Var. : f colloque. » Éd. Vérard et Lenoir
LE JOUVENCEL. 5ft
Et en oultre les roix et les princes se puent niîeulx passer de gens de court que de ceulx de la guerre. Car, quant ilz vouldroient muer leurs olBBciers, ilz en trouveroient assez d'autres. Mais, s'iiz muoient ou diangeoient les bons hommes d'armes et bons champions, ilz n'en trouveroient pas tousjours d'au* très à leur plaisir aussi vaillans, aussi preux et aussi hardis pour remettre en leurs lieux. Par quoy je concluz que mieulx vaull nostre meslier et est mieulx convenable, meismement à gens de vostre estât et du mien, que d'aller baguenaulder à la court et regarder qui a les plus belles pointes, les plus gros bourre* letz ou le chappeau le plus pelé à la façon de maintenant. Et si je dy en oultre qu'il ne fut oncques empereur, roy ne prince qui ne l'ait esté premièrement par la voullenté de Dieu et après par la vertu et prouesse des armes, à quoy oncques homme de court ne parvint, comme j'ay dit devant. € Et, pour venir à la povreté, à quoy tout homme puet venir, empereurs, roix, duez, ne princes et gens de tous estas par la voullenté de Dieu (car il est le maistre et puet faire povres et riches, quant il lui plaist) ; se c'est son plaisir que tu tournes en povreté et mendicité, tant de ton corps comme de tes biens, et tu as esté ^ homme de court, chacun dira : « Veez-là ce mengeur de souppes et humeur de brouetz de court ! Te souvient-il bien que quant nous allions devers lui, il ne tenoit compte de nous et ne nous daignoit salluer? Et toy, qui estoies son
4. Var. : « et puet faire de povre riche et de riche povre). Et, se tu deviens povre de corps et de bi^ns et tu as esté, etc. » Éd. Vérard et Lenoir.
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cousin, il avoit honte te veoir et te salluer. Ce n'est que ung flatteur et ung menteur. Lessés-le aller. Uonny soit-il qui de lui tendra compte ! > Et vêla tout le compte qu'on en tendra ; ne de bien qu'il ait fait, jamais ne sera loué. Mais, au regard de Thonmie d'armes, il est tout au contraire. Car, s'il a esté bon, chascun le plaint et l'invite-l'en à disner et à soupper et lui tenir compaignie. Et chacun dit de lui en derrière : « Ha ! le bon homme, qui a si bien servi le Roy et le royaume ! C'est grant pitié qu'il ait neccessité. » Tous le secourrent et hii donnent du leur. Et, s'ainsi estoit qu'il ne eust riens en ce monde, au € moins meurt-il en grant et hault honneur pour lui c et pour les siens ; et chascun se tient tenu à lui. « Aussi est-ce grant chose que d'exposer son corps à « la mort pour le bien d'autrui. >
Par ces paroles fut le Jouvencel desmeu de son propoz en respondant à cellui devant qu'il disoit bien * et qu'il estoit d'accord de faire desoresmais par leur bon conseil et appointement ; et ainsi se départirent.
Et est terminée la première partie de ce livre, qui traicte principallement du gouvernement du Jouvencel en ce qui touche sa personne en matière de guerre, avecques les autres pointz servans à la matière.
1 . Var. : c desmeu d'aller à la court, et respondit qu'ilz disoient bien, etc. » B.