CHAPITRE m
Sommaire. — Bueil à Gbàteau-l'Hermitage. Sa querelle avec le sire de Raiz. Il s^empare de Sablé et s'y installe (sept. 1429oct. 1430). — Prise de Chàteau-du-Loir. Expédition de Mortagne. Combats singuliers (1431). — Bueil et Loré font lever le deuxième siège de Saint-Célerin. Combat de Beaumont et Vivoin (avril 1432).
Au sommet d'une colline, qui domine la route du Mans à Saumur par Pontvallaln, se trouve l'ancien ermitage de Saint- Thibaut, fondé jadis par ce pieux solitaire au sein des forêts du Maine. Transformée depuis en couvent fortifié, sous le nom de Château-^Hermitage^ cette localité avait, au xv* siècle, une certaine importance militaire. Elle couvrait en efifet, avec Sablé, la vallée de la Loire, entre Tours et Angers, contre une attaque venant du Maine ^. C'étaient ces considérations qui avaient décidé les compagnons de Bueil à s^installer dans ce poste, d'où ils firent campagne, pendant plusieurs années, avec des fortunes diverses^.
1 . Ce priearé, construit au xn* siècle, sous la protection de la maison d'Anjou, est sitiie plus bas sur la colline. Au même endroit, se trouvent aussi les mines d'un ancien castrum. De là le nom de la localité. L'ermitage a été en partie détruit à la Révolution. Quant au couvent, il se compose aujourd'hui d'un ensemble considérable de constructions de diverses époques. Dans l'église, se voit le tombeau de Marie de Bueil, sœur de Jean IV (et non de Jean V) et femme de Baudouin de Grenon. — V. la notice anonyme intitulée : Documents hAstoriques sur le prieuré conventuel de Château-I' Hermitage, tirés des Archives de Roche -Mailly. Le Mans, Monnoyer, 1868.
2. Particulièrement contre le Mans, alors au pouvoir des Anglais.
3. A la même époque, Bueil s'employait aussi à délivrer la rive droite de la Loire des pilleries des gens d'armes. Le 13 février 1430, la ville de Tours reçoit des lettres de Mgr de Bueil : « Son intencion est de oster f les pilleries de la rivière de la Loire, des garnisons des places de Vil- « ledieu, La Marchière, Saint-Christofle, Goursillon, Yaujeoux et des f autres places d'environ, ce qu'il ne powroit faire de lui, en requérant a aide, secours de gens et autrement. A esté délibéré que sur ce on lui « rescripra bien et doulcement, en le remerciant du bon vouloir qu'il a
Les annalistes du temps ont dédaigné de nous renseignei cet épisode curieux, que Tringant nous a conservé. A dé des historiens, des documents originaux nous apprenn^t la place subit de nombreux assauts et fut à plusieurs repi fort endommagée par l'ennemi. En 4435, le prieur et moines adressaient à René d'Anjou une requête, expoi que leur fortune avait été détruite et leur abbaye ruinée pai dernières guerres ^ Les murs seuls avaient tenu bon contn attaques des Anglais et, comme nous allons le voir, coi celles des Français aussi.
Nous avons déjà eu l'occasion de parler de Gilles de Ra grand seigneur breton de la maison de Laval- Montmorei
c au pays, en priant qu'il face les choses dessus dites. » La réponsi évasive. En effet, les prudents magistrats de Tours avaient pour priiD de ne pas s* entremettre. Il est yrai que les châteaux, sinon leurs ga sons, appartenaient à Jean Y, qui était le principal intéressé en < affaire. Reg. des Délibérations de la ville de Tours, fin du t. IV, 13 février 1429 (v. s.).
1. f Comme, depuis quatre ou cinq ans en çà ou environ, par fori ( de guerre, l'église et toutes les maisons du dict prieuré aient été a « et du tout en tout destruites, qu'il n'y est demouré fors seulen f que les mars ; par quoy, lesdiz religieux n'ont lieu où ils puissent f « le divin service, ou eulx où habiter, et par la guerre soient 1< ( rentes tellement diminuées, que possible ne leur est de refaire c dicts mouslier et maisons, sans l'aide de nous (René), etc. > y. Notice anonyme, l. c. p. 60, le mandement de René, duc d'Anjoc comte du Maine, aux maîtres des eaux et forêts de l'Anjou et du Mai au Segreer (Gruyer ?), de la forêt du Douvre, etc., leur enjoignant livrer, aux religieux de Ghasteaux-l'EIermitage, le bois nécessaire p la réparation du prieuré. Tours, 26 mars 1435.
2. Ou Retz, première baronnie de Bretagne, située au sud de la L( et de Nantes. Son père, Guy de Laval-Montmorency, avait épousé Mi de Craon, pour mettre fin à un procès soutenu contre le père de céïU (Jean), à propos de l'héritage de Jeanne dame de Raiz. Gilles était par éloigné des Montfort, seigneurs de Laval (le comte Guy XIII ou X Lohéac, Châtillon, tous trois frères), qui descendaient d'Anne de La et de Jean de Montfort. Marié à Catherine de Thouars, Gilles en « une fille unique, Marie de Raiz, qui, après la mort de son premier m Prégent de Coetivy (1450), épousa en secondes noces André de La^ seigneur de Lohéac. Y. plus bas (ch. xiv), au mariage de Marie de it'ran — JBibl. de VÉcole des chartes, XXni (1862), p. 37. — Vallet de Vir., 412 et s., et passim. — Art de vérifier, II, 869 et s., et 908. — Me de la Société archéoL de Touraine, XI, 311 et 318. {Joutes et tourm de Lambron de Lignin). •— Le Père Anselme, III, 631, et VII, 75.
xxxij INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1430
Contemporain et frère d'armes de Bueil, il avait fait ses débuts soùs les auspices du connétable de Richemont. Compagnon de la Pucelle, Il avait rendu, sur les frontières du Maine et devant Orléans^ de très réels services, plus que récompensés par la charge de maréchal de France, obtenue à Tâge de vingt-trois ans^ Cette haute marque de faveur, qui lui venait de la Trémoille, montre que Raiz abandonnait dès lors le parti du connétable pour devenir une des créatures du favori ^.
Le nouveau maréchal devint alors jaloux de son ancien camarade Bueil ^, et, pour mettre obstacle à sa fortune naissante, chercha traîtreusement à lui enlever Château -FHermitage. De pareilles rivalités, entre gens de guerre tenant le même parti, n'étaient pas rares à cette époque, et nous en verrons plus loin un autre exemple^. Cependant, cette lutte fratricide, entre deux capitaines amis et voisins, parait avoir eu, aux yeux des contemporains, un caractère particulièrement odieux'.
La seigneurie de Sablé^ qui a souvent changé de maître, appartenait à cette époque à la maison d'Anjou, soit au duc
1 . En 1429, lors de la destitution du maréchal de la Fayette.
2. La carrière brillante de Raiz se termina honteusement. A la chnte de la Trémoille (1433)^ son office de maréchal fut rendu à la Fayette. Entouré de flatteurs et de parasites, Gilles yécut dans un faste princier. On citait le luxe de ses châteaux, de sa chapelle et de sa garde à cheval. Ses richesses furent prompteraent dilapidées, et le roi dut l'interdire. Chose plus grave, il avait à se reprocher, outre ses piileries (Tours, Jteg. des Comptes, XXV, fol. 170.— Vallet de Vir., II, 369), des débauches monstrueuses compliquées de sorcellerie. Par ordre du duc de Bretagne, il fut arrêté, jugé et pendu à Nantes (27 oct. 1440). — Fds. Godefroy, portef. 109, p. 116. — J. Ghartier, ch. 141. — Une expédition originale de ce procès se trouve aux Archives de Nantes. V., Revue des provinces de l'Ouest, nov. 1857, un article de M. Marchegay. — Dom Lobineau, Hist de Bretagne, II, 1068 : Mémoire des héritiers de Raiz, sous le règne de Louis XI.