‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 137 sur 324 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

Sommaire. — Affaires de Bretagne (1455). — Don fait à Bueil, par le duc Pierre, des seigneuries de Gourcelles et Ghouzé (juillet 1455). — Seigneuries de Sénecé et de la Voulte (1456). — Mort de Jeanne de Montejean (1456). — Deuxième mariage de Bueil, avec Martine Turpin de Crissé (1457). — Leurs enfants, Louis et Edmond (1458-1495). — Affaires de Dauphiné. Mauvais rapports du Roi avec son fils. — Fuite du Dauphin. — Le Roi s'empare du Dauphiné. Mission de Bueil et de Lohéac (1456- 1457). — Fin du règne de Charles Vil (1457-1461). — Caractère passager de la haine du nouveau Roi contre les conseillers de son père.

Dans l'été de 4 455, Bueil était, à deux reprises, envoyé auprès du duc de Bretagne, qui traitait alors, avec le Roi et son conseil, un grand nombre d'affaires importantes. Il s'agissait, en premier lieu, de la succession au trône ducal, réglée peu après par le mariage de François, comte d'Étampes, héritier présomptif et cousin germain du duc Pierre, avec sa cousine Marguerite de Bretagne, fille du feu duc Françoise

Au moment de la guerre de Normandie, les vicomtes de Goutances et de Carentan ^ avaient été reconquises par ce dernier, qui les avait pourvues de deux candidats de son choix. Depuis lors,

1. Le feu duc François (mort le 17 ou le 19 juillet 1450) n'avait laissé que des filles de sa femme Isabelle Stuart. Le frère de cette dernière, Jacques II, roi d'Ecosse, contestait les droits du nouyeau duc, Pierre, frère de François. — Annuaire- Bulletin de la Soc. de l'Hist, de France, année 1882, p. 300, Fragment d'un registre du conseil de Charles VII (1455), publié par Noël Valois. Séance des 20 et 25 avril, à Bourges; Bueil présent. — Vallet de Vir., III, 378. — On trouvera, dans YHist. de Bretagne, jle dom Lobineau (II, 1646 et s.), la lettre du Roi^ datée de Bois-Sire-Aimé, 29 mai (1455), accréditant Bueil auprès du duc. Le Roi priait ce dernier de surseoir à tout projet de mariage entre le prince de Navarre et Isabelle d'Ecosse, veuve du duc François et nièce de Charles. A ce moment, les ambassadeurs d'Ecosse étaient auprès du Roi et demandaient qu'on s'abstint de toute pression sur Isabelle.

2. V., /. c, Ann,'Bullet. de 1883 (mars-juin 1455), p. 219 et s., la séance du 3 juin, à Bourges. Bueil est aussi présent le 23 mai (p., 215).

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le Roi avait installé, de son côté, deux autres titulaires. Le procès était pendant au Parlement; mais Bueil et la plupart des conseillers faisaient ressortir que, vu les pouvoirs étendus conférés, lors de la guerre de Normandie, au feu duc, et les services rendus par lui, il paraissait plus convenable de faire juger la cause en conseil % d'après Téquité, et de ne pas remettre aux hasards d'un procès la solution d'une cause intéressant de si grands personnages 2.

Enfin, comme anciens souverains indépendants, les ducs de Bretagne prétendaient au droit de régale dans les évêchés bretons, droit qu'à titre de suzerain Charles VH refusait de leur reconnaître^. Après plusieurs demandes infructueuses faites auprès du conseil, le duc se décida (fin juillet) à aller lui-même chercher le Roi à Bourges, pour plaider sa propre cause ^.

Bueil, qui se trouvait comme ambassadeur en Bretagne dès le mois de juin ou de juillet^, reçut le prince dans son manoir de

1. Cependant les édits interdisaient au conseil du. Roi la connaissance de toute cause juridique. — Reg. du Conseil, L c,

2. c ... Ce pOToir dessus dit qui touche si grans princes et si grant c chose ne doit estre mis à I^interpretacion de la court ne d autre, fors c du Roi. 9 — /Wd., p. 221.

3. Cette question de souyeraineté se représentait aussi à chaque avènement, à propos de la forme de l'hommage dû au Roi pour le duché.

— V. Gruel, Mëm. de Richemont, p. 411. — En cas de vacance de l'évéché, le du<î prenait en main le temporel des églises, comme un fief gisant, et le faisait administrer par des officiers de régale. Il prétendait aussi mettre les éyéques en possession de leurs bénéfices et exiger d'eux un serment de fidélité. Or, l'évéque de Nantes avait été cité devant le parlement de Paris et déclaré sujet du Roi, au regard de la temporalité. Le 24 avril, le duc, qui contestait la compétence du parlement, demandait, eu vain, que cet arrêt fut interprété par le conseil. Une ambassade n'eut pas plus de succès, non plus qu'une demande de sursis. — D. Taillandier, Hist de Bretagne, II, 54 et s., et Fragment d'un reg, du conseil, L c. Séances des 24 et 30 avril, à Bourges, du 8 mai, à Mehun, et du 3 juin, pages 303, 306, 293, etc.

4. Ce voyage était déjà décidé en principe le 24 avril. — V., ibid., p. 303.

5. D. Taillandier, l. c. — En effet, Bueil, qui est présent au conseil (à Bourges ou environ) du 20 au 30 avril, du 2 au 23 mai et le 3 juin, ne figure plus sur la liste des présents pendant le reste de ce dernier mois.

— L. c, Ann.'Bullei, de 1882 et 1883, et Legrand, ms. fr. 6967, p. 55, copie. — Nous venons de voir, en effet, que la mission de Jean Y datait du 29 mai.

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Yaujoars, à son passage dans celle localilé. Durant oe s^our, te duc Pierre fit don à son hôte des seigneuries voisines de Courœlles et de Ghouzé * , acquises quelques jours auparavant de son pnq>re neveu, Jean de Malestroit, seigneur de Derval et de Ghâteau- Giron '. Bueil soutenait que c'était indûment et contre sa volonté que la reine Yolande lui avait jadis acheté la seigneurie de Ghâteau-Fromont, pour la donner à sa fille et au feu duc François'. D assurait avoir £gdt plusieurs réclamations infructueuses, soit auprès de ce dernier, soit auprès de son père le duc Jean, pour r^trer en possession de son bien. Dans le présent, il ne pouvait songer à recouvrer Ghâteau-Fromont, cette seigneurie ayant été donnée par le duc Pierre au comte d'Étampes^. C'est pour compenser ce préjudice que, par lettres patentes, en date de Vaujours (25 juillet 'l 455) , le duc cédait à Bueil les deux sei-

1. Gboiué-le-Sec, dans la commane de Gourcelles (cant. de Châteaala-Vallîère), a été longtemps une dépendance de ce dernier fief, qui, sHoé en Anjou et relevant de la baronnie de Ghasteaux, appartint sou- Tent aux seigneurs de cette localité. A partir de Jean V de Bueil, il demeura constamment en leur possession (Bnsserolle). L'achat de Gourcelles par le duc datait du 16 juillet 1455. — Y., Collection d'Achon (au Mans), ÏÉtat des titres que le seigneur de Chantilly rapporte contre le seigneur du Vivier des Landes (fief voisin), pour prouver que le domaine utile de la châtellenie de Gourcelles n'appartient au suzerain (le baron de Ghasteaux) que depuis la donation du duc Pierre.

2. Et seigneur de Gombourg. Fils de Geoffroy de Malestroit, il était neveu du duc par sa femme, Hélène de Laval, fille de Guy, comte de Laval, et d'Isabelle de Bretagne, sœur du duc Pierre. ~ Le P. Anselme, Vil, 74, et I, 456. — Ghartier, I, ch. 87, et II, ch. 218 et passim. — Ges deax seigneuries valant 150 livres de rente, le duc avait promis en échange, à son neveu, une rente équivalente ou un capital de 3,000 réaux. Le 5 septembre 1457, le duc constatait dans son testament que Malestroit n'avait encore rien reçu et lui léguait, en attendant mieux, la jouissance de pareille rente sur la seigneurie de Hedé. •— Dom Lobineau, Hist, de Bretagne, II, 1179.

3. V. plus haut, p. cliv et ss. — François était alors comte de Montfort. La terre valait 500 livres de rente, et la seigneurie avait été payée à Bueil 14,000 réaux.

4. Sire de Ghezon. Il était fils de Richard de Bretagne, comte d'Étampes (frère lui-même du duc Jean YI), et devint duc de Bretagne (1458) sous le nom de François II. Son père et lui disputèrent longtemps le comté d'Étampes (qui leur avait été donné par Gharles YII en 1421 et 1442) au duc de Bourgogne, puis à son cousin le comte Jean de Nevers. — Art de vérifier.

ccxviij INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1455

gneuries voisines contre renonciation formelle à toute prétention sur Château-Fromont * .

Nous ignorons si ce cadeau était une marque de munificence princière, à l'adresse du conseiller et de Tambassadeur du Roi, ou simplement un acte de justice envers Fhôte du duc Pierre. Ce qui est certain, c'est que les documents antérieurs par nous analysés, à propos de Château-Fromont et de Mirebeau, ne font mention ni du soi-disant préjudice causé, par Yolande, aux intérêts de Bueil et reconnu par les lettres du duc Pierre, ni des réserves que Jean V était censé avoir faites, jadis, lors de la vente de Château-Fromont 2. Le 3 août, le prince, poursuivant son voyage, était à Vierzon*. Arrivé à Bois-Sire- Aimé, le duc, déjà sûr de Bueil, obtint de Charles (grâce à de nouvelles libéralités envers son entourage *) qu'il serait sursis à Tarrôt du Parlement, contre lequel la Bretagne réclamait '.

En novembre, Tamiral de Bueil, qui avait regagné la Bretagne, assistait à Fouverture des États à Vannes. Quelques jours après, il était présent au mariage du comte d'Étampes, dont il portait le cierge pendant la cérémonie*.

1. y., p. Jtist. aux 25 juillet et 3 août 1455, ces lettres mentionnées par Mabille (Catal. de Dom Housseau) et Villeyieille (vol. XXI, fol. 91 et ss.)* — En 1457, Bueil faisait aveu au roi de Sicile, pour la seigneurie de Gourcelles, naguères son fief, comme seigneur de Ghasteanx. et maintenant son domaine. — Coll. d'Achon, L c.

2. V. plus haut, p. cliy et ss., et P. Just, au 26 août 1431, la vente de Château-Fromont et la quittance donnée pour le rachat de Mirebeau.

3. Le duc, gui passa à Tours (Vallet de Vir., III, 379), était le 29 JniUet à Langeais. A cette date, les élus de Tours, Toulant envoyer à Bourges des lettres pour le bailli de Touraine et M. de Montsoreau, décident c que l'on ira vers M. de Bueil, à Langés, lequel s^en va devers le Roi, » pour le prier de s'en charger. — Reg. des Délibérations de la ville de Tours, tome X, au 29 juillet. — Au conseil tenu à Vierzon, assistent entre autres le connétable et le comte d^tampes (v. P. Just, au 25 juillet 1455). De là, le duc se rendit à Bourges, puis à Mehun.

4. Marguerite de Villequier et les conseillers du Roi y eurent part. Le duc quitU le Roi le 8 septembre. — Vallet de Vir., 1117^80.

5. La question demeura longtemps pendante. Une enquête, faite par le duc, fut loin de clore le débat.

6. Les états, convoqués pour l'exécution du testament du duc François et pour le mariage du comte d'Étampes avec la princesse Marguerite, furent ouverts le 13 nov. 1455. Bueil était placé entre les barons de Dot-

1456] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. eezix

Nous venons de rappeler les démêlés de Bueil avec le roi René, à propos de Mirebeau. Ces deux personnages avaient alors une autre contestation, dont l'origine remontait aussi au temps de réchange de Château-Fromont. Jean V avait faut acquisition des seigneuries de Ghenesche et de la Voulte\ en Anjou. Le roi René, duc d'Anjou, les fit saisir, parce que Bueil refusait de lui payer les droits de mutation. Le 40 janvier 4456, ce dernier réclamait auprès du conseil du prince, prétendant qu'à teneur des conventions intervenues jadis pour Mirebeau, il devait être exempté de ces droits ^. Deux mois après, le litige était terminé : car Bueil engageait la seigneurie de Ghenesche à Amaury d'Estissac', en paiement des dettes contractées par son beau-flrère.

Tal et d'Âncenis, un peu au-dessous et à côté du comte d'Étampes. Le mariage eut lieu le 16 novembre. — Art de vérifier, à Bretagne. — D. Taillandier, H, 54 et s. — D'Argentré, Hist. de Bretagne, p. 840. — Deux ans aprè», le comte d'Étampes était parrain d'un enfant de Jean de Boeil. V. pluB bas, p. ccxxij. — Nous apprenons, par une note datée du 14 noT. 1455 (ms. fr. 20499, fol. 18), concernant des pièces d'archives du temps de Charles VU et intitulée : a Choses envoyées par Bourré au général (Sourcier?), par le commandement de mondit seigneur (le Dauphin), » que, vers le même temps, Bueil et Viltequier s'employaient activement à négocier avec l'Espagne. Ces négociations doivent être celles qui eurent lieu de 1454 à 1457, entre autres pour le renouvellement de l'alliance avec la Castille (traité du 10 juillet 1455, à Cordoue). — Charlier, ch, 271. — Berry, p. 474. — Abrégé d'Hist. chronoL, 353 et s. — Taesen, Catid. du fonds Bourré, Bibl. de l'École des chartes, 1883, l'* livr., p. 30, n* 27. — V. aussi, plus haut, p. ccix, note, l'affaire du vaisseau d'Ormond.

1. Nous ignorons à quelle date. ~ V. P, Just. aux 10 janv. et 18 mars 1456. — Ces deux seigneuries devaient être dans le ressort de Saumur. Nous n'avons pu identifier la Voulte. Quant à Chenesche ou Senesché, nous retrouvons ce nom dans celui du hameau de Sénecé, comm. de Mazé, cant. de Beaufort, arr. de Baugé (Maine-et-Loire), qui relevait de la baronnie de Fontaines-Guérin. Cependant, d'après Port (art. Sénecé), Macé Bodiau^ écuyer, en aurait été seigneur en 1455. Les terres de la Voulte et Sèiecé avaient été précédemment vendues (avant 1440), par Gilles de Raiz, à J. de Monteclercet Guill. Le Cesne. — Dom Lobineau, II, 1068.

2. Le conseil décide d'examiner les pièces invoquées par Jean de Bueil. Il n'est pas question, dans les pièces citées plus haut (p. ccxviij, note 2), des allégations de J. de B.

3. V. P, Just. Chinon, 18 mars 1456. La seigneurie fut dégagée l'année suivante. On trouve dans cet acte une mention de Nicole Rioiay. — D'après une note, Urée des papiers de Quicherat, et communiquée par M. B. de Mandrot, Estissac, seigneur de Coulonges-les-Royaux (près Niort), aurait

ccxx INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1456

Jean de Montejean ^ envers d'Estissac et envers Pierre Barillet de Saincoins '.

On aurait tort de croire cependant que ces discussions d'intérêt portaient atteinte aux anciennes et cordiales relations de Bueil avec la famille d^ Anjou. Jean Y était, il est vrai, depuis longtemps, sorti des limites étroites de sa province pour figurer sur un plus vaste théâtre *, mais il n'en continuait pas moins, comme ses ancêtres, à servir son suzerain, dont il était un des principaux conseillers'.

Sur ces entrefaites, Jeanne de Montejean, vivante encore au moment où Bueil vendait Ghenesche à Estissac^, était morte avant la fin de Tannée*. Quelques mois à peine après cet événement, Bueil songeait déjà à se remarier, et, le 29 janvier ^1457, il faisait établir^ son contrat de mariage® avec

acheté cette seigneurie de Jean de Bueil et de sa femme, en 1447 on 1448, poor 10,000 écus d^or neufs. — Comptes de R. Denysot, receveur de la duMlenie de Fontenay, 1449. — En 1469, cette seigneurie appartenait à Guy de Malicorne (y. plus bas, en 1469, Tentrevue de Brau).

1. Son père était mort : car il est qualifié de sire de Montejean. Jean de M., ainsi que nous Tayons dit, était un dissipateur qui se ruina. Sur une somme de 8,500 écus, 500 seulement sont dus par BueU lui-même à Estissac.

2. Pierre était, sans doute, frère de Jean de Saincoins, sdgneor de Gange. — Y. plus haut, p. clxYij et ss. — Pierre, qualifié id de doyen de Tours, fut conseiller au parlement de Toulouse, puis évéque de Viriers. C'est à tort que Busserolle le nomme Barillot,

3. Lecoy de la Marche : Le roi René, sa vie^ son administration (2 vol. Paris, 1875), p. 443 et 497. — J. de Bueil, sire de Ghenesche et amiral, est cité parmi les chambellans du roi de Sicile. Toutefois, nous avons tu plus haut (p. clxix, note 4) que, pour BueU, le senrice du roi de France passait avant celui du roi René.

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