Var. : t coureurs. » A. C. F
160 LE JOUVENGEL.
sont plus obeissaDs aux diiefz, et en fine Fen mieutx quant on a à faire. Se tu chevaulches à cent ou à v"" ou à mille, à Tadventure, sans sçavoir proprement que tu dois trouver, sinon que tu vas ou pais de tes cnnemys sur espérance de rencontrer oa d'eslre rencontré, tu dois avoir gens devant, do^ rière et aux costez pour garder que tu ne soyes surprins. Aussi pour sçavoir des nouvelles; car tu vas pour sercber nouvelles. Mais, se tu estoies sceurement adcertené de trouver gens en ung logis ou en chevauchant, ne envoyé nulles gens devant, sinon en tappinaige, et fay, se tu pues, que tu leur portes la nouvelle de ta venue toy-meismes. Tousjours estil besoing que gens assaillent les premiers, s*ilz puevent, sinon en ung cas : s'ilz treuvent leurs enncmys en ung païs estroit ou en ung passaige, ib doivent mettre paine de les en tirer, s'ilz pevent, par coureurs ou autrement. Et le doit-on bien prendre froidement, car, se les premiers sont reboutés, maishuy on n'y fera beau fait. Et beaucoup de gens désirent assaillir leurs ennemys en ung passaige, et est k chose bien raisonnable voire bien froidement priose et conduite. Et croycs que en guerre c'est Tune des bonnes vertuz qui y soit après hardiesse ; (car sauf hardement nul n'aura ja bonne conduite * ;) c'est d'estre froit et pourvcoir avant la main aux incooveniens qui pevent advenir, qui le puet faire. Car fly en vient de si soudains aucunefibis que à paine puet-
1. Var. : « Et croioz que, en fait de guern», avec hardiecie difcretiuQ est la meilloure chose qui soit; car, comme sans baitUaii' riens n'y vault, aussi sans discrétion on n'y fera ja boon^ «»• duite. » Éd. Vèrard et Lenoir.
LE JOUVENOEL. 161
on avoir ^ loysir de penser à riens. Mais ung bon homme de guerre doit tousjours penser aux choses qui lui pevent sourvenir. Et, en ce cas de néccessité, il doit faire ces choses chauldement^. Mais ceste challeur vient de froideur ; car il doit estre tout délibéré et de froit sang, avant la main de ainsi le faire, quant le cas y eschiet. Ainsi c'est ung propos délibéré et de froit sang. Pour ce je dy que ceste challeur est de froideur et ne doit pas proprement estre ditte ne nommée challeur, mais dilligence, qui est bien requise en guerre^. Les causes pourquoy je dy qu'en ung passaige on doit saigement et froidement assaillir ses ennemis, est pour ce que voullentiers les passages sont estroits et mauvais et ne y puet on pas assembler à ses ennemys à son aise. Et pour ce, quant les premiers sont reboutés, maishuy on n'y fera pour l'eure plus riens pour le mauvais passaige. Les couars ne s'en puent fuyr*; et, s'il y a bonnes gens devant, ilz retourneront et aideront aux derreniers, et garderont les autres d'eulx enfuyr ; et, au tourner qu'ilz feront, trouveront leurs ennemis voullentiers meslez parmy leurs gens. Et ceulx qui sont desja dedens le pas ne craindent plus à y
1. « ... qui le peut faire. Mais en telz estroits passaigos, hardiesse passe tout; car il vient de si soudains fais qu'on ne peut avoir, etc. » Éd. Lenoir.