Il y a dans les mss. : c à l'yver
Dieu, et aussi le hault vouUoir et grant couraige qu'ik ont et désir d'honneur avoir, et la louenge du OKHide qu'ilz acquièrent avecques le grant plaisir qu'ilz prennent à veoir et à aprendre de jour en jour choses nouvelles, les font joyeusement passer leurs souffiraittes, dangiers, povretez et disettes qu'ilz ont à cause de la guerre ; car au monde n'est tel plaisir à gens qui ont noble cœur et la vertu de force et de constance*
Mais, pour retourner en notre matière prindpalle, venté est que je m'arrestay au lieu de Luc, pour ce qu'il estoit du party que je tenoie, et aussi pour cause que j'avoie longuement travaillié et avoie besoing de repos ; par quoy je sejournay là par aucuns temps. Et cependant advisay ainsi la manière du gouvernement de la place, ainsi qu'il apperra plus à plain ou second diappitre de ce livre.
CHAPPITRE II.
De la forme et manière de vivre des habitans de Luc; comment le chevallier demeura au dict lieu par aucun temps ^ pour veoir la conduitte des gens de dedenSj entre lesquslz estoit ung jeune gentilhomme noble de couraige^ lequel^ par succession de temps ^ vint à grant honneur et seigneurie par sa vaillance.
Tous hommes, qui ont voullenté de acquérir hont^eur et gloire par le moyen de la guerre, doivent Jiorter et endurer paciemment la grant paine et durté cju'on y treuve au commencement. Car il est bien cjivers et semble bien estre très estrange à honune
%% LE JOUVBNGEL.
nourry mollement^ et à grans délices, quant il fault commencer à porter le hamois nuyt et jour, jeûner le plus du temps et à recevoir coups et donner^, qui sont deux grans poins ; mais Tun est trop plus aisié que Tautre.
Neantmoins faut-il [mieulx] premièrement avoir du malheur que de Theur, et doit-on prendre en pascience les choses ameres et les diversitez de fortune, qui vuelt parvenir à hault estât. Car cellui ne scet que c'est de doulleur', qui n'a esprouvé et expérimenté de Tamertume. Et, tant plus a eu l'homme de adversité, tant plus reçoit à grant joye la prospérité succédant, ainsi qu'il apperra par les fortunes d'un povre jeune gentilhomme , lequel je vey et parlay à lui par plusieurs fois, ou chastel de Luc. Car je sejournay là assez longuement, en attendant aucuns marchans ou marchandes, qui de fois à autre apportoient de l'avoyne à ceulx de la garnison, quant ilz en avoient l'opportunité ; mais ce n'estoit pas tous les jours. Âinçois jeunoient leurs chevaulx le plus du temps ; par quoy ilz estoient vains, chetifz et mesgres. Si estoient les plusieurs defiPerrez et falloit qu'ilz attendissent le mareschal, qu'ilz n'avoient pas à toutes heures. Et, qui pis est, en avoient si peu que, toutes les fois qu'ilz alloient en une entreprise pour rencontrer leurs ennemys ou pour faire quelque course , ilz menoient tout et n'en laissoient nulz à séjour. Et encores n'estoient-ilz pas