Allusion à la guerre du Bien Public
1^0 LEJOUVENGEL.
€ appelle tirant que victorien, et en la fin lui en mes- € chiet. Si voit-on tousjours les orgueilleux estre € deceux, parce qu'ilz entreprennent plus que leur € povoir ne puet acomplir; et par ainsi sont-ilz abuc sez ne jamais ne viennent à bonne fin. Et, combien € que aucuneffois Dieu permette qu'ilz acquièrent et € conquièrent injustement plus que de raison, si est- € ce adfin qu'ilz soient unefibiz plus soudainement et € de plus hault trebuchiés, et que les autres, qui sont a en disposition de grâce, se recongnoissent à l'exemple € et à renseignement d'eulx et par cela soient corri-
< giés. Car la pugnition des mauvais est faitte à l'eru- € dittion des bons. Pour ce voullut Dieu demonstrer € aux Phillistiens l'effect de leur folle et orgueilleuse € entreprinse, quant, par presumpcion de force et de € grant multitude de gens, ilz cuidoient destruire et € mettre à néant le peuple de Judée, qui lors estoit € gouverné soubz la main de Saul. Pareillement, ou € temps de Judas Macabeus, le roy de Babillonne, € qui s'estoit efforcé de destruire le petit pueple d*Is- € rael, fut rebouté et convaincu et à la fin constraint € de fermer allyances avec icellui Judas. N'est-il aussi € évident par Holofernes, connestable du grant Nabu- <L godonnosor, en son vivant roy des Assiriens? Lequel € Holofernes cuida subjuguer tout le monde et le a mettre soubz la main de Nabugodonnosor. Mais il « failly à ses entreprinses et eut la teste trenchée par « une femme appellée Judich.
€ A ce propos pourroy e reciter histoires sans nombre « escriptes tant es romraains et cronicques des anciens « que ailleurs. Mais la chose seroit trop longue, et
< pour tant sufiSst-il assés des trois exemples dessus
LE JOUYENGEL. \%i
€ dits, qui sont trouvés en la Saincte Escripture. Par
< ce et par pluseurs autres raisons, il est tout notoire « et évident que ceulx qui par orgueil si entreprennent € guerre sur autruy, sont souvent frustrez de leur € intencion. Pour ce dit-on en ung proverbe : Tost € voyons-nous l'orgueilleux surmonté. Et, s'il advient € par aucune adventure qu'ilz parviengnent à l'acom- € plissement de leur désir et qu'ilz soyent hault eslevés c et exaulcés en grant estât, neantmoins tousjours leur € advient-il quelque esclandre * et en la parfin mal € adventure. v
« Nous lisons aussi d'Alexandre le Grant qu'il € conquesta et subjugua tout le monde ou la plus « part ; mais après il fut empoisonné par l'un de ses
< familliers et n'eut aucun enffant ou hoir de son corps € à qui sa conqueste prouffitast. Jules Gesar, qui aussi, € selon l'oppinion des saiges, vainquit et subjugua le « vertueux Pompée plus par orgueil et advenement € de fortune que de justice ou equallité^ de guerre, fut € à la fin murdry ou Gappitolle de Romme par les € greffes de Brutus^ et d'autres sénateurs. Pour ce € doyvent les gens de guerre ensieuvyr à leur povoir € bonnes querelles ; et ce qu'ilz entreprennent, le € doivent exécuter en grant humilité et soubz la crainte « de Dieu.
€ Pourtant je le vous dy , Jouvencel ; car vous « estes jeune et aucuneffois les couraiges des jeunes € gens se esHèvent et enorgueillissent par ung pou de « prospérité, comme par avoir or ou argent, richesses
i. Var. : « escandele. » B.