Voir la chanson de geste d'Ogier le Danois
LE JOUYENCEL. 77
mais avoit grant espérance d'aucunement soy veiH gier et avœt pourquis et pourchassé incessamment oœmne il poiïrroit donmiaiger ses ennemis. Et, pour ce qu'il estoit enfermé en l'une des tours principalles de la ville de Grathor, en icelle pourgecta, advisa et ymagina la prinse de la ville, ainsi qu'il est recité ou diappitre ensieuvant. Et par ainsi puet apparoir Tauctorité du proverbe, mys au commencement de ce duqppitre, touchant les difficultez que fortune baille et présente à ceulx qu'elle vuelt pourveoir en la fin. Et en cecy est déterminée la fin de ce présent chappitre.
CHAPPITRE IV.
Comment ^^ tantost après la délivrance du Jauvencel, fut la ville de Crathor prinse^ et d'aucunes subtilli" tés de guerre servans à ce propos.
On dist conmiunement qu'il n'est sens ne adviz que
\ . Voir la note qui se trouve plus haut, p. 63. — D'après cette note et le Commentaire (XVIII), le sire de Raiz sur lequel eut lieu la prise de Sablé (Crathor) par le Jouvencel c estoit françois et tenoit le party du roy. • Jean de Bueil lui prit par représailles la ville qu'il commandait. Ce désaccord et cette haine entre deux chefs français pourraient étonner. On trouve cependant dans ces temps troublés plusieurs exemples de semblables discordes. On peut voir dans Jean Ghartier (ch. 130) l'histoire de ce Guillaume de Flavy, dépossédé naguères par force de la capitainerie de Compiègne par le connétable de Richement, dans la compagnie duquel se trouvait le maréchal de Rochefort. Plusieurs années après le maréchal passant par Compiègne où Guillaume de Flavy était rentré, celui-ci le fit arrêter, jeter en prison et voulut le forcer à réconcilier Richement avec lui et à payer 4,000 écus de rançon. Il lui fit subir tant de mauvais traitements que le maréchal en mourut en prison.
d'homme oyseux, quant il est bien applicqué. Semblablement, quant cellui qui est oy^ ou sans occupacion, vuelt songer à mal faire , il puet beiaucoup miyre et estre communeement cause de beaucoup de maulx^. Pour ce dist-on que oysiveté est cause de mainz inconveniens. Sy est vray que, quant les deux prisonnyers furent délivrez par le moyen du scellé de leur cappitaine, ilz s'en retournèrent en leur place et furent reçeus à grant honneur et joye. Et parla le cappitaine au Jouvencel en telle manière : c Certes, Jouvencel, il me fait bien mal, quant il fault que ces gens-icy aient le bon bayard, sur qui ont esté faites les bonnes entreprinses de ceste place et qui nous a tant aydé à remettre sus. Mais, puisque c'est pour vostre délivrance, je ne le plains pas; car j'ay espoir que vous nous le vauldrez au double, i^ — t Vrayement, dist le Jouvencel, je .ne peneray^ de vous faire service, qui vous sera aussy prouffîtable ou plus que le cheval. Et, se vous voulés que nous soyons à buttin, je vous diray une chose que j'ay pourgectée sur la ville de Crathor. > — t Or dites, de par Dieu ! dist le cappitaine, car à cela ne tendroit pas. >
Adonc lui compta le Jouvencel comment, durant le temps qu'il avoit esté prisonnier, on Tavoit. mys et enfermé tout seul en une grosse tour, en laquelle il avoit bon loysir de regarder, songier et ymaginer. Si y avoit veu et advisé auprès de la porte une grosse tour, qui bouttoit en avant le fossé et faisoit le triangle
i. Yar. : c estre commencement de plusieurs maulx. » B. 2. Var. : f je ne cesseray. » Ed. Vérard et Lenoir.
du inur, de laqueHe tour le guet ne povoit veoir au bas pour ceste cause, c Et pour ce, dist^-il, il me •emble que par icelle pourries bien gaigner la ville ; car il y a de belles approuches par le moyen d'une butte, qui est devant l'arrière fossé ; et, pour venir à la butte, il y a la baye d'un jardin, qui dure jusques à moins d'une lance d'elle. Si fauldra traverser et gaingner ceste butte le plus subtillement que l'cfn pourra. Et, cela fait, je vous meneray jusques au pié de la tour, ce me semble, sans ce que on ne vous voye. Et, se nous avons une fois gaingné le pié de la tour^, la place est nostre. Et vous diray ocNimient il est vray que le guet ne voit point le triangle et regarde par une fenestre de l'autre costé. Si tes pourrons tenir au collet avant qu'ilz nous iq[^ercboyvent ; car ilz ne nous pourront veoir pour la grosseur de la tour^ et ne pourront rien ouyr pour le bruit et impétuosité de l'eaue d'un mollin qui est de l'autre costé. Après faudra avoir un honmie^, qui sache jouer d'un bourdon, et une eschelle de corde qui sera debout et qui sera pour tout recouvrer, si celles de boys rompent ; ce qui advient souvent quand on les charge ung pou trop ; et celles de corde ne rompent jamais. ^ Après ces paroUes, respondit le cappitaine qu'il avoit bien dit et qu'il ne restoit que du faire. Et dist au regars des habillemens nécessaires : « J'en ay de € bons et tous neufz; si les feray mettre à point,
1. Var. : f Et, se nous povons une fois venir jusques au pié de la tour. » Ed. Vérard.