‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 311 sur 316 · Var. : c soixante. > B · texte numérisé non relu

Var. : c soixante. > B

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sire de Rocqueton dit à Guyon : c Allons, vous et € moy, après ces compaignons, pour savoir si nous c orrons riens. >

Ainsi partirent le sire de Rocqueton et Guyon; et tant chevauchèrent qu*ilz vindrent à trouver le premier de leurs escouttes, qui leur dist : c Mes coni- € paignons m'ont dit que je demeure icy et vont eulx c deux plus avant. » — € Vrayement, dit le sire de

< Rocqueton, nous vous avons ouy de bien loing dic quêter; et escoutes^ ne doivent avoir riens qui c clicque. »

Ainsi passèrent plus avant le sire de Rocqueton et Guyon; et tant allèrent qu'ilz trouvèrent les deui escoules, qui estoient approucliêes prez du pont. Ik savoient le cry de la nuyt. Quant ilz ouyrent leurs gens, il/ demandèrent : c Qui vive? » Et ilz respoodii^ent : € Sainct Michel! Parvanchières ! » qui estoit le cry de la nuyt. Puis assemblèrent ensemble et se congneurent et demandèrent : c Avez-vous riens € ouy? » — € N'oyez-vous pas, dient les deux, quel c bruit il y a au siège? » — € Or escoutez, dit chas- € cun. » Ainsi escouterent et puis le sire de Rocqueton dist : € Je oy bien gens qui sont entre cy et le c pont ; je vouidroye bien qu'ilz ne nous soubprissent € point et que nous ne feissons point la beste'. Esoouc tez tousjours, Tuiig ça et l'autre là, au coing de celle € haye, atlni que ne soyons surpriz; et nous laissez*

< Guyon et nioy. » Ainsi escouterent le sire de Roo (lueton et Guyon ensemble; et, comme ilz escoutoient.

1. Var. : « oscoutfiurs. • B. ÈI. Voranl cl Lenoir. '.2. Var. : c Or que nouiï no farions point la tei^tP mardé». • Ed. VtTani et Lenoir.

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le sire de Rocqueton dit : c Guyon, seurement ces c gens-cy veuUent desloger; je TenteDs bien. Ilz c chargent leur artillerie. Or escoutons encores ung c peu et nous approchons plus prez pour mieulx en c savoir la vérité au vray ^. Car il ne seroit pas raison c de nous en aller et dire nouvelles aux seigneurs, se c nous ne les savions bien. > Ainsi se approucherent ung peu plus près, tant qu'ilz vindrent sur le bort de Teaue, pas pour pas, tellement qu'ilz congneurent véritablement que ilz se mouvoient au siège pour partir. Lors dit ainsi le sire de Rocqueton : c Guyon, c il fault que nous en allons devers le conte. Et laissons c tousjours ces compaignons pour escouter. Et puis c qu'il viengne Tung de vous à la croix au carrefour, c où nous avons fait nostre ordonnance; et là prenez c ung des compaignons, qui y sont, pour venir escou- € ter icy avec vous. Et Tung de vous trois qui aurez c ouye la besongne, viengne jusques au Boui^-Neuf € devers monseigneur le conte pour dire ce que vous c aurez ouv. i

Ainsi partirent le sire de Rocqueton et Guyon, et vindrent au Bourg-Neuf, au logeiz du conte de Parvanchières et luy dirent : c Monseigneur, seurement c le duc Baudouyn dcsioge. i — < Gonunent! dit le € conte, il n'est pas encores jour. Je ne croy pas que c ung tel homme desloge avant le jour ; ce ne seroit c pas honneste chose à lui. Et, se ainsi estoit, nous le c defferions. Et fauldroit faire dilligence; car, quant c une puissance meut avant le jour, il n'y a point

1. Var. : c pour mieulx en sçavoir rapporter au vray. » B. D. — • pour mieux escouter et pour mieux en savoir, etc. • Éd. Lenoir.

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c d'arroy ne d'ordonnance. Il fauldroit bien peu de c gens à les deffaire. i — c Monseigneur, dit le sire c de Rocqueton, ne vous esmouvez point pour cela;

< car seurement le duc Baudouyn ne partira pas qu'il c ne soit grant jour. Mais de vray ilz se esmeuveot et c font le plus grant bruit du monde en leurs logeiz. c Et est pour partir demain, i — c 11 fault mander, c dist le conte, que chascun soit prest. Et fault manc der au Jouvencel à la ville ces nouvelles ; mais qu'il

< ne saille pour riens. » — c C'est bien dit, Monsei- « gneur, dit le sire de Rocqueton; envoyez-y. »

Ainsi fut fait : le conte conunanda à ung sien serviteur y aller ; et demanda au sire de Rocqueton quelle heure il estoit. Le sire de Rocqueton dist : c II est jour

< ou autant vault ; envoyez quérir ces seigneurs * et vous c on allez à la messe, et mandez que chascun soit

< prest. Car, si ces gens doivent tirer aux champs, ilz

< commenceront^ bien matin, i Le conte manda quérir chascun et s'en alla au lieu où la messe estoit appareillée, qui estoit en ung carrefour, au large, au pié d'une croix, affin que chascun la ouyst. Et là chascun se rendist à luy ; et là ouyt-il la messe. Et, quant la messe fut dicte, il fut grant jour. Chascun s'aproudia de luy pour savoir des nouvelles, et il racompta ce que le sire de Rocqueton et Guyon lui avoient dit.

Et, ainsi qu'ilz parloient ensemble, arriva le Jouvencel delà ville, qui dit au conte et aux seigneurs, qui estoieot là : c Seurement les nouvelles que le sire de Rocqueton € vous a dictes ceste nuyt, sont \Tayes; car ces gensr

\. Var. : « quérir tous les habillemens. » Éd. Véranl. *2. Var. : t ileslogerout. • C.

c là sont tous armez et tirent aux champs ; et pour ce c faictes dilligence. i Adoncques le conte demanda à chascun qu'il estoit de faire ; et chascun fust d'oppinion qu'il tirast aux champs de sa part.

Et, ainsi que les oppinions se achevoient de dire, vecy venir ung hérault, nommé Estance ; car le duc Baudouyn estoit ducd'Estance ; mais on Tappelloit communément le duc Baudouyn. Et sur ce vint ung compaignon, qui dit : « Messeigneurs, vecy ung hcrault qui vient devers « vous o sa cotte d'armes et désire parler à monsei-

< gneur le conte. 9 — « Qu'est-il à faire, dit le conte? » — < Monseigneur, dient tous les seigneurs, il le fault

< ouir. 1 Et le conte dist : < Il nous amusera de

< quelque chose, tandiz que ses gens tireront aux

< champs. C'est la cause de sa venue. Mais ouir le « fault. Faictes lay venir. 1

Adoncques vint Estance le herault et dit ainsi : c Mon « très redoubté seigneur, monseigneur le conte de Par- « vanchières, et vous aultres, mes très honnorez sei- « gneurs, mon très redoubté seigneur monseigneur le « duc d'Estance et mon très honnoré seigneur monsei- « gneur le conte d'Ortes* et messeigneurs, qui sont en

i. En marge dans le ms. A. : « S'entend le duc de Bedfort et le conte d'Arondel. » Cependant aucun de ces deux chefs ne se trouvait au siège d'Orléans, qui était commandé par le comte de Suiïolk, Talbot et Jean Fastolf. Mais on a vu plus haut (p. 4) que le nom du duc Baudouin désigne c tous lieutenans d'Anglois. t Il désigne donc ici les chefs du siège d'Orléans. Cependant, comme nous le verrons plus loin, le récit du siège de Crathor contenant les faits qui se passèrent aux sièges d'Orléans etdeLagnysur-Marne, et le duc Bedford s'étant trouvé en personne à Lagny, la mention mise en marge par le glossateur du ms. A. peut avoir un certain degré de vérité.

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leur compaignie , me envoyent icy par devers vous pour vous dire et faire savoir que, si vostre plaisir est d'envoier douze hommes des vostres aux champs, ilz envoyeront douze hommes des leurs pour eslire ung champ, qui ne sera avantaigeux d'une part ne d'autre, et là vous offrent la bataille. Car les lieux où vous estes, et ceulx où ilz sont, sont trop avantaigeux; pourquoy les ungs n'ont cause d'y aller requérir les aultres. Et pour ce est prest monseigneur le duc d'Estance, mon maistre, de sa part, de se trouver en champ non avantaigeux ne d'ung costé ne d'aultre. Et vous certiffie que si vous feussiez en lieu où il peust estre venu devers vous, il y fut venu. Aussi croist-il que si feussiez-vous devers luy. Car il scet bien que vous n'estes pas venu pour autre espérance, et il veult acomplir vostre voulloir et ne veult pas que vous perdiez voz peines; et vous prie que ce soit ennuyt plustôt que demain. > Sur ce le conte de Parvanchières dist au herault : Estancc, tirez- vous ung peu à part et tantost vous aurez responce. i La responce que fît le conte de Parvanchières, fut telle qu'il s'ensuit, et fut faite par le conseil de tous les nobles et les plus notables de sa compaignie. Le conte lui dist : c Estance, vous en irez devers monseigneur

< le duc Baudouyn, duc d'Estance, vostre maistre, et c au conte d'Orte et à tous ceulx de leur compaignie; c et leur direz ainsi qu'il y a ung proverbe commun,

< que chacun dit de toute ancienneté, que on ne doit « riens faire à l'entreprise de son ennemy. Et pour ce c nous ne sommes pas délibérés de faire riens à l'en-

< trise ne requeste de voz maistres ; et ne sommes pas

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c icy venuz pour cela faire. Nous sommes venuz pour c les desloger de là où ilz sont, et pour entreprendre c sur eulx à nostre requeste et non pas à la leur. Et c pour ce, s'ilz sont bien aise là où ilz sont, si se y c tiennent. Et, au regart de nous, nous sommes bien c logez et bien forniz de tout quanqu^il nous fault. Et c autre responce pour ceste heure vous n'aurez de c nous. > — c Bien, dit le herault. Monseigneur; je c oy bien que vous dictes à vostre congié. >

Ainsi s'en partit Estance le herault et retourna devers son maistre et lui fist la responce telle que vous avez ouye. Sur quoy le duc Baudouin d'Estance, le conte d'Orte et les autres seigneurs, chevalliers et ba* rons, qui furent là, dirent que le conte de Parvanchières estoit saige, et qu'ilz oxignoissoient bien qu'il prendroit son avantaige là où il le pourroit trouver; et qu'il failloit penser de partir. Car plus ne povoient ilz demourer pour ce qu'ilz n'avoient plus que mangiw. Et ainsi ordonnèrent leur partement comme il s'ensuit.

Premièrement, ilz mirent une avant-garde, «El laquelle fut messire Raph Bizet et messire Hemon^ de Rivières. Âprez ceste avant-garde mirent tous leurs gens de pié et leur artillerie. Aprez leurs gens de pié fut le duc Baudouin et toute sa bataille. En l'arrièregarde fut le conte d'Orte et Guillaume Boucqueton. Oz avoient leurs archiers et tout leur traict meslé parmy eulx ; car ilz estoient délibérez de combatre à pié pour ce qu'ilz avoient peu de chevaulx avecques eulx. Car

1. Yar. : a Remon. » B. — Ces deux noms sont des noms de fantaisie ; il y avait cependant un chevalier anglais nommé Henri Bizet, qui était capitaine de Jargeau en 1429. (V. Journal du

siège d'Orléans.)

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communément, en ung siège, on envoyé tous les chevaulx. Et prindrent le chemin droit à Escallon^, qui estoit la plus prouchaine retraicte qu'ilz eussent ; et s'en alloient par le plus fort payz qu'ilz povoienl trouver.

Ainsi partist et s'achemina le duc Baudouyn et sa compaignie. Tantost vindrent les nouvelles au conte de Parvanchières comment le duc Baudouyn s'adieminoit à s'en aller. Et tantost tira aux champs avec toute sa compaignye et puissance. Et, quant ilz furent aux champs, ilz virent le duc Baudouin et les siens bien ordonnez, dont fort le prisèrent. Et aussi estoitil fort à priser ; car il estoit en moult bel arroy et avoit belle et grosse compaignie avec lui.

Quant le duc Baudouin vit le conte de Parvanchières aux champs, il envoya de rechef Estance le herault devers luy, lui mander que moult lui desplaisoit d'estre parti sans coup ferir, et que, là où ilz estoient, ilz les attendroient, s'il les voulloit combatre. Et le conte de Parvanchières respondist qu'ilz allassent tousjours leur voye et qu'encores n'estoient ilz pas à l'ostel.

Ainsi marcha le duc Baudouin et les siens en belle ordonnance, pas pour pas, droit à Escallon ; car aultre chose ne pouvoit-il faire, dont moult lui desplaisoit.

Le conte de Parvanchières fîst son ordonnance et bailla au Jouvencel la garnison de Crathor et le renforça de deux cens lances et les archiers, et lui dit qu'il fut tousjours au doz du duc Baudouin et de ses gens. Et ainsi le Jouvencel partist et ordonna de cent

1. On a vu plus haut, p. 197, que Escallon désigne Meung-8a^ Loire.

à vi'^'^ chevaulx, pour escarmoucher tousjours à leurs doz et pour veoir leur convine* ; et en eut la charge le sire de Rocqueton et Gonnin. Après le Jouvencel en sa petite bataille, qui avoit bonne voulenté d'y mordre, s'il povoit, messeigneurs les Mareschaulx eurent l'avantgarde. Le conte de Parvanchières, T Admirai avec lui, demourerent en la bataille. Le Maistre des arbalestriers conduisit le traict sur la main dextre, ainsi qu'il avoit fait au venir. Le conte ordonna au viel cappitaine de Grathor et au Mareschal estre sur la main gauche en une petite aile, où il y auroit environ six vings lances pour envoyer dilligemment en aucuns lieux, s'il en estoit besoing. Et aprez, l'arrière-garde, ainsi que tousjours, que conduisoient messire Broquet de la Motte et messire Hermel * de la Haye.

Ainsi chevaucha le Jouvencel sur le doz du duc Baudoin et du conte d'Orte. Et allèrent tant qu'ilz vindrent à l'entrée d'une petite broce^, là où il y avoit ung pas, qui estoit maulvailz et effondré de la compaignie qui estoit là passée. Et là messire Guillaume Boucqueton se mist en my ces broces à part avecques ung petit troppellet de lances*, si au couvert que nul ne le vit^. Et Gonnin, qui fut ung peu chault et estoit homme qui avoit vouUoir de faire quelque bien ce jour, se avança. Gar il luy semblcit qu'il n'y avoit plus riens, fors ung peu de gens qui passoient au pas

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