Jouv,y ch. iiï. — Introd. biogr., p. xxix
INTRODUCTION LITTÉRAIRB. couj
sont bien loin cependant de prêter à rire : car on sent percer à chaque ligne l'émoUon que réveille, dans le cœur d'un témoin oculaire, le souvenir d'un passé terrible^ Puis, reprenant un ton plus sérieux, Fauteur s'écrie : « Les gens de guerre sont nez « et ordonnez à paine et travail ; mais leur resconfort est du tout « en Dieu, et aussi le haut voulloir et grant couraige qu'ilz ont c et désir d'onneur avoir et la louenge du monde ^ qu'ik « acquièrent, avecques le grant plaisir qu'ilz prennent à veoir c et à aprendre de jour en jour choses nouvelles, les font joyeu- <c sèment passer leurs souffraittes , dangiers , povretez et « disettes^. » Conclusion : l'art de bataille est la meilleure de toutes les choses ^ Telle est la note qui domine dans le Jauveth cel et qui amène parfois d'éloquentes prédications sur cet art de la guerre, tant aimé, qui est, pour l'auteur, comme un résumé des misères et des gloires de l'humanité.
Le métier des armes était aussi , il est vrai, pour les capitaines du XY® siècle, un moyen de parvenir. C'est ce que l'auteur se garde bien de méconnaître. Toutefois, le tableau historique que nous présentent ces premiers chapitres fait songer que ces perspectives d'une fortune problématique ou quelques heures de liesse ne pouvaient être^ pour les pauvres gens d'armes, une compensation suffisante aux souffrances endurées. Quelle que fût leur rudesse et même parfois leur cruauté, beaucoup d'entre eux sentaient, au milieu des privations, le besoin de &ire appel à des sentiments plus élevés^. Ce sont ces sentiments que les pages du Jouvencel ont précisément pour but d'inculquer aux jeunes en âge de servir.
Cependant» les expéditions de la garnison de Luc sont couronnées de succès. Enflé par les éloges qu'on lui prodigue, le Jouvencel conçoit alors le projet de se rendre à la cour pour y
1. L'anecdote de la vache^ en particulier, caractérise bien, par ses côtés à la fois plaisants et élevés, la manière de Tauteur, qui n'est pas sans rappeler parfois celle de Gerrantès, dans son Don Qukhotle,