembler à vos ennemis.

< Et vous dy qu'il est de neccessité que en toutes les trois parties il y ait bons chiefz et hardis et qu'ils sachent bien congnoistre l'heure de marchier. Car c'est une chose là où il ne fault pas dissî* muler, quant l'heure est venue. Et pour ce je vous dy que tous les gens de bien ne doivent pas estre en l'une des batailles seuUement ; mais doivent estre partis en toutes trois. Car, se l'une des batailles failloit à faire son devoir, ce seroit pour tout perdre.

€ Et dy que, quant vous ferez vos ordonnances pour € combatre, ne les faittes pas si près de vos ennemis

< qu'ilz vous puissent assaillir en donnant ordre à voz

< batailles. Et dy encores plus que une compaignie,

< grande ou petite, ne doit point approuchier de ses € ennemys, se n'est à l'heure qu'ilz doivent combatre.

< Et aussi je dy, par les raisons devant dictes, que « vous combatrés ces gens icy sans marchier front à c front droit à eulx ; et en despit d'eulx il faut qu'ilz c marchent ou qu'ilz se laissent tuer l'un après « l'autre ; et que vous devez amener vos trois batailles « tout d'un costé ^ et vous présenter devant vos enne-

< mis faignant de joindre de tous costés à l'heure que c vos gens vont combattre la plus foible partie. Mais « la bataille ne l'esle pour riens ne doit assembler tant « qu'ilz voient marcher l'autre bataille des ennemys, « ainsi comme devant ay dit ; et par ce moyen vous « les ferés marchier et ne marcherez point contre « eulx.

« Et c'est quant à combattre gens de pié. Et, en € quelque manière que vous combatés gens de pié, gar- * a dez que vous les amusés tousjours par ung bout et a par le lieu où ilz seront tousjours les plus fors, et c les assailles par là où ilz seront les plus foibles et € leur laissiés le derrière ouvert pour eulx enfouyr. « Car il y en aura tousjours de couars qui s'en iront et € espovanteront les hardis ; et pour eulx enfouyr ilz ne

< seront pas sauvés ; mais chacun n'a pas cest enten- « dément.

« Or, avons parlé de ceulx de pié, reste aux

Page 1