‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 276 sur 324 · Var. : « fuste. » B. Éd. Vérard · texte numérisé non relu

Var. : « fuste. » B. Éd. Vérard

LE JOUYENGEL. 1S3

grant oompaignie, on m'appelle larron. Toute£fois tu scez que autant ay-je de droit en ce que je puis prendre et pillier parmy la mer en grant crainte et en grant povreté, comme tu as en tout le monde que tu vuelx conquester en grant orgueil et prospérité. Saches que, se Alexandre estoit prins tout seul sur la mer, il seroit appelle larron. Et, se Dyomedes avoit grant habondance de gens et le monde me craindist et doubtast comme toy, je seroye appelle empereur. (Si avoit le larron nom Dyomedes.) Puis dist : Saches, Alexandre, que plus tu enffraincts et corromptz justice, en prenant l'autruy magnifestement et de force, que je ne fay , en desrobant secrètement et prenant sur autruy ung pou de chose pour soustenir ma vye. Je suys aucunement à excuser ; car povreté et neccessité m'y constrainct. Mais toy du tout es à blasmer et à acuser ; car tu t'en pourroies bien passer et le fais par orgueil et presumption. Et les lois que j'enfrains par crainte et par paour, tu les persécutes * par oultrecuidance. Tu n'es pas doncques empereur, mais persécuteur. Se fortune m' avoit donné de ses biens tellement que je peusse vivre honnourablement, j'auroye suffisance. Tu as tout et si ne puelx assez avoir. — Par ces paroUes fut meu Alexandre à lui constituer estât et le fist chevallier; puis vesquit bien et honnourablement. Pour tant appert, messeigneurs, que cellui

1. Var. : « Les fais que je fais sont par constrainte et par paour; tu les persécutes, etc. » B. G. — « Les lieux et les gens que je prens par contrainte, par paour et par nécessité, tu les persécutes, etc. » Éd. Vérard et Lenoir. — a Les lois que je fuis par crainte, etc. » F.

c qui par orgueil entreprent querelle ou guerre sur € autruy, supposé qu'il vaincque et viengneau dessus, € ne doit pas estre nommé victorien, mais tirant ou € persécuteur. Et c'est quant au premier point que € j'avoye proposé dire devant vous.

c Au second point, touchant la querelle qui est € menée par envye, vueil procéder en brief, adfin que € mes parolles ne vous ennuyent. Envye à proprec ment parler est la droitte nourrisse^ de hayne, € et n'est autre chose fors ire endormye soubz dissi- € mulacion. Et bien vous asseure que la guerre, qui € au commencement se engendre par envye, est la € plus périlleuse, et s'en ensieut plus d'inconveniens € que d'autres guerres. Par elle nous avons veu mainte « noble maison déshéritée et mise au néant ; par elle < a esté la noble maison de France en si grant dan- € gier qu'il n'est mestier du réciter^. Et certes ceste € envyeuse guerre a tousjours mauvaiz conunence- « ment, pire moyens et aussi très mauvaise fin et € s'engendre entre les princes et seigneurs d'une € mesme auctorité, et le plus souvent entre les parens. € Car c'est sa nature de tousjours vouUoir desjoindre « ce qui est le plus joinct et uny. Et, quant le deable « veoit qu'il ne puet autrement ouvrir la voye de dis- « cention, il mect en termes ceste furie ^ infernalle « par le moyen de flaterie ou d'ambicion. Et vraye- « ment ceux qui sont les plus fors en ceste querelle, « sont en la parfin les plus pugnys, quant ilz ont tort « et qu'ils ont commencié ceste guerre contre raison.

i. Var. : « le propre nourrissement. » Éd. Vérard et Lenoir.

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